Bas-Rhin: Et si un seul numéro de téléphone pouvait désengorger les urgences?

SANTE « Un médecin 116 117 », dispositif expérimental inédit de désengorgement des urgences dans le Bas-Rhin, a été présenté lundi

Alexia Ighirri

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Lyon, le 6 juillet 2015. Illustration du service des urgences de l'hôpital Edouard Herriot à Lyon
Lyon, le 6 juillet 2015. Illustration du service des urgences de l'hôpital Edouard Herriot à Lyon — Elisa Frisullo / 20 Minutes
  • Pour désengorger les urgences, un dispositif inédit est expérimenté dans le Bas-Rhin.
  • Baptisé « Un médecin 116 117 », le service est ouvert du lundi au vendredi de 8h à 20h et entend réorienter si possible les patients vers la médecine en ville.

On a probablement tous connu cette attente, qui nous semblait alors interminable, au service des urgences de l’hôpital. On voit aussi défiler chaque hiver des alertes «urgences saturées» lors des épidémies. Alors que la Cour des comptes a récemment estimé que les urgences hospitalières sont encore « trop sollicitées », jugeant le système actuel « à bout de souffle » et préconisant le développement de la médecine de ville, un dispositif expérimental inédit a été présenté lundi à Strasbourg.

Baptisé «Un médecin 116 117 », ce service veut désengorger les urgences du Bas-Rhin grâce au développement en ville de l’offre de soins non-programmée. Avec la volonté, au passage, d’inciter les patients à modifier leurs comportements ou habitudes. L’idée : les convaincre de consulter en journée chez un médecin en ville sans rendez-vous dans un délai court plutôt que d’attendre et surcharger les urgences.

Réorienter les patients pour améliorer la prise en charge

Grâce à un seul numéro de téléphone, une bonne partie du problème pourra être réglée à en croire l’Agence régionale de santé (ARS) et l’Union régionale de professionnels de santé-médecins libéraux (URPS-ML) du Grand Est, instigateurs du projet aux côtés des Hôpitaux universitaires de Strasbourg (HUS).

Comment ça marche ? Le 116 117 est joignable gratuitement du lundi au vendredi de 8h à 20h. A l’autre bout du fil, un médecin régulateur libéral va poser quelques questions pour évaluer l’urgence ressentie, établir un prédiagnostic et rechercher un médecin (ou basculer la prise en charge au 15). La priorité est donnée au médecin traitant du patient, s’il fait partie du dispositif, ou au médecin le plus proche (selon la géolocalisation). La visite peut se faire au cabinet ou, si nécessaire, à domicile. Une vingtaine de minutes suffisent en règle générale pour orienter le patient.

« Les patients ne savent pas »

Les porteurs du projet insistent : il s’agit avec ce service de capter les patients qui se rendent aux urgences alors qu’ils n’en auraient pas forcément besoin : « Près de 40 % des passages devraient être pris en charge ailleurs, chiffre Christophe Lannelongue, directeur général de l’ARS. Cela produit un effet de saturation et de désorganisation qui pénalise au final les vraies demandes d’urgence. » La volonté est ainsi de remettre les patients dans la bonne boucle de prise en charge.

Dr Guilaine Kieffer-Desgrippes, présidente de l’URPS-ML, poursuit : « Environ 70 % des patients n’ont téléphoné à personne avant de se rendre aux urgences, ni au médecin traitant, ni au Samu… » Selon elle, dans la moitié des cas, un simple conseil médical suffit. « Dans l’esprit des parents, par exemple, si son enfant à 38,5°C de fièvre, on va chez son médecin, mais à 40°C on va aux urgences. On l’a tous fait. Mais il faut que les gens acceptent et aient confiance dans d’autres solutions, plaide Dr Fieffer-Desgrippes. Il ne s’agit pas d’interdire mais d’apporter une autre réponse. Certains vont aux urgences parce qu’ils ne savent pas, on ne l’a jamais appris. On fait aussi un travail pédagogique ici. »

« Un médecin 116 117 » est testé depuis novembre à Strasbourg : désormais 60 médecins participent à la régulation du 116 117 et 130 sont abonnés au système d’information pour des visites médicales géolocalisées. Un point sera fait dans trois mois pour savoir s’il faut étendre ce dispositif au samedi matin, période du week-end qui n’est pas concerné par les tableaux des gardes des médecins. Quid des urgences la nuit ? « Il y en a très peu, répond Christophe Lannelongue. Mais les services d’urgences sont saturés le soir à cause de patients arrivés en trop grand nombre la journée. » Voilà qui, espère-t-il, devrait s’améliorer.