Perte d’autonomie: Agnès Buzyn promet «des mesures fortes» pour améliorer la prise en charge des personnes âgées dépendantes

DEPENDANCE A l’occasion des Assises nationales des Ehpad, la ministre de la Santé, Agnès Buzyn, a promis ce mardi des « mesures fortes dès 2019 » pour améliorer la prise en charge des personnes âgées dépendantes

Anissa Boumediene

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Illustration d'une personne âgée en Ehpad, avec une aide-soignante.
Illustration d'une personne âgée en Ehpad, avec une aide-soignante. — SERGE POUZET/SIPA
  • Les Assises nationales des Ehpad se déroulent à Paris ces 12 et 13 mars.
  • A cette occasion, la ministre de la Santé a dévoilé qu’un rapport lui sera remis fin mars et servira de base à la future loi sur le grand âge et l’autonomie.
  • Pour Jérôme Guedj, ex-député aujourd’hui spécialiste de la question du vieillissement, « il faut un plan Marshall des Ehpad et de l’aide à domicile ».

Comment offrir la meilleure prise en charge à nos aînés en perte d’autonomie ? Alors que le manque de moyens humains et financiers est régulièrement dénoncé dans le secteur de l’aide aux personnes âgées dépendantes – aide à domicile et Ehpad​ –, la ministre de la Santé, Agnès Buzyn, a assuré ce mardi que « des mesures fortes » seront prises rapidement.

Invitée aux Assises nationales des Ehpad, qui se déroulent ces 12 et 13 mars, elle a dénoncé « l’Ehpad bashing » et promis « des solutions immédiates et des solutions de long terme » et rappelé qu’il y a « un besoin urgent et prioritaire de revalorisation des métiers de l’âge ». Presque un an jour pour jour après la grande grève du 15 mars 2018 qui avait mis en lumière les difficultés des personnels des Ehpad et de l’aide à domicile, quelles solutions le gouvernement va-t-il adopter et comment compte-t-il les financer ?

« Dans quelques semaines, le gouvernement passera à l’action »

Pénurie d’aides-soignantes dans les Ehpad. Difficultés de recrutement des personnels soignants et d’auxiliaires de vie. Conditions de travail difficiles et sous-effectif chronique qui ont un retentissement sur la qualité des soins prodigués aux résidents. Difficultés de financement du secteur de l’aide à domicile, qui subit une grave crise depuis plusieurs années. A l’heure du constat des difficultés rencontrées dans le secteur de l’accompagnement du grand âge et de la dépendance, le diagnostic est lourd. Et la nécessité pour le gouvernement de trouver le meilleur traitement à cette crise profonde se fait plus impérieuse et urgente que jamais.

Pour faire des propositions concrètes, le gouvernement avait lancé en octobre dernier une concertation d’ampleur sur la prise en charge des personnes âgées dépendantes, visant à « assurer de manière durable la réponse au risque de perte d’autonomie liée à l’âge ». Aujourd’hui, la ministre de la Santé compte sur le rapport issu de cette concertation. « Les enseignements de cette consultation seront présentés dans le détail le 28 mars, lors de la remise du rapport de Dominique Libault [le président du Haut conseil du financement de la protection sociale] », a déclaré Agnès Buzyn. Des enseignements qui « porteront sur les freins au maintien à domicile, la lourdeur des restes à charge pour les familles dont les proches séjournent en établissement ou encore la dégradation des conditions de travail des professionnels », a détaillé la ministre, qui « souhaite que nous prenions des mesures fortes, des mesures qui feront une différence dès l’année 2019. Dans quelques semaines, après la remise du rapport Libault, le gouvernement passera à l’action, pour apporter des solutions immédiates et des solutions de long terme ».

Si Agnès Buzyn n’a pas dévoilé la teneur de ces futures solutions qui feront l’objet d’un projet de loi, elle a rappelé l’importance des missions accomplies par les groupes de travail mis sur pied et ainsi que celle des quelque 415.000 contributions recueillies sur Internet dans le cadre de la concertation. De ce travail ressortent ainsi plusieurs points cruciaux : « un besoin urgent et prioritaire de revalorisation des métiers du grand âge », « un reste à charge important en établissement, trop peu corrélé aux capacités contributives des familles », et le besoin de fournir « une plus grande égalité de traitement face à la diversité des pratiques des départements » en matière d’aides sociales.

