VIDEO. Lyon: « Réintroduire le petit-déjeuner à l’école, c’est une catastrophe », estiment des spécialistes de l’obésité infantile

OBESITE INFANTILE A l’occasion de la journée de l’obésité, le 18 mai, des spécialistes lyonnais rappellent qu’une prise en charge précoce permet de réduire ou éliminer les excès de corpulence chez les enfants

Elisa Frisullo

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Des adolescents en surpoids pris en charge dans une structure spécialisée. Illustration.
Des adolescents en surpoids pris en charge dans une structure spécialisée. Illustration. — Valinco/Sipa
  • Pour la journée de l’obésité, samedi, des spécialistes lyonnais rappellent la nécessité de réagir tôt face à un enfant obèse ou en surpoids.
  • Une prise en charge précoce permettra d’avoir des résultats encourageants et de limiter le risque pour ces patients de devenir des adolescents ou des adultes obèses.
  • Des messages de prévention mis à mal, selon les médecins, par le retour annoncé du petit-déjeuner dans les quartiers défavorisés.

La mesure, qui sera généralisée à la rentrée dans les écoles volontaires des quartiers défavorisés, les fait bondir. Ce jeudi, à l’occasion de la journée mondiale de l’obésité organisée samedi, des spécialistes lyonnais de l’obésité et du surpoids infantiles se sont inquiétés du retour des petits-déjeuners gratuits à l’école, annoncé par le gouvernement. « Réintroduire le petit-déjeuner, c’est une catastrophe. C’est une décision politique prise sans concertation avec les spécialistes », estime le professeur Marc Nicolino, chef du service d’endocrinologie et de diabétologie pédiatriques à l’hôpital Femme-Mère-Enfant.

Cette mesure concernera à terme 100.000 enfants. L’objectif affiché « de permettre aux écoliers de ne pas commencer la journée le ventre vide, de rester concentrés pendant toute la matinée et ainsi d’apprendre dans les meilleures conditions ». Des arguments contestés par les spécialistes lyonnais. « La grande majorité des enfants aura déjà mangé le matin et on va leur ajouter un repas supplémentaire. C’est contraire à tous les messages de prévention de l’obésité que nous essayons de faire passer », ajoute le chef de service.

Un sujet toujours inquiétant en France

« Pour trouver une solution à un problème, les politiques en général aiment avoir une réponse unique. Mais en la matière, ce n’est pas adapté. Ils n’ont pas vu l’impact métabolique de cette mesure », ajoute le professeur Martine Laville, endocrinologue et responsable du Centre intégré de l’obésité (CIO) aux HCL. Le sujet est loin d’être anecdotique pour ces médecins face à une stabilisation de l’obésité et du surpoids infantile en France.

« La situation reste inquiétante. En moyenne, dans une classe de 30 élèves, il y aura 5 enfants en surpoids dont 1 en situation d’obésité », souligne Camille Saison-Canaple, médecin coordinateur au sein du Réseau de Prévention et de Prise en charge de l'Obésité en Pédiatrie du Rhône (Réppop). Une situation préoccupante mais pas irrévocable. « Le message que nous voulons faire passer, c’est que l’obésité n’est pas une fatalité. Il ne faut pas être passif vis-à-vis de cela et ne pas attendre pour réagir face à un excès constaté sur la courbe de corpulence », ajoute le médecin du Réppop, où entre 4.000 et 4.500 enfants de 2 à 18 ans ont été pris en charge depuis 2004.

Plus tôt le surpoids ou l’obésité sont diagnostiqués et pris en charge, plus les résultats sont encourageants. Une récente étude démontre que 9 enfants sur 10, obèses à 3 ans, sont en surpoids à l’adolescence. « Et 50 à 70 % de ces adolescents le resteront à l’âge adulte, précise le Dr Saison-Canaple. Donc, c’est vraiment tôt (entre 2 et 6 ans) que tout se joue. »

« C’est une affaire de famille »

Au Réppop, les enfants sont pris en charge par des médecins, diététiciennes et psychologues. « C’est un suivi pluridisciplinaire. La prise en charge est une affaire de famille. Un enfant seul n’y arrivera pas », ajoute le médecin. Pour parvenir à stopper la hausse de poids, les professionnels de santé s’attellent à rassurer les familles, à dédramatiser, déculpabiliser et fixent de micro-objectifs pour améliorer l’environnement de l’enfant. Il n’est pas question de mettre le jeune patient au régime.

« Pour l’enfant, l’objectif prioritaire n’est pas de perdre du poids. Contrairement à l’adulte, on peut le faire mincir en stabilisant son poids ou avec quelques kilos en plus car il va continuer à grandir », précise le professeur Nicolono. Cela passera par l’alimentation de la famille bien sûr, mais aussi par des conseils et objectifs pour favoriser le retour de la famille à une vie saine.

« On va travailler sur le sommeil, l’activité physique, sur sa vie affective, sa vie à l’école et l’image qu’il a de lui », complète Camille Saison-Canaple, rappelant que l’obésité des enfants constitue l’un des plus grands enjeux de santé publique du XXIe siècle selon l’Organisation mondiale de la santé.

L’obésité sévère et/ou compliquée a en effet un impact important sur la vie quotidienne de l’enfant et peut entraîner des complications médicales, comme de l’arthrose, des problèmes orthopédiques, des difficultés respiratoires ou encore du diabète de type 2.

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