VIDEO. Service sanitaire: Quand des étudiants kinés et infirmières apprennent aux collégiens à prendre soin de leur dos

REPORTAGE Des étudiants kinés et infirmières ont effectué leur service sanitaire auprès d'élèves de 5e lundi dernier, pour leur parler, entre autres, d'activité physique, de port du sac et d'asthme

Oihana Gabriel

— 

Lundi 1er avril 2019, des collégiens ont reçu la visite d'étudiants kiné et infirmières qui effectuaient leur service sanitaire.
Lundi 1er avril 2019, des collégiens ont reçu la visite d'étudiants kiné et infirmières qui effectuaient leur service sanitaire. — Oihana Gabriel/20 Minutes
  • Le service sanitaire a été mis en place en septembre 2018. L'objectif est d'imposer progressivement à tous les étudiants médicaux et para-médicaux de réaliser des interventions dans les écoles ou les entreprises, pour faire de la prévention.
  • Lundi dernier, sept étudiants en kiné et huit en cursus d'infirmières ont animé trois ateliers autour de l'activité physique, pour encourager des 5e à prendre soin de leur dos et de leur souffle. 
  • Edouard Philippe a annoncé fin mars que 49.000 étudiants en santé avaient participé à ce service sanitaire, amené à se généraliser petit à petit.

Un squelette, des schémas et des questionnaires attendent trente élèves de 5e du collège Amyot de Melun (Seine-et-Marne) en ce lundi matin. Dans le gymnase, les ballons et agrès resteront rangés sur les côtés, car la séance d’éducation physique et sportive laisse place à une intervention d’étudiants kinésithérapeutes et infirmières. Une mise en pratique du service sanitaire, nouveauté  depuis la rentrée 2018, qui a permis à 49.000 étudiants en cursus de santé (médecins, kinés, infirmiers, sages-femmes, dentistes, pharmaciens) de s’inviter dans des écoles, entreprises ou Ehpad pour évoquer faire de la prévention concernant le tabagisme, la sexualité, les addictions, la sédentarité ou bien encore l’alimentation. 

Ce matin, les 5e sont invités à découvrir leur colonne vertébrale, leurs poumons, et surtout comment en prendre soin. Sur une thématique globale - l’activité physique -, les futurs kinés et infirmières apportent leur éclairage et leurs conseils.

« On fait du yoga ? »

La trentaine d’élèves, divisés en trois groupes, tourne pour participer à trois ateliers, pour évoquer colonne vertébrale, respiration et asthme. Un premier, animé par les sept futurs kinés, s’intéresse à leur posture. Avec un maître mot : bouger. « Il n’y a pas de bonne et de mauvaise posture, le problème, c’est de rester dans la même position trop longtemps », entame Yoann, futur kiné. « Vous êtes jeunes, en bonne santé, mais vous passez entre 6 et 8 heures par jour assis, ce qui peut avoir un impact sur votre avenir. On est donc là pour vous aider à avoir de bons réflexes », complète Christal. Schémas et squelette d’une colonne vertébrale à l’appui, les étudiants miment quelques étirements à pratiquer pour décoincer les dos endoloris.

Lundi 1er avril 2019, des élèves de 5e du collègue Amyot à Melun ont reçu la visite d'étudiants infirmières et kiné qui effectuent leur service sanitaire.
Lundi 1er avril 2019, des élèves de 5e du collègue Amyot à Melun ont reçu la visite d'étudiants infirmières et kiné qui effectuent leur service sanitaire. - O. Gabriel / 20 Minutes

 

« On fait du yoga ? », s’amuse un élève les bras en l’air. « Yoann n’est pas très souple », rigole Christal, avant de passer derrière chaque adolescent pour corriger sa posture.

Ces étudiants en kiné montrent avec un squelette en mimant les mouvements les postures à éviter et les étirements à pratiquer.
Ces étudiants en kiné montrent avec un squelette en mimant les mouvements les postures à éviter et les étirements à pratiquer. - O. Gabriel / 20 Minutes

 

Les conseils pour bien porter son sac à dos

Léa prend ensuite le relais pour parler du sac à dos, ce « compagnon » pesant qui offre quelques scolioses et autres douleurs dès le collège… « L’idéal, c’est que le sac fasse 10 % du poids du corps, souligne l’étudiante. Le problème, c’est qu’une étude a dévoilé que seulement 10 % des sacs à dos des élèves respectent cette norme. » Et les étudiants d’encourager ces 5e à peser le soir même leur cartable, mais aussi à trouver des astuces pour l’alléger.

Autre consigne : bien régler le sac à dos. Laura s’adonne ainsi à une petite démonstration : « plus le cartable est éloigné du dos, plus les contraintes sont élevées au niveau des vertèbres. Il faut donc bien ajuster les sangles pour porter le poids au plus près de la colonne. » Marie Cadeau, principale adjointe du collège Amyot, se réjouit de ces conseils : « C’est vraiment important de parler du port du sac à cette classe, car en 6e et 5e, ils sont tellement anxieux qu’ils prennent tous leurs livres et cahiers. Alors qu’en 3e, on voit qu’ils s’allègent ».

