Sidaction: «La Prep est une excellente nouvelle pour prévenir de l’infection par le VIH»

INTERVIEW Laurence Slama, infectiologue et responsable de l’équipe Prep au centre de santé sexuelle de l’Hôtel-Dieu, à Paris fait le point sur le traitement « prophylaxie pré-exposition », dit Prep, un des nouveaux moyens de prévention de l’infection du VIH

Propos recueillis par Rachel Garrat-Valcarcel

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A l'origine il y avait le Truvada, mais il existe désormais des génériques.
A l'origine il y avait le Truvada, mais il existe désormais des génériques. — JUSTIN SULLIVAN / GETTY IMAGES NORTH AMERICA / AFP
  • Depuis 2016, la France s’est lancée dans les traitements Prep, soit prophylaxie pré-exposition, dans la lutte contre le VIH.
  • Il s’agit d’un nouveau moyen de prévention, pour les personnes non-atteintes, sous formes de pilules et d’un suivi médical important.
  • Pour Laurence Slama, infectiologie à l’Hôtel-Dieu, cette nouvelle option de prévention est une bonne nouvelle, même si elle estime l’information insuffisante chez des populations qui se sentent moins concernées, comme les hétérosexuels.

Il y a des bonnes nouvelles crédibles dans la lutte sont le VIH/Sida. Le traitement Prep (pour prophylaxie pré-exposition) en fait partie. Ce traitement préventif, pour les personnes séronégatives, est remboursé en France depuis 2016 par la Sécurité sociale. Très concrètement, quand il est bien suivi, le traitement protège d’une infection par le VIH. Pas une petite avancée, donc. En 2018, d’après Aides, 7.000 personnes étaient sous traitement en France, presque exclusivement des hommes gays.

Laurence Slama est infectiologue à l’Hôtel-Dieu et responsable du groupe Prep du centre de santé sexuelle de cet hôpital parisien. A l’occasion du Sidaction, qui débute ce vendredi, elle explique l’intérêt d’un tel traitement, pour les personnes qui en ressentent le besoin.

Quel est l’intérêt de ce traitement ?

La Prep, c’est le traitement préventif de l’infection par le VIH. A opposer, par exemple, au traitement post-exposition qui n’a rien à voir, les gens confondent souvent. C’est-à-dire que ça prévient de l’infection par le VIH. Ça consiste en un traitement antirétroviral de deux molécules, le Truvada. Les gens qui ne sont pas infectés par le VIH peuvent bénéficier de ce traitement, pris en charge à 100 % par la Sécurité sociale en France. Il n’est pas indiqué pour la population générale ou des gens qui ont un partenaire tous les trois ans. Les cibles sont les populations fortement exposées notamment les homosexuels, les travailleurs et travailleuses du sexe, les personnes transgenres, les personnes dans une zone épidémique (Afrique subsaharienne…). Mais si ça prévient du VIH, ça ne prévient pas des autres infections sexuellement transmissibles (hépatite, syphilis, gonos…).

Concrètement en quoi consiste le traitement ?

D’abord, le début de la prep se fait à l’hôpital. On évalue la sérologie du patient, pour être sûr qu’il est bien négatif. Ensuite, il y a deux façons de prendre le traitement, en fonction de sa sexualité. Soit on prend deux comprimés, pour donner une dose de charge, puis un comprimé par jour jusqu’à… toujours ou jusqu’à ce qu’on décide de ne pas avoir de sexualité ou bien une différente. Soit à la demande : deux comprimés dans les vingt-quatre à deux heures avant le rapport sexuel, puis un comprimé le jour suivant et un autre le surlendemain. Et on arrête. Ça ne dépend pas du nombre de partenaires : c’est-à-dire que vous pouvez dans cette fenêtre-là avoir un partenaire ou quarante partenaires, la dose ne change pas. Ça encadre le jour où vous avez des relations sexuelles.

