Illustration d'un hôpital.
Illustration d'un hôpital. — KONRAD K./SIPA

FAKE OFF

Non, l'aide médicale d'Etat ne «creuse» pas «le trou de la Sécu», contrairement à ce qu'indique Marine Le Pen

Marine Le Pen a accusé ce dispositif à destination de personnes en situation irrégulière de « creuser le trou de la Sécu ». L’aide médicale d’Etat ne dépend pas du budget de la Sécurité sociale

  • Mercredi, Marine Le Pen a attaqué l’aide médicale d’Etat, lui reprochant de « creuser le trou de la Sécu ».
  • Cette aide dépend du budget de l’Etat, pas du budget de la Sécurité sociale.
  • Ce dispositif est destiné aux personnes en situation irrégulière, mais son accès est compliqué, soulignent des chercheurs.

Marine Le Pen s’en prend une nouvelle fois à l’aide médicale d’Etat (AME). Mercredi, la présidente du Rassemblement national a accusé le dispositif de « creuser le trou de la Sécu ».

Elle réagissait à un article du Figaro sur le déficit de la Sécu. Selon le quotidien, les mesures d’urgence prises après les manifestations des « gilets jaunes » vont contribuer à accroître ce déficit.

FAKE OFF

L’AME n’est pas financée par le budget de l’Assurance maladie. Elle fait partie du budget de l'Etat et n’est pas incluse dans le budget de la Sécurité sociale.

Quel est le budget alloué à l’AME ? Des crédits de 923,7 millions d’euros avaient été prévus pour 2018. Cela représente 0,47 % de l’objectif national des dépenses de l’assurance maladie, soulignent Laurent Chambaud, médecin de santé publique, de l’Ecole des hautes études en santé publique, et Fabienne Azzedine, ingénieure d’études dans le même établissement.

Des conditions pour accéder à l’AME

Ce dispositif s'adresse aux étrangers en situation irrégulière. Ceux-ci doivent résider en France depuis au moins trois mois pour l’obtenir. Pour êtres éligibles, ils ne doivent pas dépasser un plafond de ressources : 8.951 euros par an pour une personne seule, 13.427 euros pour un couple.

« Ce dispositif permet aux personnes qui se retrouvent en situation irrégulière d’être soignées dans des conditions proches de celles qui sont en situation régulière », analyse pour 20 Minutes Jean-Marie André, chercheur et co-auteur d’un article sur l’AME. Les soins que reçoivent les bénéficiaires de l’AME sont pris en charge à 100 %, à l’exception de l’aide à la procréation, des cures thermales et des médicaments faiblement efficaces.

La santé, pas toujours la priorité des arrivants

Les bénéficiaires de l’AME ont plus recours à l’hospitalisation que le reste de la population, souligne Jean-Marie André : « La santé n’est pas toujours une préoccupation forte des personnes quand elles arrivent en France. L’urgence, c’est se loger, se vêtir, se nourrir. » Quand ces personnes se présentent à l’hôpital, « les pathologies sont généralement plus avancées. » Ces personnes font moins appel à la prévention ou aux soins de « première ligne », c’est-à-dire les soins dispensés par des professionnels libéraux ou des soins dispensés dans des maisons de santé par exemple.

Si certains migrants renoncent ou repoussent les soins, c’est aussi en raison de la « complexité » de l’accès à l’AME, détaille Laurent Chambaud pour 20 Minutes. « Ce dispositif est loin d’être fluide, lance le médecin. Il est variable d’une caisse à l’autre [ce sont les caisses d’assurance maladie qui traitent les demandes d’AME]. Il y a probablement un travail à faire pour que les dossiers soient examinés de manière homogène. » Autre difficulté, la méconnaissance du dispositif par certains médecins, qui refusent de prendre en consultation ces patients. Une situation dénoncée par le Défenseur des droits.

Médecins du monde pour le maintien de l’AME

Si le dispositif venait à être supprimé en grande partie – une demande qui a été formulée par Marine Le Pen en novembre – « l’absence d’accès aux soins primaires pour ces populations freinera le dépistage des maladies transmissibles (hépatite B, VIH, tuberculose, rougeole…) dont le diagnostic tardif est un risque sanitaire pour les personnes et pour la population », soulignait en 2017 Médecins du monde dans un rapport. Selon l’association, « les patients souffrant de pathologies chroniques verront les complications s’accumuler, dont on sait qu’elles majorent à terme les soins. »

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