Marseille: Et si on appliquait aux malades du cancer les méthodes d'entraînement des sportifs de haut niveau ?

SANTE A Marseille, un certificat universitaire permet désormais de devenir « onco-coach », soit du coaching pour personnes gravement malades inspirées des méthodes d’entraînement de sportifs de haut niveau

Mathilde Ceilles

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Cancer illustration
Cancer illustration — DOMINIQUE FAGET / AFP
  • L’université de Marseille est en passe de décerner le premier diplôme pour «onco-coach».
  • Cette formation doit permettre d’appliquer à des personnes gravement malades les techniques employées sur les sportifs pour booster leur mental.

« On peut utiliser des techniques de sportif de haut niveau pour aider des patients. Par exemple, dans ma carrière, j’ai appris qu’on ne perd jamais. On sort toujours grandi. Et ça, je peux le transmettre au patient. » A 38 ans, Nathalie Benoit est une rameuse reconnue, médaillée d’argent aux Jeux paralympiques de 2012.

Mais la sportive de haut niveau s’est récemment lancé un nouveau défi : celui de décrocher un certificat universitaire unique en France pour devenir « onco-coach ». Ce diplôme, décerné pour la première fois à Marseille, consiste à coacher des malades du cancer, en leur appliquant les méthodes d’entraînement habituellement utilisées pour motiver des sportifs de haut niveau.

« Un coaching d'inspiration sportive »

« Il s’agit de repasser de l’état de survivant à celui de vivant, avec un coaching d’inspiration sportive, détaille Pierre Dantin, vice-doyen de la faculté des Sciences du sport d’Aix-Marseille Université et ex-secrétaire général de l’Olympique de Marseille. Un coach sportif fait en sorte de garder un état émotionnel de son athlète conformément à ses objectifs. On va utiliser ces techniques dans la relation d’aide, et pour relancer les gens dans leur vie. Derrière chaque grand entraîneur, il y a un fin psychologue. On peut jouer sur plusieurs leviers, comme l’autodétermination, se projeter sur des objectifs, retrouver un sentiement de maîtrise…. Cela permet de se réapproprier petit à petit. »

La première promotion de ce certificat universitaire d’une durée de six mois, est composée de huit élèves, qui seront diplômés à la fin du mois. Outre des sportifs de haut niveau, se trouvent parmi les aspirants « onco-coach » d’anciens patients de Pierre Dantin, à l’image de Lilian Dutto. Cet enseignant a récemment bénéficié d’une greffe de moelle osseuse après un diagnostic tardif d’un problème génétique.

« Six mois après la greffe, le professeur Dantin m’a proposé un accompagnement sous forme de coaching. J’ai accepté par curiosité plus qu'en ayant le sentiment d’avoir besoin d’un accompagnement. La greffe avait pris, j’étais tiré d’affaire. Mais je me demandais ce que j’allais faire de tout ce temps donné. J’ai fait plusieurs séances avec lui, comme des séances de projection dans le temps, des séances avec des objectifs comme lire, remarcher tranquillement. Et j’ai avancé plus vite que je ne le pensais. »

Une profession balbutiante

Et d’ajouter : « Quand on regarde le bénéfice que j’ai pu en tirer, je me dis que, en coachant des patients, je peux en faire bénéficier d’autres. » Quitte même à envisager une reconversion profesionnelle.

Le hic : selon Pierre Dantin, la profession d'onco-coach telle qu’elle est enseignée à l’université marseillaise n’est pas encore reconnue. D’ailleurs, les élèves et leurs coachings vont faire partie d’un programme de recherche, afin de faire évaluer par des scientifiques le bénéfice d’une telle méthode. Depuis deux ans, l'Institut Paoli-Calmettes, centre de soins et de recherches sur le cancer, évalue les bienfaits du coaching sportif sur les patients en rémission d'un cancer via son programme «Rebond».

En deux ans, l'équipe de «Rebond» a constaté un effet notable du coaching sportif sur le rétablissement psychologique et social des patients, et souhaite étendre le programme, jusqu'ici réservé à des patients greffés, aux cancers du sein, de l'ovaire et de la vessie.