«Nous exigeons d’être reçus par la ministre» : Les urgentistes pas convaincus par leur rendez-vous au ministère de la Santé

REPORTAGE Pour la deuxième fois en cinq jours, plusieurs dizaines de manifestants étaient réunies devant le Ministère de la santé

Pierre Cloix
La mobilisation des urgentistes se poursuit, un peu partout en France
La mobilisation des urgentistes se poursuit, un peu partout en France — Pierre Cloix
  • Les urgentistes se sont mobilisés pour la deuxième fois devant le ministère de la Santé, ce mardi à Paris.
  • Ils dénoncent des conditions de travail qui impactent directement la santé des patients.
  • «20 Minutes» s'est rendu sur place.

« Le serpent qui se mord la queue », « épuisés », « crise aiguë »… Les mots sont forts, devant le Ministère de la Santé, en ce début d’après-midi. Les urgentistes sont en colère et ils tiennent à le faire savoir. Depuis des semaines, des mois pour certains, ils sont mobilisés pour faire entendre une grogne qui ressemblerait presque à un murmure tant ils se disent à bout de souffle.

En cause ? Un manque de moyens humains et financiers pour leurs services qui se cristallise très concrètement dans l’accueil des malades : « Il y a urgence aux Urgences. C’est aussi simple que ça. On voit la souffrance des patients sans pouvoir y répondre. L’afflux est en constante hausse et on sature. Tout ce que l’on demande, ce sont les moyens de travailler correctement, avec dignité », déclare Abdel Dougha, aide-soignant de nuit aux Urgences de l’ hôpital Saint-Antoine, présent au croisement de l’avenue Duquesne et de l’avenue de Ségur pour soutenir les « collègues » de l’inter-Urgences.

« J’ai emmené mon père aux Urgences et je savais que j’allais à l’échec »

Parmi les manifestants, Xavier Clerc est un ancien ambulancier, venu soutenir ceux qui travaillent encore dans la santé : « Je suis passé des deux côtés. Il y a peu j’ai emmené mon père aux Urgences et je savais que j’allais à l’échec. Je craignais une occlusion intestinale et personne n’a été capable de me dire ce qu’il avait. Faute de temps, faute de matériel. », Raconte-t-il. « On peut se rendre compte du boulot que c’est, dès qu’on se fait hospitaliser. Ce qui me touche en tant qu’usager, ce sont les burn-outs et les suicides, c’est insupportable », ajoute Jean-Baptiste Redde, ancien instituteur revendiqué activiste.

A l'hôpital Lariboisière, où une quinquagénaire est décédée en décembre 2018 après 12 heures d'attente sans soin, le personnel urgentiste est l'un des premiers concerné par le manque de moyens.
A l'hôpital Lariboisière, où une quinquagénaire est décédée en décembre 2018 après 12 heures d'attente sans soin, le personnel urgentiste est l'un des premiers concerné par le manque de moyens. - Pierre Cloix

 

Les propositions du ministère jugées insuffisantes

En marge de la mobilisation, une délégation a été reçue dans les locaux du Ministère de la santé, notamment par Yann Bubien, Directeur adjoint du cabinet de la ministre, délégué à la Santé. Rose-May Rousseau, Secrétaire générale CGT à l’Assistance publique-Hôpitaux de Paris était de ceux et celles qui ont passé les portes du bâtiment, et elle n’en est pas ressortie avec la moindre satisfaction : « Nous n’avons pas obtenu les réponses que nous recherchions, notamment sur la psychiatrie, les congés bonifiés ou sur notre moratoire quant à la fermeture d’hôpitaux de proximité, alors que l’on est déjà en difficulté dans l’état actuel des choses. On en sait juste un peu plus sur la « prime », même si on ne sait pas quelles en seront les modalités. Ce que l’on exige aujourd’hui, c’est d’être reçus par la ministre. » La prime dont il est question, c’est une « prime de risque », qu’ Agnès Buzyn souhaite être mobilisée plus largement par les hôpitaux. Bien loin des 300 euros nets de hausse salariale que demande, entre-autres, le collectif Inter-Urgences.

« Un cercle vicieux »

Emilie Vial est aide-soignante à l’hôpital de gériatrie Emile-Roux, à Limeil-Brévannes. Elle regrette « C’est un cercle vicieux : Nous ne sommes jamais en nombre et cela à un effet direct sur les patients. Comme nous faisons un travail basé sur l’humain, on joue sur notre conscience professionnelle et on est amené à rester plus, ce qui entraîne stress et énervement. » Parmi les témoignages recueillis dans l’après-midi, la nécessité d’avoir davantage de temps à consacrer aux patients est probablement la notion la plus récurrente, et la conclusion d’Emilie ne fait d’ailleurs pas exception : « On a plus le temps de prendre le temps », regrette-t-elle.