Hôpitaux: Quels sont les risques du Candida auris, le champignon tueur?

HYGIENE Alors que plusieurs pays alertent sur des épidémies liés à un champignon tueur et très résistant, un spécialiste de la question nous éclaire sur les risques réels liés au Candida auris

Oihana Gabriel

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Illustration d'un hôpital.
Illustration d'un hôpital. — Pixabay
  • Le Candida auris, un nouveau champignon découvert en 2009 dans l’oreille d’un Japonais, s’est invité dans les hôpitaux d’au moins 16 pays dans le monde, notamment en Grande-Bretagne et en Espagne.
  • Ce champignon peut provoquer une infection parfois mortelle, notamment chez des patients très fragilisés, dans les services de réanimation.
  • Si la France ne compte, selon les informations de Santé publique France, que trois cas isolés, la Société française d’hygiène hospitalière invite les autorités publiques à redoubler de vigilance pour éviter toute épidémie.

Un microscopique champignon pour un maxi-problème ? Alors que plusieurs pays ont dévoilé ces dernières années des épidémies de candidoses, cette infection parfois mortelle due à un champignon, le Candida auris, résistant à la fois aux médicaments et aux désinfectants, la France devrait se préparer à faire face également à ce nouveau type de risque. C’est en tout cas l’avis de Pierre Parneix, président de la Société française d’hygiène hospitalière (SF2H), qui alerte dans Le Parisien sur ce champignon nouveau qui pourrait coloniser nos hôpitaux. 20 Minutes tente d’en savoir un peu plus sur ce fameux champignon tueur…

Qu’est-ce que le champignon Candida auris ?

Les humains sont souvent porteurs du champignon Candida dans leur tube digestif, dans le vagin, sur la peau. Mais ce Candida auris est particulier pour plusieurs raisons. D’abord, parce qu’il a été découvert récemment. En 2009, plus précisément, lorsqu'il a été isolé dans l’oreille d’un Japonais. D’où son petit nom : Candida « auris », pour « oreille ». Autre caractéristique : pour le moment, on le trouve uniquement à l’hôpital. Un champignon pas évident à chasser : « Il n’est pas facile à identifier si on n’a pas des moyens de diagnostics pointus, car on peut le confondre avec d’autres champignons », souligne Jean-Christophe Lucet, médecin en hygiène hospitalière à l’hôpital Bichat-Claude Bernard (AP-HP).

Comment se transmet-il ?

Par les mains, lors des soins : il peut passer par les sondes urinaires, les cathéters, lors d’une incision… L’infection va alors se manifester par de la fièvre et des signes locaux au niveau de la porte d’entrée : du pus sur une cicatrice, des brûlures s’il s’agit d’une infection urinaire, des rougeurs au niveau du cathéter.

Pourquoi faut-il se méfier ?

Pour trois raisons : « Il est plus dangereux que d’autres champignons, a une plus grande persistance dans l’environnement et une plus grande résistance aux traitements », résume le spécialiste. En effet, il peut vite dégrader l’état de santé d’un patient. Quand l’infection grave se déclenche, cela veut dire que le champignon est présent dans le sang. « De 30 à 60 % des patients qui développent cette infection risquent de mourir, précise Jean-Christophe Lucet. Tout en rappelant que ces patients, en réanimation, sont déjà extrêmement fragiles. Difficile donc de dire avec certitude que le champignon est seul responsable… Deuxième challenge : « Il est beaucoup plus résistant que les autres champignons aux médicaments qu’on appelle les antifongiques, reprend le chef de service de bactériologie. Quand une épidémie arrive, c’est-à-dire plusieurs cas, on a beaucoup de mal à s’en débarrasser, y compris dans des pays avec un système de santé très performant. »

Troisième souci : « C’est un champignon qui résiste très bien dans l’environnement et qui n’est pas sensible aux désinfectants habituels. On est obligés d’utiliser des produits plus agressifs, par exemple de l’eau de Javel. » Une substance qui attaque la peau des soignants et le matériel… et qui a eu tendance à disparaître de nos hôpitaux, pointe Pierre Parneix dans Le Parisien. Mais, bonne nouvelle, les solutions hydroalcooliques, très connues des soignants, sont efficaces pour supprimer ce champignon. « On n’est donc pas sans solution ! », rassure Jean-Christophe Lucet.

Quels sont les pays touchés ?

Des épidémies liées à ce champignon ont été identifiées ces dernières années aux Etats-Unis, sachant que c’est une enquête du New York Times qui a levé le voile début avril sur ce champignon tueur… et l’omerta qui l’entoure.

Mais le champignon est présent aussi en Europe. Notamment en Grande-Bretagne, où, en 2016, 72 personnes ont été contaminées dans un hôpital de Londres. En Espagne, 95 cas d’infections ont été relevés dans un hôpital de Valence. Selon un article de la Société française d’hygiène hospitalière, paru à l’été 2018, 16 pays étaient alors touchés. « Mais le risque est surtout important en Asie du Sud-Est », précise l’auteur de ce travail, Jean-Christophe Lucet, coauteur de cet article qui révélait le péril à venir.

Quel est le risque réel en France ?

En France, la Société française d’hygiène hospitalière a donné l’alerte dès 2018, à la suite des publications notamment en Grande-Bretagne. Aujourd’hui, on compte trois cas d’infection en France avec ce fameux champignon : un cas à La Réunion, un second dans un CHU de Tours et un troisième dans un hôpital de l’est de la France. Mais aucune épidémie. Il n’empêche, le risque existe : ce lundi, dans Le Parisien, le président de cette société en a remis une couche : « C’est justement parce que son éradication est difficile, chez le patient contaminé comme dans l’environnement de soins, qu’il est primordial de le maîtriser en amont et d’appliquer de strictes mesures d’hygiène. »

« Il faut être très rassurant, nuance Jean-Christophe Lucet. En France, on est très en amont et surtout, les mesures qu’on met en œuvre sont efficaces. Pour l’instant, ce champignon n’est pas présent dans nos hôpitaux, puisque les trois patients contaminés avaient été hospitalisés à l’étranger, puis rapatriés. » Ce spécialiste se félicite toutefois que la presse s’empare de ce sujet méconnu. Et rappelle que la prévention est la meilleure des solutions. « La première chose à faire : c’est de rester en alerte, quand un patient arrive de l’étranger en réanimation, il faut rechercher ce champignon. D’autant qu’il peut être porteur sans infection, avec aucun signe de la maladie. Il faut donc une politique active de dépistage. On prélève des tissus sur la peau, la gorge, le tube digestif, pour rechercher un éventuel portage. Et il faut qu’on prenne les mesures d’hygiène nécessaires jusqu’à ce que le résultat du prélèvement revienne du laboratoire. »