Denis Baupin condamné pour procédure abusive: «C’est un avertissement pour tous les harceleurs !»

INTERVIEW Anne-Cécile Mailfert, présidente de la Fondation des femmes, réagit à la relaxe dont ont bénéficié, ce vendredi, des femmes qui accusaient Denis Baupin d’agressions sexuelles

Vincent Vantighem

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Anne-Cécile Mailfert, présidente de la Fondation des femmes.
Anne-Cécile Mailfert, présidente de la Fondation des femmes. — STEPHANE DE SAKUTIN / AFP
  • La justice a relaxé les journalistes poursuivis pour avoir donné la parole à des femmes accusant Denis Baupin d’agressions sexuelles et de harcèlement.
  • L’ancien député écologiste a été condamné pour procédure abusive dans ce procès qui s’est totalement retourné contre lui.
  • La présidente de la Fondation des femmes, Anne-Cécile Mailfert, réagit à ce jugement.

Elles ont souri en écoutant le délibéré. Et puis, elles se sont prises dans les bras. Les femmes qui accusaient Denis Baupin d’agressions et de harcèlement sexuel ont été entendues, ce vendredi, par la justice. Le tribunal de Paris a, en effet, relaxé les journalistes de Médiapart et de France Inter, accusés de diffamation par l’ancien député écologique pour leur avoir donné la parole. Débouté de ses demandes, Denis Baupin a même été condamné pour « procédure abusive » à verser 500 euros à chacun des plaignants qui en avait fait la demande. Présidente de la Fondation des femmes, Anne-Cécile Mailfert a accepté de revenir sur ce jugement pour 20 Minutes

En quoi ce jugement est-il important pour le mouvement de libération de la parole des femmes ?

C’est une victoire pour les victimes. Mais c’est surtout la condamnation de Denis Baupin pour procédure abusive qu’il faut retenir. La justice a clairement dit aujourd’hui que la procédure en diffamation ne pouvait pas être utilisée pour intimider les victimes, pour leur intimer l’ordre de se taire.

Les femmes rechignent-elles souvent à témoigner en raison de ce risque ?

On connaît la difficulté des femmes à témoigner des violences qu’elles peuvent subir. Et on sait que les faits sont difficiles à établir. Parfois, ils sont prescrits. Souvent, c’est parole contre parole et de nombreuses procédures aboutissent à un non-lieu. Dans ce genre de cas, il n’est pas rare de voir les harceleurs se retourner contre elles en déposant plainte en diffamation. Aujourd’hui, la justice a bien dit qu’on ne pouvait pas l’utiliser à tort. C’est un vrai avertisseur pour les harceleurs ! Cela va donner confiance à la justice d’aller dans ce sens.

En a-t-elle vraiment besoin ?

Le jugement du tribunal de Paris est très bon. Tous les juges n’ont pas la même appréciation. Nous, à la Fondation des femmes, on voit plus souvent les femmes se prendre le mur de la justice de plein fouet. Alors, je ne veux pas faire preuve d’optimisme délirant mais si ce genre de jugement peut inciter les autres tribunaux à prendre en compte cette réalité, c’est bien.

Dans un communiqué, Denis Baupin assure qu’il a gagné ce procès et qu’il n’a jamais agressé ni harcelé personne…

Oui, c’est une stratégie étonnante… Cette affaire s’est complètement retournée contre lui. La présidente du tribunal a d’ailleurs critiqué le fait qu’il ne se soit pas déplacé lors du procès à une seule reprise. Et aujourd’hui, il continue à nier les faits. Mais c’est un peu « Game Over ! » pour lui quand même…