VIDEO. Le vaccin contre la grippe est-il menacé par le E319, additif alimentaire soupçonné d'affaiblir notre système immunitaire?

VIRUS « 20 Minutes » a évoqué cette étude américaine avec Bruno Lina, virologue au CHU de Lyon et chercheur Centre international de recherche en infectiologie (CIRI)

Lucie Bras

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Campagne de vaccination dans une entreprise à Nantes.
Campagne de vaccination dans une entreprise à Nantes. — SEBASTIEN SALOM GOMIS/SIPA
  • L’efficacité du vaccin contre la grippe pourrait être altérée par un additif alimentaire, le E319.
  • Cet additif est présent dans le poisson et la viande surgelée, les céréales de petit-déjeuner ou les préparations pour gâteaux.
  • L’étude, qui n’a pas encore été validée par la communauté scientifique, garde son statut d’hypothèse.

Et si notre alimentation avait des conséquences sur l’efficacité du vaccin contre la grippe ? Aux Etats-Unis, des chercheurs ont mis en relation la consommation d’un additif alimentaire avec le manque d’efficacité du vaccin. Présent dans les frites des fast-foods ou les céréales du petit-déjeuner, l’E319 pourrait altérer le fonctionnement du système immunitaire et sa mémoire face au virus de la grippe. 20 Minutes revient sur cette étude avec Bruno Lina, virologue au CHU de Lyon et chercheur Centre international de recherche en infectiologie (CIRI).

Quelles sont les conclusions de cette étude américaine sur le vaccin contre la grippe ?

Parue le 7 avril dernier sur le site de l’université d’Etat du Michigan, l’étude fait un lien entre l’additif alimentaire E319 (également appelé Tert-butylhydroquinone, ou tBHQ) et une réponse immunitaire défaillante au virus contre la grippe. « Nous avons déterminé que lorsque la tBHQ était introduite dans le régime alimentaire, elle affectait certaines cellules qui jouent un rôle important dans la réponse immunitaire appropriée à la grippe », écrivent Cheryl Rockwell, professeure associée de pharmacologie et toxicologie et Robert Freeborn, en quatrième année de doctorat.

Comment l’E319 peut-il affecter l’efficacité du vaccin contre la grippe ?

« L’hypothèse, c’est que l’additif affaiblit la réponse immunitaire. Il pourrait perturber l’installation de la mémoire immunitaire au moment du vaccin, mais aussi lors d’une infection », détaille le professeur Bruno Lina. Les chercheurs ont testé leur idée sur des souris, à qui ils ont fait ingérer une dose d’E319 égale en proportion à la consommation humaine.

« Globalement, nous avons constaté une réduction du nombre de lymphocytes TCD8 dans les poumons et une réduction du nombre de lymphocytes TCD4 et CD8 pouvant identifier le virus de la grippe chez les souris exposées à la tBHQ », a déclaré Freeborn. « Ces souris avaient également une inflammation généralisée et une production de mucus dans leurs poumons », indiquent-ils. Des cellules responsables de la réponse immunitaire.

« Quand on est exposé à un agent infectieux, externe à notre organisme (infection ou vaccin), les cellules captent cet agent externe et le digèrent avant de le montrer à des cellules TCD4. Elles sont le pivot de la réponse immunitaire. Elles vont être capables de dire : "je le connais déjà ou je ne le connais pas". Mais cet additif perturbe le fonctionnement des TCD4. La discussion ne se fait pas ou se fait moins bien. Le virus profiterait de cette situation pour proliférer », conclut-il.

Cette étude quelque peu alarmiste est-elle validée par la communauté scientifique ?

Cette étude, financée par les Instituts américains pour la santé, a pour l’instant été publiée sur le site de l’université du Michigan et présentée lors d’un colloque de Pharmacologie et Thérapies innovantes. Pour être validés, les auteurs doivent désormais l’envoyer à un journal scientifique, « qui doit apporter une réponse critique », explique le virologue, et vérifier qu’il n’y a aucun biais dans l’étude (si les souris choisies présentaient déjà des faiblesses immunitaires par exemple). « Si cette information se confirme, c’est intéressant. Cela montre que le système immunitaire de l’homme marche de façon holistique, c’est-à-dire que notre comportement joue aussi sur son efficacité », souligne Bruno Lina.

Dans quels aliments retrouve-t-on cet additif alimentaire ?

L’E319 est un additif alimentaire aux propriétés antioxydantes. Selon le site quechoisir.org, il permet de « protéger les matières grasses et les arômes de l’oxydation ». On le retrouve dans de nombreux produits du quotidien : poisson et viande surgelée, chewing-gum, céréales de petit-déjeuner, préparations pour gâteaux, soupes de nouilles instantanées, bouillons, frites de fast-food ou encore certaines marques de chips. Cet additif a été interdit au Japon, et serait toxique pour la vie aquatique, la peau et les yeux.