Dans l'espace, le virus de l'herpès se réveille chez les astronautes

BOUTON DE FIEVRE Cette découverte, rapportée par la NASA, soulève un nouveau problème lié à de futures longues missions spatiales, notamment vers la planète Mars

Anissa Boumediene

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Plus les missions spatiales sont longues, plus les risques de réactivation du virus de l'herpès chez les astronautes sont importants.
Plus les missions spatiales sont longues, plus les risques de réactivation du virus de l'herpès chez les astronautes sont importants. — PURESTOCK/SIPA
  • Les astronautes sont fréquemment sujets à une « réactivation virale » de l’herpès, de la varicelle ou encore du zona.
  • Un phénomène qui s’accentue en fonction de la longueur de la mission spatiale.
  • Cela pourrait représenter un risque pour les projets de missions spatiales à destination de Mars.

Exploration spatiale et herpès : une combinaison détonante qui ne fait pas, a priori, bon ménage. Pourtant, une étude menée par les chercheurs du Johnson Space Center de la NASA, publiée récemment dans la revue scientifique Frontiers Science News, démontre que les vols dans l’espace ont pour fâcheuse conséquence de réactiver des virus dormants dans l’organisme, comme l’herpès (oral et génital), la varicelle ou encore le zona. La cause ? Un stress intense et une baisse des défenses immunitaires. Une découverte qui pourrait poser problème alors que de longues missions spatiales à destination de Mars et de la Lune sont en projet.

Stress intense et effets délétères de l’apesanteur

Si une mission dans l’espace est le rêve ultime de bien des enfants (et des grands), rares sont les chanceux qui ont la possibilité de revêtir une combinaison d’astronaute. Malgré la joie de le réaliser, les élu(e)s qui prennent place à bord d’une navette spatiale pour un vol habité sont soumis à un stress multifactoriel : « Les astronautes de la NASA endurent des semaines, voire des mois, exposés à la microgravité et aux radiations cosmiques, sans parler de la force G extrême subie au décollage et lors de l’entrée » dans l’atmosphère au retour sur Terre, explique le Dr Satish K. Mehta, auteur principal de l’étude et chercheur au Johnson Space Center de la NASA.

« Ce défi physique est accentué par d’autres facteurs de stress que l’on connaît bien, tels que la séparation sociale, l’isolement et le cycle veille-sommeil qui est perturbé », ajoute le chercheur. Un stress qui n’est pas sans effet sur l’organisme. « Au cours d’un vol spatial, on observe une augmentation de la sécrétion d’hormones du stress, comme le cortisol et l’adrénaline, connues pour inhiber le système immunitaire », ajoute-t-il.

Outre le stress, l’apesanteur a elle aussi des effets délétères sur l’organisme. « La masse osseuse et la masse musculaire diminuent, et il y a aussi des retentissements sur le métabolisme ou encore le sommeil », détaillait pour 20 Minutes le Dr Arnaud Beck, médecin coordinateur de l’étude « cocktail », qui a étudié les effets de l’apesanteur sur des volontaires qui ont passé 60 jours alités au Medes à Toulouse (CNES). Mais l’apesanteur « a aussi pour effet d’entraîner une baisse des défenses immunitaires », confiait aussi le médecin coordinateur. Cette fragilité explique en partie que des virus dormants puissent ainsi être réactivés dans l’organisme lors de missions spatiales.

Un problème potentiel sur les missions longues

Dans le cadre de leur étude, les chercheurs ont analysé des échantillons de salive, de sang et d’urine prélevés sur 112 astronautes avant, pendant et après des vols spatiaux. « Nous avons constaté que les cellules immunitaires des astronautes, en particulier celles qui permettent de combattre et d'éliminer normalement les virus, sont moins efficaces durant le vol spatial et parfois jusqu’à 60 jours après le retour sur Terre », expose le Dr Mehta. Ainsi, parmi les 89 astronautes en mission courte sur qui des prélèvements ont été réalisés, la réactivation du virus de l’herpès a été observée dans les échantillons de 47 d’entre eux, mais aussi chez 14 des 23 astronautes étudiés qui sont partis en mission longue. En revanche, seuls 6 des 89 astronautes partis en mission spatiale de courte durée ont eu une poussée d’herpès.

Des résultats qui permettent de déduire que plus la mission spatiale est longue, et plus les effets délétères qu’elle induits sur l’organisme sont importants. Ce phénomène de réactivation des virus pourrait donc à terme poser problème pour la poursuite de la conquête spatiale, alors que des vols habités vers la Lune et des missions longues sur Mars sont dans les tuyaux des agences spatiales internationales. C’est pourquoi il est « essentiel de développer des contre-mesures pour les vols spatiaux, afin d’empêcher la réactivation virale », insiste le Dr Mehta, qui mise sur « la vaccination des astronautes, disponible contre le zona. Les essais d’autres vaccins contre le virus de l’herpès ne sont guère prometteurs, regrette cependant le chercheur. Nous nous concentrons donc actuellement sur la mise au point de schémas thérapeutiques ciblés pour les personnes souffrant des conséquences de la réactivation virale ».

Mais ces recherches profitent également au grand public. « Nos travaux présentent une pertinence clinique considérable pour les patients sur Terre, ajoute ainsi le Dr Mehta. Nos technologies développées dans le cadre des vols spatiaux, pour la détection rapide de virus dans la salive, ont déjà été utilisées dans des cliniques et des hôpitaux du monde entier ».