Illustration obésité.
Illustration obésité. — PAUL ELLIS/AFP

ETUDE

L'obésité progresse plus à la campagne qu'en ville, selon une étude

Les chercheurs ont travaillé sur 2.000 précédentes études, portant sur le poids de 112 millions d’adultes de 200 pays différents entre 1985 et 2017

Contrairement aux idées reçues, l’épidémie mondiale d’obésité proviendrait plus des campagnes que du mode de vie urbain, révèle une vaste étude publiée, ce mercredi, dans la revue Nature.

« L’obésité augmente plus rapidement dans les zones rurales de la planète que dans les villes », selon les auteurs de cette étude. « Cela signifie que nous devons repenser notre manière de répondre à ce problème mondial de santé publique », estime l’auteur principal de l’étude, le professeur Majid Ezzati, de l’Imperial College de Londres.

La hausse de l’obésité observée en grande partie dans les zones rurales

Ces travaux compilent plus de 2.000 précédentes études, portant sur 112 millions d’adultes de 200 pays entre 1985 et 2017. Les chercheurs se sont focalisés sur l’évolution de l’indice de masse corporelle (IMC) de tous ces individus durant cette période. Cet indice sert à mesurer le surpoids et l’obésité. Selon l’étude, de 1985 à 2017, l’IMC a globalement augmenté de 2 points pour les femmes et de 2,2 pour les hommes, soit un gain de poids de 5 à 6 kilos en moyenne par individu. Or, « 55 % de cette hausse globale est due à l’augmentation observée dans les zones rurales », selon l’étude.

Dans certains pays à faibles et moyens revenus, les zones rurales comptent même pour 80 % de l’augmentation. En outre, durant les 32 années étudiées, l’augmentation moyenne de l’IMC dans les zones rurales a été de 2,1 points pour les hommes comme pour les femmes, alors qu’elle n’a été que de 1,3 pour les hommes et 1,6 pour les femmes dans les villes. « Les résultats de cette vaste étude contredisent l’idée communément répandue selon laquelle l’augmentation mondiale de l’obésité est due au fait que de plus en plus de gens vivent dans des villes », selon le Pr Ezzati.

La population des zones rurales passées d’une sous-nutrition à une malnutrition

Dans les pays riches, l’IMC était déjà plus élevé dans les zones rurales en 1985. « En réalité, vivre en ville donne accès à une meilleure nutrition et à davantage d’exercice physique », poursuit-il. A l’inverse, l’obésité dans les zones rurales des pays à faibles et moyens revenus monte en flèche, en raison du changement des conditions de vie : accès plus facile aux aliments ultratransformés et aux boissons sucrées, dont la consommation favorise la prise de poids, et mécanisation de l’agriculture, qui entraîne une baisse de l’activité physique.

Les populations de ces zones sont passées d’un problème de sous-nutrition à un problème de malnutrition. « Ces populations rurales sont confrontées à un nouveau défi, qui n’est plus de se fournir suffisamment à manger, mais de se fournir une nourriture de bonne qualité​ », assure le Pr Ezzati. Jusqu’à présent, « les politiques de prévention en santé publique se sont focalisées sur l’obésité en ville », souligne Barry Popkin, spécialiste de la nutrition à l’université de Caroline du Nord à Chapel Hill (Etats-Unis), citant les mesures destinées à favoriser la marche et le vélo en ville. Selon lui, les résultats de l’étude devraient inciter à prendre davantage en compte les zones rurales des pays pauvres. Parmi les pistes avancées, une taxation accrue des aliments ultratransformés et des sodas.