Pollution et allergies: Pourquoi certains citadins souffrent-ils davantage à la campagne qu'en ville?

POLLUTION Alors que le printemps s’installe et avec lui les pollens et allergies, « 20 Minutes » a tenté de comprendre pourquoi certains citadins respirent mieux sur le périph que dans les champs

Oihana Gabriel

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Certains Parisiens se sentent mieux dans la pollution qu'à la campagne pour cause d'allergies ou d'asthme notamment.
Certains Parisiens se sentent mieux dans la pollution qu'à la campagne pour cause d'allergies ou d'asthme notamment. — Pixabay
  • A l’occasion de l’arrivée du printemps, la période des allergies débute avec déjà plus de 15 départements en France placés en vigilance très élevée contre les pollens.
  • Allergiques aux pollens, aux acariens, aux moisissures, asthmatiques ont parfois l’impression de mieux respirer dans la métropole que dans la campagne.

Et si on se faisait un petit week-end au vert pour fêter le printemps ? Si vous avez sauté sur vos réserves d’antihistaminiques en lisant ces lignes, peut-être faites-vous partie des citadins qui vivent un enfer à la campagne. Pour près de 25% des Français qui souffrent d’allergies respiratoires, le printemps est souvent accueilli avec quelques larmes ou yeux rouges. Au point même que certains citadins ne comprennent pas très bien pourquoi la santé serait dans le pré et voient la pollution comme une menace mineure.

« Dans le 94, j’ai l’impression de mieux respirer paradoxalement »

« Quand je rentre en Auvergne pour revoir ma famille, je passe mon temps à éternuer et à avoir les yeux qui me brûlent, témoigne ainsi Mathilde, Parisienne depuis trois ans. Après plusieurs tests, il s’est avéré que j’étais allergique à certains arbres et aux poils de chats. J’ai parfois hâte de rentrer dans le 94, car j’ai l’impression de mieux respirer paradoxalement. » Même sensation un poil inquiétante pour Romain, notre collègue parisien allergique depuis l’adolescence aux graminées. « Un week-end en Bourgogne peut vite ressembler à un enfer : dès que je vois des trucs voler j’éternue, j’ai le nez bouché et les yeux qui piquent. Par contre, quand j’arrive Porte d’Italie ou dans le métro, j’ai l’impression de mieux respirer. »

Les pollens varient selon les régions et sont en général plus concentrés dans les champs qu’à Châtelet. « Il est courant de voir des retraités développer une allergie quand ils quittent l’Ile-de-France pour trouver le soleil du sud, tout simplement parce que les cyprès sont très allergisants et à Paris sauf au Père Lachaise, on a peu de chance de tomber dessus, souligne Isabella Annesi-Maesano, directrice de recherche à l’Inserm du département d’épidémiologie des maladies allergiques et respiratoires. Mais c’est juste qu’elles étaient allergiques de façon génétique, mais ne le savaient pas. »

« A quantité de pollen égale, certains vont moins bien en ville qu’à la campagne »

Qu’ils découvrent leurs symptômes ou les voient décupler, certains allergiques se sentent donc bien mieux au cœur de la métropole que dans un poumon vert. « Les manifestations allergiques sont toujours une somme de facteurs qui vont s’additionner, décrypte Madeleine Epstein, allergologue à Paris et vice-présidente du syndicat français des allergologues. A quantité de pollen égale, certains souffrent davantage en ville qu’à la campagne, pour d’autres c’est l’inverse. Car certains patients sont plus sensibles aux cofacteurs : à l’allergie s’ajoutent l’environnement et l’état de la personne. » Un mieux-être ou des désagréments tout personnels donc.

Mais l’addition se complique si on fait entrer les autres allergies : moisissures, acariens… « Personnellement, je suis allergique aux moisissures, alors à la campagne où les maisons sont humides, peu aérées c’est sûr que je me sens moins bien que chez moi à Paris, reconnaît la directrice de recherche de l’Inserm. Une fois dans un gîte, j’ai même dû rentrer à Paris ! » Mieux vaut donc vérifier si on est allergique et à quoi. « Il existe aujourd’hui un test pour 136 molécules différentes avec une prise de sang, reprend la chercheuse. Sachant que pour les acariens par exemple il y a jusqu’à 22 allergènes différents. »

Pollution de la ville, pollution des campagnes

La pollution à Lyon risque fortement de s'inviter dans les débats lors de la campagne pour les Municipales.
La pollution à Lyon risque fortement de s'inviter dans les débats lors de la campagne pour les Municipales. - K.Konrad / Sipa

