Les urgences d'un hôpital (image d'illustration).
Les urgences d'un hôpital (image d'illustration). — A. GELEBART / 20 MINUTES

URGENCE

Grève des urgences: Soignants réquisitionnés, patients «en danger»... Que s'est-il passé à l'hôpital de Lons-le-Saunier?

Le syndicat Jeunes médecins a porté plainte contre X pour dénoncer une « situation alarmante » et une possible « mise en danger » des patients

Des gendarmes pour réquisitionner des soignants. A Lons-Le-Saunier, dans le Jura, le personnel des urgences est en grève depuis trois mois pour demander plus d’effectifs. La situation a atteint un stade critique le 28 mai, quand des soignants épuisés se sont mis en  arrêt maladie. Face au déficit de personnel, les autorités auraient alors organisé la réquisition des soignants. Le syndicat Jeunes médecins a déposé plainte contre X pour dénoncer la « situation alarmante » du service.

« Le mardi 28 au soir, il n’y avait aucun soignant disponible pour aller travailler », a confié un témoin à France Inter. Le témoin raconte que l’une de ses collègues a vu arriver des gendarmes en pleine nuit, lui demandant d’aller travailler à sept heures le lendemain, alors qu’elle était supposée être en congés. Une mesure « dont la légalité est douteuse » n’a « pas été suffisante », selon la plainte déposée par le syndicat.

Le maintien de deux événements sportifs

Les « tensions » évoquées dans la presse ces derniers jours par des soignants du service, en manque d’effectifs, « semblent tout d’abord mettre en péril les usagers, mais aussi les professionnels de santé, dont des jeunes professionnels encore en formation », s’inquiète Jeunes médecins dans un communiqué.

Consultée par l’AFP, la plainte pointe l'« attitude » potentiellement « critiquable » des autorités (préfecture, agence régionale de santé et direction du centre hospitalier) et une possible « mise en danger » des patients et des praticiens. La plainte vise aussi le maintien « insensé » de deux événements sportifs (la traversée du Jura à vélo et une course de moto-cross) « à fort potentiel accidentel », c’est-à-dire susceptibles de provoquer un afflux de patients aux urgences, pourtant déjà victimes d’une « situation catastrophique ».

« Concertation d’urgence » avec Buzyn

Dans un article du Quotidien du médecin paru lundi, un interne « exténué » raconte ainsi l'« enfer » vécu fin mai, alors que deux praticiens seniors sur trois étaient en arrêt, et une « réelle mise en danger des patients », citant pêle-mêle une « phlébite qui se transforme en œdème pulmonaire, un enfant de 13 ans (…) qui passe la nuit dans un box aux urgences, une (victime de) fracture d’humérus qui attend dix heures sur un brancard, sans antalgiques ».

En portant plainte, le président du syndicat Jeunes médecins, Emanuel Loeb, espère interpeller le gouvernement et faire « toute la lumière » sur la situation de Lons-le-Saunier qui « existe malheureusement dans de nombreux autres hôpitaux ».

En témoigne le mouvement de grève démarré il y a près de trois mois et suivi par quelque 80 services d’urgences dans toute la France, selon le collectif Inter-Urgences, qui prévoit une manifestation ce jeudi à Paris pour réclamer plus d’effectifs et des revalorisations salariales. De son côté, l’Ordre des médecins a demandé mercredi « l’organisation d’une concertation d’urgence ». La ministre de la Santé, Agnès Buzyn, serait « disponible pour recevoir » les urgentistes, selon la porte-parole du gouvernement, Sibeth Ndiaye.