Le syndrome dit du cœur brisé est désormais bien connu.
Le syndrome dit du cœur brisé est désormais bien connu. — Emma PROSDOCIMI/SIPA

INTERVIEW

Syndrome du cœur brisé: «Votre cerveau se met en mode "agression absolue" et c'est l'infarctus»

Claire Mounier-Vehier, cardiologue au CHU de Lille, confirme qu’il y a un lien entre le cerveau et le cœur brisé

  • Avoir le cœur brisé, ça existe vraiment et c’est une insuffisance cardiaque.
  • Ce syndrome, qui touche surtout des femmes, intervient après un intense stress, qui laisse le cœur paralysé.
  • Heureusement, prise à temps, cette insuffisance cardiaque est temporaire et se soigne bien.

Avoir le cœur brisé n’est pas qu’une belle expression mélodramatique post-rupture amoureuse, c’est un réel phénomène médical. Qui n’est d’ailleurs pas uniquement lié à la séparation d’avec l’être aimé. Une récente étude de scientifiques russes parue dans l'European Heart Journal fait le lien entre ce problème cardiaque et le cerveau. Un résultat qui ne surprend pas Claire Mounier-Vehier, présidente de la Fédération française de cardiologie.

Concrètement, c’est quoi le « syndrome du cœur brisé » ?

Cela arrive après une grosse émotion et peut être psychologique : l’annonce d’un divorce, d’un plan social, d’un décès… Mais ça peut aussi être un gros stress physique : juste avant une opération chirurgicale dont on a peur, par exemple. Le cerveau se met en mode « agression absolue » et secrète les hormones du stress (l’adrénaline, par exemple). Elles vont se placer sur le cœur et le paralyser. Ce sont des Japonais qui l’ont documenté pour la première fois, du coup on l’appelle aussi le « takotusbo ». C’est le nom d’un vase, littéralement « piège à poulpe » : le cœur a la forme de ce vase après le choc.

C’est donc en réalité une crise cardiaque ?

Oui ! D’ailleurs c’est souvent diagnostiqué comme ça. Aux urgences, 1 à 2 % des entrées pour infarctus du myocarde sont en fait des takotsubo. Sauf que contrairement à un infarctus, il n’y a pas d’artère coronaire bouchée. C’est une question hormonale.

Quelles sont les conséquences d’une telle crise ?

Le syndrome du cœur brisé fonctionne comme une insuffisance cardiaque. Le cœur est comme en hibernation, il ne se contracte plus du tout. On donne donc un traitement classique contre l’insuffisance cardiaque. La particularité c’est que c’est réversible, la plupart du temps le traitement dure un mois. Par contre, on prescrit de la sophrologie, de la méditation de pleine conscience pour la gestion du stress. Car ça part de là. Sans prise en charge, en revanche, il peut y avoir des complications, ça peut même être mortel ou on peut garder des séquelles.

Qui est touché par ce syndrome ?

Huit personnes touchées sur dix sont des femmes, souvent ménopausées. Mais ce qu’il faut savoir c’est qu’on ne passe pas d’un état zen à un takotsubo du jour au lendemain. Il y a un terreau fertile sous-jacent. C’est pour ça qu’on trouve beaucoup de femmes anxieuses chroniques. Mais c’est assez récent. Quand j’ai fait ma cardiologie, en 1988, on n'en parlait pas du tout. Aujourd’hui, au CHU de Lille, on a environ un cas par mois.

Peut-on s’en prémunir ?

Pour toute douleur thoracique qui se prolonge plus de quinze minutes, il faut appeler le 15. Il ne faut pas hésiter. On est là pour ça. Si ce n’est pas traité, ça peut-être plus grave.