Service sanitaire: «Recentrer la prévention au cœur des métiers médicaux et para-médicaux»

INTERVIEW Le service sanitaire, lancé en septembre 2018, impose aux étudiants en cursus de santé de faire de la prévention dans les classes ou entreprises. Sylvie Thiais, de l'Agence régionale de santé d'Ile-de-France, dresse un premier bilan du dispositif

Propos recueillis par Oihana Gabriel

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Devant un schéma, des étudiantes infirmières expliquent aux collégiens ce qu'est l'asthme. En Ile-de-France, environ 9.000 étudiants en santé ont réalisé leur service sanitaire depuis septembre 2018, son lancement
Devant un schéma, des étudiantes infirmières expliquent aux collégiens ce qu'est l'asthme. En Ile-de-France, environ 9.000 étudiants en santé ont réalisé leur service sanitaire depuis septembre 2018, son lancement — O. Gabriel / 20 Minutes
  • Le service sanitaire, promesse de campagne d'Emmanuel Macron, a été mis en place en septembre 2018 pour les étudiants en santé.
  • L'objectif est d'améliorer à la fois la prévention et le dialogue entre les futurs professionnels du secteur et les patients.
  • Alors que le Premier ministre a annoncé fin mars que 49.000 étudiants ont déjà réalisé leur service sanitaire, la responsable de l'ARS francilienne fait le point

Comment porter son sac à dos de collégien, éviter les infections sexuellement transmissibles au lycée, ne pas tomber dans l’alcoolisme ou la dépendance aux psychotropes pour tenir le rythme au bureau, ou bien se nourrir pour éviter les carences lorsque l'on est âgé ? Voilà le type de thématiques que des étudiants en cursus de santé, tous métiers confondus, peuvent aborder lors de leur service sanitaire. Une nouveauté, lancée en septembre dernier. Le Premier ministre s’est félicité fin mars de voir que 49.000 étudiants en santé avaient déjà pénétré dans des salles de classe ou des bureaux d'entreprises, pour faire de la prévention.

Sylvie Thiais, directrice des soins et conseillère pédagogique à l’Agence régionale de santé Ile-de-France, organisme chargé de cette mise en place délicate, nous explique comment ce service sanitaire se met progressivement en place dans la région.

Quel est le but du service sanitaire ?

C’est que chaque étudiant en santé ait, dans sa formation initiale, procédé à un exercice pratique de promotion de la santé. C’était une promesse de campagne d’Emmanuel Macron, qui souhaite recentrer la prévention au cœur de tous les métiers médicaux et para-médicaux. Pour certains professionnels de santé, notamment les infirmiers, cette question n’est absolument pas nouvelle. En revanche, pour la pharmacie, c’est une première. Le service sanitaire impose un niveau d’exigence : il dure six semaines, avec un minimum de deux semaines au contact de l’usager. Une rencontre qui peut se faire dans les entreprises, les écoles, les Ehpad… Mais le gouvernement a posé comme priorité nationale de viser plutôt les jeunes sur quatre thématiques : addictions, sexualité, activité physique et alimentation. L’ARS Ile-de-France a donné la possibilité d’élargir ces thématiques pour que vaccination, prévention des soins dentaires et publics défavorisés puissent également être abordés.

Combien d’étudiants l’ont réalisé depuis septembre en Ile-de-France ?

Pour cette année, en Ile-de-France, environ 5.900 étudiants infirmiers, 600 kinés, 1.700 en médecine, 500 en pharmacie, 200 futurs dentistes et 140 futures sages-femmes. En tout, presque plus de 9.000 étudiants. Un chiffre amené à gonfler, d’autant plus qu’à partir de la rentrée 2019, il est prévu que les pédicures podologues, ergothérapeutes et psychomotriciens s’y mettent.

Où s’organisent en priorité ces interventions en Ile-de-France ?

Pour le moment, nous n’avons pas de retour précis, il faudra attendre juin, sans doute. D’autant que beaucoup d’interventions se dérouleront en avril et en mai. Mais à ce jour, la plupart d’entre elles ont été organisées en primaire, au collège et au lycée. Nous en avons d’autres auprès des Ehpad, sur la prévention des chutes, par exemple, ou sur la lutte contre la grande précarité avec des associations. Il y a aussi des actions de prévention spécifiques lors des Journées nationales sur le cancer.

En quoi est-ce intéressant pour ces étudiants de réaliser leur service sanitaire ?

On sait qu’en France, nous ne développons pas assez la prévention et l’éducation à la santé. Voilà pourquoi il est très important de préparer tous les futurs médecins, infirmiers, dentistes à le faire, qu’ils tirent un bénéfice de ce contact avec l’usager. L’intérêt est aussi d’apprendre au citoyen à être responsable de sa propre santé, et non pas de se reposer toujours sur le professionnel de santé.

Quelles ont été les difficultés de cette mise en œuvre ?

Premièrement, celle d’intégrer le service sanitaire dans les maquettes de formation initiale. Les formateurs sont très sensibles à la prévention, mais ne sont pas prêts à supprimer d’autres enseignements qui touchent à la sécurité des soins. Parmi des étudiants en médecine, on a pu entendre, au départ : « On n’a pas envie de supprimer des heures sur la chirurgie ou sur l’hygiène au bénéfice du service sanitaire ». Il y a une opposition dans le temps entre soin curatif et prévention de la santé. Deuxième difficulté, trouver un nombre de structures suffisant pour accueillir ces étudiants en service sanitaire. Nous avons mis en place deux choses : un partenariat étroit avec l’Education nationale pour conjuguer son projet éducatif et le service sanitaire et nous avons mis en place une plateforme web pour aider ces étudiants à trouver des lieux pour leurs interventions. Enfin, troisième problème : l’interdisciplinarité. D’une manière générale, dans les formations, elle est insuffisante, même si elle tend à se déployer comme dans la simulation en santé. Mais derrière, il y a un véritable changement de paradigme.

Justement, à l’occasion d’un reportage que nous avons réalisé sur une intervention dans un collège, les étudiants kinés et infirmières intervenaient ensemble, mais chacun sur leur atelier. Est-ce que l’objectif ne consiste pas à provoquer le dialogue entre des corps de métiers amenés à se rencontrer par la suite ?

C’est exactement l’esprit du service sanitaire. Le problème, c’est qu’accorder les maquettes des cours de ces différents cursus relève du challenge. Les textes sur le service sanitaire sont sortis en juin 2018 pour une mise en œuvre en septembre. Les structures n’ont donc pas eu le temps de travailler main dans la main. Pour le moment, beaucoup d’interventions s’organisent par corps de métier, une petite partie dans l’interdisciplinarité, comme vous l’avez vu, quand une thématique est abordée en complémentarité par des étudiants infirmiers et d’autres kinés. L’objectif est d’arriver vers la transdisciplinarité, c’est-à-dire qu’une même intervention soit organisée par des futurs médecins, infirmiers, dentistes… Sachant que certains projets, construits en transdisciplinarité, n’ont pas pu se tenir car les lieux n’étaient pas assez grands.