Primo-donnants, donneurs réguliers : Qui sont ceux qui donnent leur sang?

SOLIDARITE Alors que les stocks de produits sanguins sont très bas, l’Etablissement français du sang (EFS) organise une grande collecte sur le parvis de l’Hôtel de Ville, à Paris

Anissa Boumediene

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Yulia vient donner son sang pour la toute première fois, et envisage de le faire régulièrement.
Yulia vient donner son sang pour la toute première fois, et envisage de le faire régulièrement. — A. Boumediene / 20 Minutes
  • Ce vendredi a lieu la journée mondiale des donneurs de sang.
  • Dans le même temps, l’EFS organise une grande mobilisation nationale et appelle le plus grand nombre de personnes à donner.
  • Aujourd’hui, les stocks de produits sanguins sont à leur niveau le plus bas depuis 2011.

Les estomacs gargouillent, il est midi passé, c’est l’heure de la pause déjeuner. Mais sur le parvis de l’Hôtel de Ville de Paris, avant un repas bien mérité, hommes et femmes de tous âges viennent donner leur sang. Ici, l'Etablissement français du sang (ESF) vient d’inaugurer son Village de partage * et lance l’opération #PrenezLeRelais : près de 7.000 collectes organisées dans toute la France entre le 11 juin et le 13 juillet. A l’occasion, ce vendredi, de la Journée mondiale des donneurs de sang, 20 Minutes est allé faire un tour (et donner son sang) dans le village éphémère parisien, à la rencontre de ceux qui donnent leur sang, pour la toute première fois ou régulièrement.

Accueillir les primo-donnants

Sous le grand chapiteau, plusieurs espaces ont été organisés. D’abord, chaque personne souhaitant donner son sang vérifie qu’elle remplit les critères : « avoir entre 18 et 65 ans pour un primo-donnant (jusqu’à 70 ans pour un donneur régulier) et faire plus de 50 kg », indique Stéphane Noël, directeur de l’ESF Ile-de-France. Ensuite, il faut remplir un petit questionnaire et passer un rapide entretien avec un médecin, « qui s’assure de la bonne santé du donneur », explique le Dr Djamel Benomar, directeur de la collecte en Ile-de-France de l’ESF.

Avant de pouvoir donner son sang, il faut d'abord remplir un formulaire et passer un rapide entretien avec un médecin.
Avant de pouvoir donner son sang, il faut d'abord remplir un formulaire et passer un rapide entretien avec un médecin. - A. Boumediene / 20 Minutes

Et quand toutes les formalités sont remplies, direction la salle de prélèvement. Ici, tout est mis en place pour accueillir facilement jusqu’à 500 personnes par jour. « Les prélèvements sont réalisés par des infirmiers et infirmières diplômés d’Etat, avec du matériel stérile et à usage unique », détaille le Dr Benomar.

Ce jour-là, les médecins de l’EFS sont ravis d’accueillir ceux qui viennent donner leur sang pour la toute première fois. Dont Charline, qui n’avait pas prévu de donner aujourd’hui. « C’est un pur hasard ! Je passais un concours ce matin dans le quartier et en sortant, je suis passée devant le village, je me suis dit que c’était l’occasion. J’y songeais depuis longtemps, mais je n’avais jamais sauté le pas », raconte la jeune femme de 29 ans, fonctionnaire au Château de Versailles.

Dans l’espace d’attente situé avant la salle de prélèvement, Yulia finit sagement sa bouteille d’eau. C’est la première fois de sa vie, elle aussi, qu’elle donne son sang, et elle doit être bien hydratée pour son prélèvement. L’étudiante de 22 ans n’avait jamais vraiment réfléchi à l’idée de donner son sang. « J’habite juste à côté, je suis venue avec ma voisine, elle donne régulièrement son sang et m’a convaincue de le faire aussi », explique-t-elle. Une fois son tour venu, Yulia est prise en charge par une infirmière. Quelques vérifications d’usage plus tard, la jeune femme, allongée sur une table, presse une petite balle anti-stress de sa main gauche, là où son bras est piqué. « Ça ne fait pas mal », rassure-t-elle. Quelques minutes plus tard, une poche de 450 ml est remplie.

