Antibiotiques: Des «grenades génétiques» pour cibler et tuer les bactéries résistantes

ETUDE La structure imaginée par les chercheurs n’attaque pas les bactéries bénéfiques au corps humain

20 Minutes avec agences

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Des antibiotiques.
Des antibiotiques. — Philippe Huguen AFP

Des chercheurs ont mis au point une « bombe génétique » pour lutter contre la résistance aux antibiotiques. La trouvaille est capable de cibler et détruire les bactéries résistantes aux médicaments sans tuer celles qui sont bonnes pour l’organisme.

Une étude, détaillant le travail des scientifiques de l’Institut Pasteur (Paris) et de l’Université polytechnique de Madrid, a été publiée ce lundi dans la revue Nature Biotechnology. Pour Didier Mazel, de l’Institut Pasteur, le développement des approches ciblées est « essentiel ».

Viser les mauvaises bactéries uniquement

En effet, quand on prend un antibiotique, celui-ci s’attaque sans distinction aux bactéries nocives et aux bactéries bénéfiques qui vivent dans notre intestin. Cela entraîne un déséquilibre de la flore bactérienne, qui favorise le développement de bactéries antibiorésistantes. Pour éviter cela, Didier Mazel et son équipe ont imaginé une stratégie alternative.

Ils ont créé une structure semblable à une « grenade génétique », porteuse à la fois d’une charge explosive et d’une goupille de sécurité. Elle véhicule une toxine qui ne s’active que près d’une molécule spécifique de la bactérie ciblée. Ainsi, seules les bactéries responsables de maladies sont touchées et tuées.

L’antibiorésistance, un problème grave et urgent

Les chercheurs ont ensuite affiné la « grenade » pour qu’elle cible seulement les souches de bactéries antibiorésistantes. Le mécanisme a été testé sur la bactérie Vibrio cholerae, présente chez les poissons et responsable du choléra chez l’homme. Les chercheurs ont réussi à tuer spécifiquement cette bactérie chez le poisson zèbre et des larves de crustacés.

« Le système est en place et peut être facilement adapté à d’autres bactéries », explique Didier Mazel. Les autorités sanitaires mondiales alertent régulièrement sur le danger de la surconsommation d’antibiotiques. Selon l’OMS, sans mesures d’urgence, « nous entrerons bientôt dans une ère postantibiotique dans laquelle des infections courantes et de petites blessures seront à nouveau mortelles. »