«La méningite peut entraîner des séquelles neurologiques terriblement graves»

INTERVIEW A l’occasion de la Journée mondiale de lutte contre la méningite, le docteur Hervé Haas, chef de service urgences pédiatriques-infectiologie au CHU de Nice, revient sur les causes et les conséquences de cette maladie

Lucie Bras

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Une campagne de vaccination contre la méningite sur le campus de Dijon en 2017.
Une campagne de vaccination contre la méningite sur le campus de Dijon en 2017. — PHILIPPE DESMAZES / AFP
  • En France, 546 cas ont été diagnostiqués en 2017.
  • Le docteur Hervé Haas, chef de Service Urgences Pédiatrique Infectiologie au CHU de Nice a répondu à nos questions.

Elle touche surtout les enfants en bas âge et les adolescents. En 2017, 546 cas de méningites ont été notifiés, d’après un rapport de Santé publique France. A l’occasion de la Journée mondiale de lutte contre la méningite, 20 Minutes a demandé au docteur Hervé Haas, chef de service urgences pédiatriques-infectiologie au CHU de Nice, comment reconnaître les signes de cette maladie foudroyante.

Quelles sont les causes de la méningite ?

C’est une infection au niveau des méninges, une sorte de toile d’araignée qui protège le cerveau. Il y a deux causes : la méningite virale, causée par un virus, qui peut donner très mal à la tête mais qui n’est pas grave. La méningite bactérienne, en revanche, c’est une infection autour du cerveau. On compte 500 à 600 cas par an. Elle n’est pas très fréquente, mais elle marque les esprits par sa gravité.

Pourquoi la méningite est-elle encore une maladie dangereuse ?

Entre 15 et 20 % des patients décèdent. Et la méningite peut entraîner des séquelles graves. L’un des principaux risques d’une infection du cerveau, c’est la destruction du cerveau. Entre 20 et 30 % des personnes atteintes vont avoir des séquelles neurologiques terriblement graves. La même proportion présentera des séquelles « mineures », comme la surdité ou la cécité.

Si le cerveau est attaqué, cela peut entraîner une épilepsie, un retard de langage, un retard de la marche mais aussi des atteintes au niveau osseux ou cutané. Parfois, des tissus sont détruits par l’infection, ce qui entraîne des amputations au niveau des jambes, des bras ou des doigts. Les organes aussi peuvent être touchés : la rate, les glandes surrénales, les reins. La maladie passe partout et n’épargne rien. On essaie de limiter les dégâts. Au moment où on fait le diagnostic, la maladie est déjà très avancée.

Qui concerne-t-elle ? Y a-t-il des publics plus fragiles ?

Enfants, ados, adultes… La méningite concerne tout le monde. Mais on constate qu’elle touche particulièrement les enfants de moins de 1 an et les ados entre 15 et 24 ans. Il y a un pic d’incidence sur ces populations-là. A ces âges, on entre en contact pour la première fois avec des bactéries comme le pneumocoque ou le méningocoque, qui peuvent passer dans le sang et causer une méningite.

Maux de tête, vomissements, perte de conscience… A quel moment faut-il s’inquiéter ?

Les symptômes sont nombreux mais pas spécifiques : des troubles de la conscience, une couleur du visage pâle voire grise, des vomissements, de la diarrhée, de la fièvre. C’est très compliqué à repérer pour les parents : l’enfant a un comportement très différent de celui que l’on connaît, avec beaucoup de somnolence. Il est abattu ou douloureux. Chez certains malades, on remarque l’apparition de taches pourpres sur la peau, qui ne disparaissent pas quand on appuie dessus. Elles ont d’abord la taille d’une tête d’épingle, mais peuvent grandir très vite. C’est un purpura, cela veut dire que l’infection attaque la peau. Si l’on constate l’un de ces symptômes, il faut contacter le 15.

Comment peut-on s’en prémunir ?

La meilleure façon de combattre la maladie, c’est d’éviter de la déclencher. La première chose à faire est de discuter avec son médecin de l’opportunité de la vaccination. En France, il existe des vaccins obligatoires contre trois méningocoques bactériens : le vaccin contre la bactérie Haemophilus, contre le pneumocoque et contre le méningocoque C, qui est obligatoire depuis le 1er janvier 2018.

Un autre vaccin contre le méningocoque B existe. Il est particulièrement recommandé pour les enfants immunodéprimés mais il n’est pas obligatoire. En tant que pédiatre, je recommande fortement de vacciner les enfants contre le méningocoque B.