Rennes: L’intelligence artificielle au chevet des grands prématurés

RECHERCHE Un nouveau système testé dans les CHU du Grand Ouest doit permettre de prévenir les risques infectieux chez les nouveau-nés

Jérôme Gicquel

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Environ 8.000 grands prématurés naissent chaque année en France.
Environ 8.000 grands prématurés naissent chaque année en France. — Thierry Pasquet / Signatures
  • Un nouvel outil développé à Rennes vise à prévenir des risques infectieux chez les grands prématurés et à réduire ainsi la mortalité.
  • Le système s’appuie sur l’intelligence artificielle et offre au médecin une aide à la décision.
  • Les chercheurs et les médecins souhaitent désormais mener une étude clinique plus vaste pour consolider leurs avancées dans la recherche.

Le Big Data révolutionne depuis plusieurs années la recherche médicale avec des avancées considérables pour la santé des patients. Au CHU de Rennes, chercheurs et médecins travaillent main dans la main pour réduire la morbidité et la mortalité chez les grands prématurés, ces enfants nés entre la 24e et la 32e semaine de gestation.

L’objectif du projet, baptisé Digi-NewB et financé intégralement par l’Union européenne, est de détecter au plus vite les risques d’infection chez ces nouveau-nés. « Les défenses immunitaires de ces bébés sont très affaiblies et ils sont donc très exposés aux infections qui peuvent être dans certains cas mortelles », indique le professeur Patrick Pladys, néonatalogiste et chef du service de pédiatrie au CHU de Rennes.

Sur les 8.000 grands prématurés qui naissent en France chaque année, on estime ainsi que 15 à 20 % de ces bébés seront infectés lors de leur séjour à l’hôpital. Parmi eux, 10 à 15 % vont en mourir.

Les données recueillies par des moniteurs et des caméras

Pour les aider à prévenir ces risques infectieux, et réduire de fait la mortalité, les équipes du CHU de Rennes et de l’université Rennes 1 planchent depuis trois ans sur un nouveau système. Le principe : collecter un maximum de données sur l’état de santé du nouveau-né à l’aide des moniteurs et de caméras infrarouge. « On va enregistrer une centaine de variables comme le rythme cardiaque, la saturation en oxygène ou les mouvements des bébés », explique Guy Carrault, professeur à Rennes 1.

La technologie va alors prendre le relais de l’être humain pour extraire et analyser tous ces jeux de données, permettant au final d’obtenir un score de risque d’infection de 0 à 100 pour chaque prématuré en temps réel. « Cela ne remplace pas le médecin. C’est un outil d’aide à la décision qui nous permet d’être alertés pour intervenir le plus tôt possible », précise Patrick Pladys. Le système a aussi l’avantage d’être non invasif, évitant aux bébés d’avoir à subir la douleur des piqûres.

Une vaste étude clinique à financer

Pour développer ce nouvel outil, les porteurs du projet ont recueilli les données de 400 bébés hospitalisés en néonatologie dans les six CHU du Grand Ouest (Rennes, Angers, Brest, Nantes, Tours et Poitiers). D’ici à 2020, environ 700 bébés auront intégré le protocole « afin de nous aider à fiabiliser l’indice », souligne Guy Carrault.

La prochaine étape consistera à mener une étude clinique encore plus vaste, en l’exportant notamment à l’international. « Mais il faut pour cela des financements ! », sourit Patrick Pladys, tendant ainsi une perche aux généreux donateurs.