Activité physique et sport à différencier

En trois ateliers, ces élèves découvrent des connaissances et conseils sur activité physique, mal de dos et asthme.
En trois ateliers, ces élèves découvrent des connaissances et conseils sur activité physique, mal de dos et asthme. - O. Gabriel / 20 Minutes

Les deux autres groupes s’intéressent à l’activité physique et à l’asthme, encadrés en deux groupes par quatre futures infirmières. Après un questionnaire destiné à savoir où ils se situent, entre peu actif et très actif, quelques diapos dévoilant l’intérieur des poumons laissent rapidement place à un échange détendu sur leurs habitudes, leurs activités… « Peut-être que vous pouvez essayer de regarder un seul épisode sur Netflix et de faire la vaisselle ensuite, vous savez que ça compte comme activité physique ? », souffle Shana. Pas facile, en effet, pour ces adolescents, de différencier activité physique et sport… « Qui range sa chambre parmi vous ? » interroge, taquine, Odile, étudiante. « Moi, mais une fois par mois ! », se targue un adolescent énergique.

« Plusieurs élèves associaient l'activité physique au fait de se muscler », décrypte ensuite Odile. « Certains avaient des connaissances sur l’asthme, mais aussi des préjugés. Par exemple, une jeune fille pensait que dès que l’on courait, on faisait de l’asthme », souligne Kylliane. Malou, 12 ans, semble particulièrement intéressée par ces interventions. « J’ai découvert que même avec de l’asthme, on peut faire n’importe quel sport, à condition d’avoir son traitement dans son sac, sourit la jeune fille asthmatique. Et que si quelqu’un fume à côté de moi, il faut que je m’éloigne, car cela a un impact sur ma santé. »

Devant un schéma, des étudiantes infirmières expliquent aux collégiens ce qu'est l'asthme et interrogent: Vous connaissez un sportif de haut niveau qui soit asthmatique?
Devant un schéma, des étudiantes infirmières expliquent aux collégiens ce qu'est l'asthme et interrogent: Vous connaissez un sportif de haut niveau qui soit asthmatique? - O. Gabriel / 20 Minutes

« La plupart d’entre eux font leurs devoirs dans leur lit »

Au final, peu avant midi, les élèves quittent précipitamment le gymnase pour retrouver la cantine. L’heure du bilan pour les étudiants qui, pour la première fois, se glissaient dans la peau de profs… « Pour le premier groupe, c’était un peu brouillon, je n’étais pas très à l’aise », confie Ysé, future infirmière. « C’est vrai qu’on rigolait beaucoup plus avec le troisième groupe, confirme Shana, sa camarade. Mais on s’est adapté, on a senti que leur demander de s’asseoir permettait de mieux cadrer la séance, par exemple. » Ces futurs professionnels de santé doivent en effet adapter leur message en fonction du public. « L’intérêt pour nos étudiants, c’est aussi de respecter le temps. Il faut qu’en 1h30, ils arrivent à passer les consignes et qu’ils développent leur autonomie », complète Arnaud Cerioli, directeur pédagogique de l’Institut de formation en Masso-Kinésithérapie.

Et pour ces collégiens aussi, l’opération se révèle gagnante. « L’infirmière est présente un jour et demi par semaine, c’est évident qu’elle n’a pas le temps de faire de la prévention, souligne la principale adjointe de l'établissement. C’est donc particulièrement intéressant pour ces élèves d’entendre des conseils précis pour prendre soin de leur santé. D’autant qu’on s’aperçoit que davantage de jeunes ont des soucis de santé, et notamment des maux de dos plus tôt qu’avant. Et que la plupart d’entre eux font leurs devoirs dans leur lit… » Pas évident, pour autant, de faire comprendre à des adolescents de 12 ans l’urgence de ménager leur colonne vertébrale et leurs poumons pour leurs vieux jours…

« Vous revenez quand ? »

« Cette intervention leur permet aussi de rencontrer des étudiants en cursus de santé, et donc de poser des questions sur ces métiers », ajoute Marie-Joseph Alleaume, directrice de l’Institut de formation en soins infirmiers (Ifsi-Ifas). Ces étudiants se réjouissent en tout cas d’avoir entendu à la fin de la séance : « Vous revenez quand ? » Une rencontre utile, mais courte, de l’avis général. « Il faudrait plusieurs interventions pour bien leur faire comprendre l’utilité de l’activité physique », regrette Sandra, étudiante infirmière. A terme, la principale adjointe imagine volontiers que ces interventions s’invitent au collège en début et en fin d’année pour un meilleur suivi. Et d’y associer les enseignants.