Les urgences de l'hôpital universitaire de Nantes, en 2019 (image d'illustration).
Les urgences de l'hôpital universitaire de Nantes, en 2019 (image d'illustration). — SEBASTIEN SALOM GOMIS/SIPA

PENURIE

Le Sénat vote un dispositif «transpartisan» pour lutter contre les déserts médicaux

Les ministres Agnès Buzyn et Frédérique Vidal, présentes lors de la séance, se sont vivement opposées à cet amendement

« Il y avait besoin d’un choc », s’est félicité Yves Daudigny, sénateur PS, après ce vote « transpartisan » au Sénat dans la nuit de lundi à mardi. Pour lutter contre les déserts médicaux, les sénateurs ont adopté en première lecture un dispositif qui suscite l’opposition d’une partie du gouvernement.

Une année de professionnalisation dans un désert médical. Cette proposition de sénateurs LR, PS et Indépendants a été votée par 311 voix contre 16. Ainsi, la dernière année d’études en 3e cycle des études de médecine générale (et certaines spécialités déficitaires comme l’ophtalmologie) pourrait se transformer en une année de pratique « en autonomie », réalisée en cabinet ou en maison de santé, en priorité dans les zones manquant de médecins.

Un déploiement massif et rapide

Ce dispositif, résultat d'« une démarche concertée », « ne règle pas tous les problèmes, mais apporte une réponse efficace et rapide » à la pénurie de médecins, a fait valoir Yves Daudigny. La mesure permettrait de « déployer plusieurs milliers de professionnels de santé sur l’ensemble du territoire très rapidement ». La dernière année de médecine « deviendrait ainsi une année professionnalisante hors hôpital, dans les territoires », a défendu Corinne Imbert (LR).

« C’est un honneur » pour le Sénat d’avoir su se mettre d’accord « sur un texte aussi important », a souligné le rapporteur Alain Milon (LR). Mais les deux ministres présentes en séance se sont déclarées « défavorables » à cette proposition. « Nous nous éloignons d’un processus de formation », a regretté Agnès Buzyn (Santé), pour qui la notion d'« autonomie » conduit à un « quasi-exercice ».

Une formation « amputée d’un an »

Frédérique Vidal (Enseignement supérieur) a mis les élus devant leurs « responsabilités », leur laissant la tâche d’expliquer aux territoires que « des médecins dont la formation est amputée d’un an » sont « une solution suffisamment bonne » pour eux. « La professionnalisation n’est pas le sacrifice de la formation, au contraire elle fait partie de la formation », a rétorqué Corinne Imbert. « Ils ne seront pas lâchés seuls dans la campagne (…) ils auront des relais », a plaidé Daniel Chasseing (Indépendants).

Michel Amiel (LREM) s’est associé à ces amendements « raisonnables », qui « permettent d’entrouvrir les portes sans pour autant apporter des mesures coercitives ». En revanche, le groupe CRCE à majorité communiste s’y est opposé, estimant que les hôpitaux manquaient aussi de médecins.

Le Sénat a donné lundi soir son feu vert à une nouvelle organisation du premier cycle des études de médecine, maïeutique (sages-femmes), odontologie et pharmacie et à la suppression du numerus clausus. Il poursuit ce mardi l’examen du projet de loi.