Plus de 200 manifestants des services d'urgences ont défilé à Paris à l'appel du collectif Inter-Urgences soutenu par les syndicats CGT, SUD et FO et l'Association des médecins urgentistes de France.
Plus de 200 manifestants des services d'urgences ont défilé à Paris à l'appel du collectif Inter-Urgences soutenu par les syndicats CGT, SUD et FO et l'Association des médecins urgentistes de France. — ISA HARSIN/SIPA

HOPITAUX

Grève des urgences: Après la manifestation à Paris, Agnès Buzyn annonce des mesures déjà jugées «insuffisantes» par les soignants

Plus de 200 manifestants des services d’urgence étaient rassemblés à Paris pour dénoncer la dégradation de leurs conditions de travail

Hôpitaux en crise. Contrainte de réagir après plus de deux mois de crise des urgences hospitalières, la ministre de la Santé Agnès Buzyn a promis jeudi une « stratégie d’ensemble » pour refonder le secteur sans satisfaire les personnels qui ont manifesté à Paris.

Plus de 200 manifestants des services d’urgences, rassemblés vers la place Montparnasse à Paris, ont défilé à partir de 14H00 à l’appel du collectif Inter-Urgences soutenu par les syndicats CGT, SUD et FO et l’Association des médecins urgentistes de France (Amuf).

Les manifestants, dont certains brandissaient une pancarte « Soignants méprisés, patients en danger », sont arrivés au ministère de la Santé au son de la marche funèbre de Chopin avant de s’allonger sur le sol pour simuler leur mort.

Des mesures jugées « très insuffisantes »

Une délégation composée de membres du collectif et des syndicats a ensuite été reçue par le directeur adjoint du cabinet de la ministre qui ne leur a « pas apporté d’autres réponses » que celles déjà données par Agnès Buzyn, et jugées « très insuffisantes », selon l’urgentiste et cégétiste Christophe Prudhomme.

« Les urgences sont en détresse, je le sais », avait précédemment déclaré la ministre lors d’une visite aux urgentistes réunis en congrès à Paris. Consciente de la « colère » et du « découragement » de la profession, Agnès Buzyn a annoncé avoir confié une mission au Conseil national de l’urgence hospitalière (CNUH) et au député (LREM) Thomas Mesnier pour « adapter nos urgences aux nouveaux besoins ». Celle-ci devra aboutir à un rapport à l’automne, à l’issue d’une concertation incluant médecins et paramédicaux.

Accompagnement financier

D’ici là, la ministre entend activer plusieurs leviers pour répondre au mécontentement exprimé par le mouvement de grève démarré mi-mars à Paris et étendu depuis à 80 services en France, selon l’Inter-Urgences, qui réclame des hausses salariales de 300 euros nets par mois et plus d’effectifs. Elle a ainsi souhaité, sans donner de chiffre ni annoncer de budget supplémentaire, « que l’on accompagne sur un plan financier, plus directement et plus spontanément, les établissements qui font face à un surcroît d’activité et à des afflux exceptionnels ».

« Nous manquons de sécurité, nous subissons des agressions verbales et physiques régulières des patients », s’est indignée une infirmière de l’hôpital parisien Georges Pompidou qui n’a pas souhaité donner son nom.

Pour les personnels paramédicaux, la ministre s’est engagée à inciter les hôpitaux à « mobiliser plus largement » une prime de risque existante, de près de 100 euros brut par mois. Elle a aussi promis l’instauration d’une prime de coopération pour les soignants à qui les médecins délégueront certaines tâches. Enfin, Agnès Buzyn recevra les urgentistes mi-juin pour préparer la période estivale, « souvent critique » pour leurs services.

Mobilisation générale le 11 juin

Autant d’annonces « insuffisantes » au regard des revendications « des personnels dans la rue aujourd’hui », a réagi Hugo Huon, infirmier et membre d’Inter-Urgences. « Je suis très déçu », a abondé Patrick Pelloux, emblématique président de l’Amuf, pour qui « le gouvernement ne mesure pas l’ampleur de la contestation ». « Aucune mesure en matière de rémunération, d’effectifs, d’ouverture de lits d’aval (…) RIEN » a déploré de son côté l’intersyndicale FO-CGT-SUD qui appelle à une journée de mobilisation plus générale dans les hôpitaux le 11 juin.

La pression n’a cessé de monter ces derniers jours sur la ministre. Mercredi, l’Ordre des médecins avait réclamé « une concertation d’urgence » après « des réquisitions préfectorales » qui ont « suscité de l’émotion », notamment à Lons-le-Saunier (Jura), où les gendarmes sont venus solliciter des soignants en pleine nuit la semaine dernière. Une mesure rendue nécessaire par « l’absentéisme soudain » de médecins « s’étant déclarés en maladie », selon l’ARS de Bourgogne-Franche-Comté.

Jeudi matin, Agnès Buzyn a pris ses distances avec un tel recours à la gendarmerie, estimant qu'« évidemment, ce n’est pas souhaitable ». Mardi pourtant, elle avait critiqué le choix d’une quinzaine d’infirmiers et d’aides-soignants de l’équipe de nuit des urgences de l’hôpital parisien Lariboisière de se faire porter pâle la nuit précédente. « C’est dévoyer ce qu’est un arrêt maladie », avait-elle estimé.

Le nombre de patients pris en charge aux urgences est passé de 10 millions en 1996 à 21 millions en 2016.