Alors, comment expliquer ce paradoxe : on a beau lire que la pollution risque de nous coûter cher en médicaments et années de vie, certains se sentent bien mieux en ville qu’à la campagne. « Il y a de la pollution en ville, mais aussi à la campagne, mais ce n’est pas tout à fait la même », explique Isabella Annesi-Maesano. Ainsi l’ammoniac, l’ozone et les pesticides vous entourent si vous vivez près d’un champ ou d’une ferme, les particules fines dues au diesel parfument en revanche les centres-villes. Une étude sur la mortalité dans toute la France métropolitaine de l’Inserm a montré qu’on meurt partout à cause de l’ozone et des particules (pollens, moisissures, bactéries, particules fines…).

Asthmatiques à cause du climat humide

Est-ce à dire que rien ne sert d’aller poser ses valises à la campagne pour sauvegarder ses bronches ? Argia s’est posé quelques questions quand, après une parenthèse parisienne, elle a décidé, enceinte de son troisième enfant, de retourner respirer l’air frais du Pays Basque. Elle, son ex-mari et leurs trois enfants souffrent depuis de problèmes respiratoires, avec chacun ses petites spécificités : l’aîné vomit quand il a des crises d’asthme, elle doit suivre un traitement chaque jour et a réussi à regagner en capacités respiratoires grâce à la danse. « C’est antinomique mais force est de constater qu’on respirait mieux à Paris qu’ici ! Selon notre pneumologue, c’est à cause du climat très humide basque. Je ne sais pas si cette humidité a déclenché, alimenté notre asthme ou si on l’a juste découvert en venant ici. A Paris, on vivait sur l’avenue Charles-de-Gaulle, à Neuilly, devant une douze voies, tu te dis, quand j’ouvre la fenêtre mes gamins perdent leurs poumons, ça leur fera du bien de vivre au grand air, près de la mer. Bon ben non. »

Douche froide aussi pour la famille de Morgane qui pensait en quittant Marseille que ses problèmes respiratoires se régleraient. « Mes problèmes se sont calmés mais j’ai découvert à ma grande surprise que j’étais allergique au pollen. Pendant les cinq années qui ont suivi, le printemps a pour moi été synonyme de rougeurs et d’éternuements », raconte cette internaute. Entre le marteau d’une pollution qui ferait selon les dernières études 67.000 morts par an en France  et l’enclume des allergies qui gâchent la vie, pas facile de savoir où élire domicile. « Il faut considérer une multitude de facteurs pour étudier la santé à la campagne : la qualité de vie, l’alimentation, le stress, les transports… », tranche, prudente, la chercheuse de l’Inserm.

Pollution et pollen, cocktail détonnant

« Les pics de pollution sont clairement moins pesants pour moi que l’été à la campagne ! », ironise Romain. Est-ce que la pollution annihilerait les effets des allergies ? Loin de là… « Il y a moins de pollens en ville, mais les pollens qui rencontrent la pollution font plus de réactions, reprend l’épidémiologiste. Le pollen, comme blessé par les particules, s’ouvre. Or, ses granules rentrent plus facilement dans les voies aériennes. » Un cocktail explosif que Natacha a bien remarqué. « Je ressens vraiment les effets d’une allergie croisée pollution/pollens qui augmente les symptômes, souligne cette internaute. Mes pires épisodes respiratoires sont désormais en hiver lors des pics de pollution aux particules fines. »

Autre problème, celui du timing : si ces citoyens souffrent aujourd’hui du rhume des foins, ils pourraient également développer des bronchites à l'avenir… « La pollution est un poison silencieux, rappelle Madeleine Epstein. Il peut y avoir un effet cumulatif, plus vousy  êtes exposé, plus vos muqueuses sont abîmées et plus vous risquez de développer une maladie chronique. C’est à la fois immédiat et une bombe à retardement. »

Pas évident de comprendre donc, si cette sensation de mieux respirer dans une ville polluée n’est qu’une illusion… ou que nos corps se sont habitués à l’air vicié. « Il n’y a pas d’étude scientifique sur une éventuelle accoutumance à la pollution, avoue Isabella Annesi-Maesano. En Chine, une étude sur les liens entre pollution élevée et problèmes de santé dévoilait qu’il y avait moins de maladies respiratoires qu’attendu. Mais on peut faire l’hypothèse de la sélection : les gens qui ne supportent pas et qui ont les moyens, s’en vont. »