Est-ce contraignant ?

Je trouve que ce n’est pas du tout contraignant. Je pense que c’est une vraie valeur ajoutée en termes de prévention pour l’infection par le VIH. Il faut néanmoins faire comprendre aux gens que ça ne prévient pas contre les autres infections. Que c’est quand même un outil formidable car c’est formidable de pas être infecté par le VIH. Néanmoins, ça reste un médicament : ça nécessite une surveillance tous les trois mois auprès d’un médecin, ça n’est pas négligeable. Prendre un comprimé par jour ça ne me paraît pas contraignant.

Vous avez rappelé que la Prep ne protège pas d’autres infections sexuellement transmissibles. Mais n’est-ce pas tout de même une bonne chose pour le traitement des autres IST ?

Oui, tout à fait. L’un des avantages de la Prep, c’est que ça amène dans le soin des populations qu’on ne voyait pas jusque-là. Les gens que je voyais jusqu’ici étaient des gens déjà infectés et qui arrivaient à moi parce qu’ils étaient infectés par le VIH ou l’hépatite. Alors que là, finalement, ça amène au soin un certain nombre de gens qui vont faire plus attention à leur santé, en tout cas c’est l’objectif de la prise en charge médicale. Et qui vont être dépistés de façon plus régulière. Qui dit dépisté dit traité, si infection il y a. Donc, effectivement, ça nous permet de dépister et de traiter des gens qui jusque-là échappaient aux soins.

Il y a de vraies batailles sur la Prep, des gens pour et des gens contre. A quoi est-ce lié ?

Je m’occupe de patients et d’infections par le VIH depuis vingt-cinq ou trente ans, je trouve que ça a toujours suscité des passions. Parce que c’est lié à la sexualité, que ça soulève la question de l’homosexualité, du rapport au différent… Je pense que c’est une excellente nouvelle pour les patients pour prévenir de l’infection par le VIH. Mais la facilité ça serait de dire « tout le monde sous Prep ». Ça reste un médicament, je ne peux pas vous dire « c’est super, c’est canon ».

D’autres populations peuvent aussi avoir accès à ce traitement ?

Je défends avec ferveur l’accès des hétérosexuels à la Prep. Et d’ailleurs, ils peuvent ! Sauf qu’ils ne viennent pas à nous, ils ne se sentent pas concernés, et c’est bien dommage. Parce que des hétérosexuels aussi ont une sexualité avec plusieurs partenaires sans se protéger. Donc, pourquoi pas la Prep ? Les femmes, qui sont toujours la cinquième roue du carrosse de la prévention, ne se sentent pas concernées non plus. Et puis il y a aussi les jeunes. Quand on débute sa sexualité, qu’on ne sait pas trop comment on fait, qu’on se demande si on met un préservatif ou pas… C’est un moment, et donc une population, qui est à risque. C’est important de dire aux jeunes qu’il y a cette possibilité-là.

Vous jugez que l’information sur la Prep n’est pas suffisante ?

Les populations dont je viens de vous parler ne sont pas assez informées, ne se sentent pas concernées et c’est dommage. Dans le milieu homo, c’est différent. Mais eux aussi ne sont pas forcément informés : la preuve c’est qu’on voit encore des jeunes qui viennent et qui sont infectés. Il y a donc probablement encore des niches à explorer. Mais, de plus en plus, dans les applis de rencontres gay, les utilisateurs indiquent s’ils sont sous Prep ou pas. Donc, c’est quand même une information qui circule et je trouve que les gens viennent assez facilement.

Expliquer, faire de la prévention, c’est une activité qui prend du temps. Il faudrait pouvoir ouvrir plus longtemps, le soir par exemple pour les gens qui travaillent… Et puis venir à l’hôpital parfois c’est compliqué, notamment quand ils sont en bonne santé. Mais le problème c’est qu’on n’a pas les moyens humains et techniques de le faire aujourd’hui.