Déremboursement de l'homéopathie: Entre le «droit de choisir son traitement» et le «retour à la raison»

MEDECINE Alors que la Haute autorité de santé a émis un avis défavorable en faveur du maintien du remboursement de l'homéopathie, le débat fait rage auprès des médecins

Jean-Loup Delmas

— 

De l'homéopathie
De l'homéopathie — LODI FRANCK/SIPA
  • La Haute autorité de santé a émis un avis défavorable en faveur du maintien de remboursement de l’homéopathie.
  • Le débat qui agite les médecins, entre partisans de cette méthode alternative et dénonciateurs d’une fake med. Rencontre avec deux d’entre-eux, aux positions bien tranchées.

Faut-il dérembourser l’homéopathie ? L’éternel débat est relancé ce vendredi après que la Haute autorité de santé a émis un avis défavorable en faveur du maintien du remboursement. La HAS doit rendre son verdict définitif en juin et jusque-là, les médicaments homéopathiques « à nom commun », les fameux tubes de granules, resteront pris en charge à 30 % par la sécurité sociale à condition d’être délivrés sur prescription médicale.

En attendant l’avis final sur lequel la ministre de la Santé Agnès Buzyn a indiqué qu’elle s’alignerait, l’info qui a « leaké » fait réagir du côté des médecins, parmi lesquels Daniel Scimeca. Le président du syndicat de la médecine homéopathique (SMH) est farouchement opposé à un éventuel déremboursement. Citant notamment un sondage Ifop du Parisien de novembre 2018, le praticien rappelle que « 74 % des Français sont favorables au maintien du remboursement ». Et d’ajouter : « Si elle est prise, cela serait une décision antidémocratique. On veut infantiliser les patients en les pensant incapables de choisir ce qui est le mieux pour eux et aller contre leur avis. »

Droit de chacun versus bonbon haribo

Daniel Scimeca indique également que la pétition lancée contre la décision de la HAS et baptisée « Mon Homéo Mon Choix » frôle, elle, la barre des 450.000 signatures. « Il s’agit juste du droit à chacun de prendre le traitement qu’il souhaite », assène le médecin qui rappelle encore que « 70 % des Français utilisent l’homéopathie pour leurs premiers soins » et qu’un grand nombre de médecins qui la prescrivent.

Des arguments qui ne convainquent pas le cardiologue Jérémy Descoux. Selon le président du collectif Fake Med, association dénonçant notamment l’homéopathie comme « une non-science et un traitement non-efficace », « dérembourser l’homéopathie, ce serait logique car il n'y a pas de preuve de son efficacité ». « Si sous prétexte que certains se sentent mieux après un granulé, on le rembourse, alors on peut tout faire rembourser, les bonbons haribo, les cours de guitare », insiste le spécialiste.

« On va enfin vers un retour à la raison et le fait scientifique »

Reste que le cardiologue ne voit pas en le déremboursement de l’homéopathie l’occasion de sabrer le champagne : « Ce ne sera qu’une étape d’un processus plus long. L’homéopathie est encore considérée par l’Ordre des médecins, par exemple. Pendant des années, on a dressé un autel à l’homéopathie, aujourd’hui on va enfin vers un retour à la raison et le fait scientifique. »

Et le prix de ce remboursement ? Pour répondre à cette question, les deux camps ont également affûté leurs arguments. « C’est un non-débat, affirme Daniel Scimeca, le remboursement des soins homéopathiques n’est qu’une infime partie de la sécu. » Vérification auprès des chiffres de l'Assurance maladie : en 2016, sur les 18,8 milliards d’euros remboursés par la sécurité sociale, 55,7 millions d’euros concernaient les boîtes de granules et 72 millions, les préparations magistrales homéopathiques.

Pour Daniel Scimeca, un déremboursement entraînerait même… une hausse des frais de la sécu. Argument ? « Le remboursement de l’homéopathie ne se fait qu’à 30 % et ces médicaments sont moins chers que les autres. Si on arrête de rembourser l’homéopathie et que les patients se tournent vers d’autres médicaments, cela reviendra finalement plus cher niveau dépense publique. » Là encore, Jérémy Descoux n’est pas franchement convaincu : « Ce n’est peut-être qu’une somme modique mais, on le sait, le budget de la sécurité sociale n’est pas extensible. Avec tous ces millions d’euros, on pourrait faire plus de prise en charge sur l’obésité, investir dans plus d’infirmier, résoudre de vrais problèmes. »