Rougeole transmise par des médecins: «Il y a un devoir déontologique de tout faire pour ne pas mettre en danger ses patients»

INTERVIEW Pour Christophe Prudhomme, le porte-parole de l’Association des médecins urgentistes de France (Amuf), il faut organiser des campagnes de vaccination de rattrapage pour les médecins

Propos recueillis par Estelle Maussion

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Une seringue remplie du vaccin contre la rougeole (image d'illustration).
Une seringue remplie du vaccin contre la rougeole (image d'illustration). — Schneyder Mendoza / AFP

En temps normal, les médecins doivent soigner et non rendre malade. Il s’est produit l’inverse à La Réunion. Selon l’Agence régional de santé de l’Océan Indien (ARS OI), deux médecins, non vaccinés contre la rougeole, ont contaminé six personnes lors de consultations. L’Agence est arrivée à ce résultat après une enquête pour comprendre la forte hausse en un mois du nombre de cas de rougeole sur l’île. 20 Minutes a posé trois questions à Christophe Prudhomme, le porte-parole de l’Association des médecins urgentistes de France (Amuf), pour éclairer la situation.

A quelles obligations les médecins sont-ils soumis en matière de vaccination ?

La loi impose aux personnels de santé de se vacciner contre quatre maladies : l'hépatite B, la diphtérie, le tétanos et la poliomyélite. La grippe faisait partie de cette liste mais elle en a été retirée en 2006. La rougeole [comme la varicelle, la coqueluche, la rubéole et l’hépatite A, ndlr] fait partie des vaccinations seulement recommandées. Au-delà des vaccins obligatoires, il y a un devoir déontologique de tout faire pour ne pas mettre en danger ses patients. C’est ce qui, selon moi, devrait conduire les praticiens à se vacciner contre la grippe et la rougeole, notamment.

Est-ce la première fois que des médecins transmettent une maladie à des patients faute de s’être vaccinés ?

Il y a déjà eu des cas – rares – par le passé de transmission de l’hépatite B à des patients par des médecins non vaccinés, infectés par la maladie et dont l’état n’avait pas été détecté.

Que faire pour éviter que cela ne se reproduise ?

L’entrée en vigueur début 2018 de l’obligation de vacciner les nourrissons contre 11 maladies devrait résoudre le problème pour les futurs professionnels. La difficulté demeure pour les personnes déjà en exercice. Je pense qu’il faudrait organiser des campagnes de rattrapage à destination des praticiens, d’autant que la médecine du travail a beaucoup de mal à assurer ses missions dans le milieu hospitalier. Rares sont les contrôles effectués à l’embauche par exemple. Les vaccins divisent au sein des médecins comme dans l’ensemble de la population. Mais il faut rappeler qu’une large couverture vaccinale reste la meilleure protection individuelle et collective contre des épidémies.