Yulia vient donner son sang pour la toute première fois, et envisage de le faire régulièrement.
Yulia vient donner son sang pour la toute première fois, et envisage de le faire régulièrement. - A. Boumediene / 20 Minutes

Fidéliser les donneurs

A l’EFS, on espère aussi et surtout fidéliser les donneurs, afin que les primo-donnants qui font le déplacement s’engagent sur le long terme. Après un prélèvement qui aura duré moins de 10 minutes, Charline se sent prête à renouveler cette première expérience. « Tout s’est très bien passé. On est bien accueilli, c’est rapide, ça ne fait pas mal à celui qui donne et ça fait du bien à ceux qui en ont besoin. Alors je redonnerai volontiers ! » Idem pour Yulia, qui, après ce premier don réussi, envisage de donner régulièrement son sang.

Carolina a tenté sans succès de convaincre ses collègues masculins de donner leur sang, mais ça ne l'a pas empêchée de venir.
Carolina a tenté sans succès de convaincre ses collègues masculins de donner leur sang, mais ça ne l'a pas empêchée de venir. - A. Boumediene / 20 Minutes

Carolina, elle, le donne depuis ses 18 ans, mais ne l’avait pas fait depuis trois ans. « On se dit que ce n’est pas le bon moment, et le temps passe. Mais là, comme je travaille à côté et que j’ai vu le village de l’ESF en passant, j’en ai profité pour venir sur ma pause déjeuner, explique cette informaticienne. J’ai tenté de convaincre mes collègues mais ils ont eu peur, raconte-t-elle en moquant un peu leur manque de courage. Moi, en revanche, j’espère revenir plus régulièrement. Après tout, donner ne me coûte rien et sauve des vies ».

Chaque don sauve en effet trois vies, précise l’ESF. Il y a « plus de femmes que d’hommes parmi les donneurs, confie une petite voix de l’ESF. Les hommes sont peut-être un peu plus peureux. Mais on les attend, on a besoin d’eux aussi ». Un appel visiblement entendu par Stéphane Noël, qui en profite pour apporter sa contribution à la collecte. Manche de chemise relevée, portable dans la main pour s’occuper, le directeur de l’EFS Ile-de-France donne lui aussi.

Le meilleur pour la fin : après le don, une petite collation attend les esprits généreux. Dans la grande salle baignée de lumière aux tables garnies de jus de fruits, sodas, pâtes de fruits, plateaux-repas et autres viennoiseries, chacun s’offre une petite pause gourmande, pour reprendre des forces. Devant une boisson chaude et quelques biscuits, Kamel et Sid-Ahmed s’accordent quelques minutes. Les deux quadras, originaires d’Algérie, donnent leur sang depuis de longues années. « J’ai ma carte de donneur, et pour nous, donner notre sang est quelque chose de noble, estime Kamel. Chaque fois que je reçois un SMS de l’EFS, je vais donner. Mais aujourd’hui, c’est le hasard qui a bien fait les choses : on participait à une manifestation du Droit au logement (DAL) sur le parvis, là où se trouve le village : c’était le signe qu’il fallait donner ».

Pour Kamel et Sid-Ahmed, donneurs réguliers, donner son sang est quelque chose de noble.
Pour Kamel et Sid-Ahmed, donneurs réguliers, donner son sang est quelque chose de noble. - A. Boumediene / 20 Minutes

Des stocks au plus bas

Si le village éphémère peut accueillir des centaines de donneurs chaque jour, le compte n’y est pas encore. « Ce mercredi, nous avons eu 310 dons. Cela peut sembler beaucoup, mais ça reste largement insuffisant », s’inquiète le Dr Benomar, responsable de la collecte. Et si l’ESF insiste plus que jamais sur l’importance de donner son sang, c’est parce que « les stocks de produits sanguins sont aujourd’hui très faibles, à leur niveau le plus bas depuis 2011​ », souligne le Dr Benomar.

« Selon les tout derniers chiffres de ce matin, nous avons aujourd’hui un stock national de produits sanguins de 10,7 jours, confie Stéphane Noël, directeur de l’ESF Il-de-France. Or, en temps normal, il faudrait disposer d’un stock de 12 jours. Et, à l’approche des vacances d’été, qui marquent une baisse des dons et une augmentation des besoins, nous aurions besoin d’un stock de 15 jours, rappelle-t-il. D’où l’importance d’avoir la mobilisation la plus forte possible ».

* Village de partage : Collecte de l’Etablissement français du sang, sur le parvis de l’Hôtel de Ville à Paris, du 12 au 16 juin.