«Bébés OGM» en Chine: Leur mutation génétique serait associée à une plus forte mortalité

ETUDE En novembre 2018, un chercheur chinois avait annoncé avoir fait naître des jumelles dont les gènes avaient été modifiés. Une étude montre les risques de telles pratiques

20 Minutes avec agences

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He Jiankui a affirmé avoir fait naître les premiers bébés génétiquement modifiés
He Jiankui a affirmé avoir fait naître les premiers bébés génétiquement modifiés — ANTHONY WALLACE / AFP

La mutation génétique qu’a fait subir un chercheur chinois à des bébés l’an passé, pour les protéger du sida, serait en réalité associée à une plus forte mortalité, selon une étude publiée ce lundi dans la revue Nature Medicine.

Introduite artificiellement dans le patrimoine génétique de ces bébés lors d’une expérience qui a provoqué un tollé mondial, cette mutation est naturellement présente chez certains individus. Or, ces personnes ont en moyenne un taux de mortalité plus élevé que les autres. « Elles ont 20 % de chances en moins d’atteindre l’âge de 76 ans », indiquent Xinzhu Wei, de l’université de Berkeley (Etats-Unis), et Rasmus Nielsen, de l’université de Copenhague.

Réduction de la protection contre d’autres maladies

Pour parvenir à cette statistique, les données de plus de 400.000 volontaires inscrits dans le registre britannique UK Biobank, qui sert de base à des études sur la génétique, ont été analysées. Selon les deux auteurs de l’étude, la mutation en question « protège contre le virus du sida et sans doute d’autres, comme celui de la variole ». Mais il y a une contrepartie. « Il semble qu’elle réduise la protection contre d’autres maladies infectieuses telles que la grippe », bien plus courantes que le sida.

A cause de potentielles conséquences inattendues, « introduire des mutations chez les humains en utilisant des techniques d’ingénierie génétique est considérablement risqué, même si ces mutations semblent présenter un avantage », concluent les deux scientifiques.

La technique des « ciseaux génétiques »

En novembre 2018, le chercheur chinois He Jiankui a annoncé avoir fait naître des jumelles dont les gènes avaient été modifiés pour les protéger du virus du sida. Il dit avoir utilisé la technique CRISPR-Cas9 dite des « ciseaux génétiques », qui permettent de remplacer des parties du génome.

Les travaux du scientifique chinois n’ont fait l’objet d’aucune publication, mais selon des informations parues sur Internet, les modifications ont porté sur un gène appelé CCR5, un récepteur du virus du sida. La mutation que le scientifique chinois a reproduite artificiellement empêche le virus de pénétrer dans les cellules hôtes, ce qui rend les porteurs résistants au sida.

Une expérience très critiquée

Très critiqué par Pékin et la communauté scientifique internationale, He Jiankui s’est ensuite retrouvé au centre d’une enquête de police et a été démis de ses fonctions dans l’université du sud de la Chine.

Bien qu’elle n’ait pas été vérifiée, la naissance supposée de ces premiers « bébés OGM » a provoqué une onde de choc chez les spécialistes. En mars, certains ont plaidé pour un moratoire sur les techniques de modification du génome, sources de vertigineuses questions éthiques.