VIDEO. Epidémie de rougeole en Auvergne Rhône-Alpes, « une situation inquiétante » selon les autorités sanitaires

MALADIE Depuis le début de l'année, la région enregistre quatre fois plus de cas de rougeole qu'en 2018

Propos recueillis par Elisa Frisullo

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Un vaccin contre la rougeole...
Un vaccin contre la rougeole... — SCHNEYDER MENDOZA / AFP
  • Après la Nouvelle-Aquitaine, Auvergne Rhône-Alpes fait face à une forte progression des cas de rougeole depuis le début de l’année.
  • Une situation préoccupante, selon les autorités, due à un taux de couverture vaccinal très largement insuffisant.

A Val Thorens, en Savoie, 55 cas de rougeole ont été recensés depuis le début de l’année. Si l’épidémie dans cette station de ski semble sur le point d’être endiguée, les autorités sanitaires n’en restent pas moins préoccupées par cette infection virale, en très forte hausse ces derniers mois en Auvergne Rhône-Alpes, comme sur le territoire national. A l’occasion de la semaine de la vaccination,20 Minutess’est interrogé sur la recrudescence de cette maladie infectieuse très contagieuse. Anne-Sophie Ronnaux-Baron, responsable du pôle régional de veille sanitaire à l’Agence Régionale de Santé (ARS), a répondu à nos questions.

Les cas de rougeole ne cessent de progresser dans la région. Sommes-nous face à une épidémie ?

Anne-Sophie Ronnaux-Baron : En 2017-2018, la Nouvelle-Aquitaine a été concernée par une recrudescence des cas de rougeole. Et puis, en ce début d’année 2019, l’épidémie est arrivée en Auvergne Rhône et sur l’ensemble du territoire. C’est de nouveau une situation inquiétante et préoccupante. A ce jour, nous sommes à plus de 130 cas recensés dans la région pour 2019. C’est quatre fois plus qu’en 2018 sur la même période. Cette nouvelle épidémie est partie de la Savoie, de la station de Val Thorens, avec quelques cas recensés dans d’autres vallées, notamment à Méribel et aux Ménuires. Cinquante-cinq cas ont été déclarés à Val Thorens mais le nombre de nouveaux cas s’est stabilisé. Désormais, le Rhône et d’autres communes de Savoie sont touchés, avec plusieurs cas déclarés.

Comment l’expliquez-vous ?

Cala s’explique par deux facteurs importants. Tout d’abord, la rougeole est très certainement la maladie la plus contagieuse. Une personne contaminée peut en infecter vingt autres qui n’ont pas été vaccinées. Et la couverture vaccinale contre la rougeole est totalement insuffisante sur l’ensemble du territoire national et même au-delà. L’organisation mondiale de la santé (OMS) a lancé un cri d’alarme par rapport à la recrudescence des cas de rougeole. Il faudrait un taux vaccinal de plus de 95 % pour éviter ces flambées épidémiques, alors qu’en France et dans la région, nous en sommes à 80-82 %, avec une légère amélioration notée lors du dernier bilan.

Ce vaccin est pourtant obligatoire désormais ?

Depuis le 1er janvier 2018, il fait partie des onze vaccins obligatoires. On a de premiers résultats qui montrent une petite augmentation de la couverture vaccinale rougeole depuis. C’est encourageant. Les premiers effets bénéfiques de cette obligation devraient se faire ressentir prochainement et nous permettre, nous le souhaitons, de nous rapprocher de la couverture vaccinale à 95 %.

Il existe encore une opposition à la vaccination. Ces personnes-là, comment les convaincre ?

Les anti-vaccinaux ne représentent au final que 2 à 3 % de la population. C’est assez symbolique, même s’ils sont forts en termes de communication. Ceux-là, c’est compliqué de les faire changer d’avis et de les convaincre. En revanche, pour les hésitants, il faut favoriser l’adhésion à la vaccination. C’est un travail que l’on doit mener, en termes de communication, pour que ces personnes changent d’avis. Ces hésitations sont dues au fait que, dans nos pays industrialisés, les maladies infectieuses sont devenues beaucoup moins présentes. Certaines mêmes ont été éradiquées grâce à la vaccination, comme la variole. La polio est en passe d’être éradiquée. D’autres maladies, comme la diphtérie ou le tétanos, sont en nette diminution et cela grâce à la vaccination. L’autre facteur qui explique cette opposition ou cette hésitation à se faire vacciner, c’est que la population a une méconnaissance de ces maladies infectieuses et de leurs conséquences. On le voit pour la rougeole, c’est une maladie grave qui peut entraîner des décès.

 

Y a-t-il eu des morts liées à l’épidémie dans la région ?

Non, nous n’avons pas eu de formes graves ni de décès. Mais nous avons eu des hospitalisations chez des enfants et des adolescents, ce qui montre que la rougeole n’est pas une maladie banale. Il ne faut pas oublier que lorsque l’on se vaccine, on se protège soi-même mais on le fait aussi pour protéger ses proches. Et notamment, les personnes fragiles de notre entourage qui ne peuvent pas être vaccinées. A savoir les nourrissons, avant neuf mois, les femmes enceintes et les personnes immunodéprimées. Si ces personnes attrapent la rougeole, cela peut être extrêmement grave avec des risques de décès. Il y a eu un décès mi-mars en France, dans une autre région. Il s’agissait d’une personne immunodéprimée qui a été contaminée par la rougeole.

A Val Thorens, ce sont de jeunes adultes qui ont été contaminés. Ils n’étaient pas vaccinés ?

Effectivement, il s’agissait de saisonniers âgés de 20 à 30 ans. Pour la plupart, ils n’avaient pas reçu les deux doses du vaccin à la rougeole. Pour être complètement vacciné, il faut avoir reçu ces deux doses. Nous incitons donc toutes personnes nées en 1980 ou après à vérifier dans leur carnet de santé qu’elles ont bien reçu une vaccination complète et qu’elles sont donc bien immunisées contre la maladie.