« La clé, c’est la revalorisation des métiers du grand âge »

Comment s’y prend-on en pratique ? « Qu’il s’agisse d’Ehpad ou de maintien à domicile, la clé du problème, c’est la revalorisation sur tous les plans – humain et financier — des métiers du grand âge, estime l’ancienne ministre de la Santé, Michèle Delaunay, elle aussi présente aux Assises nationales des Ehpad. On parle ici de métiers où les personnels ne sont pas assez nombreux, pas assez payés et où il n’y a pour ainsi dire aucune perspective d’évolution de carrière ». Pour remédier à ce problème de fond, « il faut que soient mises en place des passerelles entre les métiers d’aides à domicile et de soignants, préconise l’ancienne ministre. Il ne faut pas s’étonner d’avoir du mal à recruter dans des filières dans lesquelles on reste coincé au Smic et qui demandent des compétences qui ne sont pas valorisées, pour des métiers où l’on est formé sur le tas ».

Un constat partagé par Florence Arnaiz-Maumé, déléguée générale du Syndicat National des Établissements et Résidences Privés pour Personnes Âgées (SYNERPA) : « Tous les professionnels du secteur s’accordent à dire qu’il faut une revalorisation des personnels et des carrières, ce qui passe par les salaires et la formation ». Sur la même ligne que Michèle Delaunay, Florence Arnaiz-Maumé plaide « pour la création de diplômes intermédiaires qui facilitent les évolutions de carrières, permettent à des auxiliaires de vie de devenir aides-soignantes, et aux aides-soignantes de devenir infirmières ». Des métiers « majoritairement féminins, constate Laurence Rossignol, ex-secrétaire d’État chargée de la Famille et des Personnes âgées. Ce n’est pas dérangeant en soi, à condition que ces emplois ne soient pas sous-qualifiés et sous payés. Or, pour le moment, ces métiers ne sont pas suffisamment considérés et souffrent donc d’un manque d’attractivité. »

« Il faut un plan Marshall des Ehpad et des services d’aide à domicile »

Pour changer la donne, « il faut un investissement massif », dévoile sans mystère Michèle Delaunay. Or, pour l’heure, « le sujet dont personne ne parle aujourd’hui, c’est combien de milliards d’euros faudra-t-il mettre sur la table, et quand », interroge Florence Arnaiz-Maumé, du SYNERPA. Car il n’y a pas de secret, « il va falloir mettre beaucoup d’argent sur la table, confirme Jérôme Guedj, ex-député socialiste, aujourd’hui spécialiste de la question du vieillissement et auteur de Plaidoyer pour les vieux(éd. Jean-Claude Gawsewitch). Aujourd’hui le grand âge coûte 24 milliards d’euros par an d’argent public, cela peut sembler beaucoup mais c’est insuffisant. Comme l’a justement estimé le président Macron, il faut dégager neuf à dix milliards d’euros supplémentaires par an, pour combler plusieurs besoins : soutenir le maintien à domicile, reconnaître le statut d’aidant, permettre la médicalisation des maisons de retraite et diminuer le reste à charge », développe-t-il.

Pour dégager cet argent nécessaire, « il faut un plan Marshall des Ehpad et des services d’aide à domicile, qui permette un financement solidaire et pérenne du secteur », prescrit Jérôme Guedj, qui a bien une idée qui permettrait de budgéter ces sommes « sans ajouter de prélèvements obligatoires sur le dos des Français. Au 1er janvier 2024, la France aura remboursé la totalité de la dette de la Sécurité sociale. Je propose de réutiliser les recettes de la contribution à la réduction de la dette sociale (CRDS), qui représente une cagnotte annuelle d’environ 20 milliards d’euros par an et d’en affecter la moitié au financement de la dépendance des personnes âgées ». Une option qui, selon l’ex-député, aurait séduit le chef du gouvernement, Edouard Philippe. De son côté, la ministre de la Santé Agnès Buzyn a assuré ce mardi avoir « demandé à Dominique Libault de réfléchir à des pistes de financement dans son rapport qu’il remettra le 28 mars prochain ».