Bruxelles arrête-t-elle la 5G pour des raisons de santé? Une info partielle

FAKE OFF De nombreux sites soutiennent que la capitale belge arrête le déploiement de la 5G en raison d'effets sur la santé. Ils reprennent une citation hors contexte d'une ministre belge

Mathilde Cousin

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Illustration sur la 5G.
Illustration sur la 5G. — Arne Dedert / dpa / AFP
  • L'information partielle a fait le tour du monde : Bruxelles aurait interrompu le déploiement de la 5G en raison des effets de cette technologie sur la santé.
  • Ils reprennent une citation d'une responsable politique belge.
  • Cette responsable veut encadrer le déploiement de la 5G.

La ville de Bruxelles a-t-elle vraiment interrompu la 5G « en raison de ses effets sur la santé » ? C’est ce qu’écrit le site Exoportail, qui déclare s’appuyer sur une déclaration d’une politique belge.

Selon Exoportail, Céline Fremault, ministre du gouvernement de la région de Bruxelles-Capitale, chargée notamment de l’environnement, aurait déclaré : « Je ne peux pas accueillir une telle technologie si les normes de radioprotection, qui doivent protéger le citoyen, ne sont pas respectées, 5G ou non. Les Bruxellois ne sont pas des cobayes dont je peux vendre la santé à profit. Nous ne pouvons rien laisser au doute. »

FAKE OFF

La citation est proche de l’originale. La citation originale est extraite d’une interview de la ministre au journal belge L'Echo. L’interview a été publiée le 29 mars. Voici ce qu’avait alors déclaré la ministre : « Si depuis juillet je n’ai eu de cesse de travailler sur le dossier, avec toute une série de balises indispensables en matière de santé, aujourd’hui force est de constater qu’il est impensable pour moi de permettre l’arrivée de cette technologie si je ne peux assurer le respect des normes protégeant les citoyens. 5G ou pas. Les Bruxellois ne sont pas des souris de laboratoire dont je peux vendre la santé au prix du profit. On ne peut laisser planer de doute. »

Céline Fremault veut donc encadrer, non pas arrêter, l’arrivée de la 5G à Bruxelles. Comme l’ont repéré nos confrères de Checknews, celle-ci a précisé sur Twitter le 1er avril que « Bruxelles pourra être prête en 2020 à accueillir la 5 G (le temps de tester et s’assurer que les antennes mMIMO respectent les normes que je propose). Ce n’est par contre pas le cas du fédéral… »

Ce qui pose problème, c’est une question de mesure de rayonnement de ces antennes qui devraient être déployées pour la nouvelle technologie. Si la ministre s'oppose actuellement à leur déploiement, c’est en raison de l’impossibilité d’évaluer les émissions de ces nouvelles antennes, de par « l’absence d’informations techniques disponibles quant au comportement des champs issus desdites antennes actives », explique-t-elle à L’Echo.

Ces antennes « ont la particularité de varier le champ [de leurs émissions] dans le temps, dans l’espace et en intensité, contrairement aux antennes utilisées pour les technologies 2G, 3G et 4G qui émettent des rayonnements de manière continue en intensité et dans l’espace », détaille l’entourage de la ministre à 20 Minutes.

Pas d’accord entre les régions et le gouvernement fédéral

La ministre avait demandé que les nouvelles antennes respectent des normes de 14,5 v/m en extérieur et 9 v/m en intérieur, « le cadre légal d’émissions actuel de 6v/m ne permettant pas le déploiement de la 5 G », rappelle son entourage. Cette norme de 14,5 v/m est « 20 fois plus stricte que les recommandations de l'OMS », avance l’entourage.

L’arrivée de la 5G dans la capitale belge rencontre une autre difficulté : il n’y a actuellement aucun accord entre le gouvernement fédéral et les régions pour la répartition des recettes des licences 5G. Sans accord, pas de déploiement. Ce sera au prochain gouvernement belge de mener les négociations, comme l'a rappelé Philippe De Backer, le ministre en charge des Télécoms (contacté par 20 Minutes, son cabinet n’a pas retourné nos sollicitations). Les électeurs belges voteront le 26 mai.

Une info partielle reprise à travers le monde

Exportail n’a pas été le seul site à soutenir que Bruxelles « était la première grande ville à interrompre la 5G pour des effets sur la santé. » De nombreux blogs et sites à travers le monde l’ont écrit. Le 2 avril, deux sites américains, Take back your power et Collective evolution, publient le même texte, signés du même homme. Ce texte annonce : « Bonne nouvelle. Une membre du gouvernement belge a annoncé que Bruxelles interrompt ses plans pour la 5G en raison d’effets sur la santé. » Les publications des deux sites rencontrent un grand succès : elles ont été partagées plus de 46.000 et 21.000 fois depuis leur mise en ligne le 2 avril.

Le 3 avril, c’est ce texte qui est traduit par Exoportail. Il a été partagé plus de 52.000 fois, un score très important pour un site à l'audience confidentielle.

Des sites espagnols vont plus loin dans la désinformation

Le texte de Take back your power est ensuite diffusé et traduit en espagnol, en italien et repris sur d’autres sites américains. Des sites croates et roumains expliquent aussi que Bruxelles arrête la 5G pour des raisons de santé.

Des sites espagnols vont plus loin dans la désinformation : ils titrent sur l’arrêt de la 5G pour des raisons de santé, mais leur article ne mentionne à aucun moment la ministre.

 

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