Hypnose et effet placebo: Notre cerveau n'a pas fini de nous tromper (et de nous soulager)

RECHERCHE A l’occasion de la Semaine du cerveau et ses centaines de conférences, « 20 Minutes » s’invite dans le cerveau pour mieux comprendre comment fonctionne l’effet placebo et sa déclinaison thérapeutique, l’hypnose

Oihana Gabriel

— 

Une femme sous hypnose.
Une femme sous hypnose. — IDF/Chameleons Eye/NEWSCOM/SIPA
  • A partir de ce lundi, la Semaine du cerveau propose plus de 200 conférences dans la France entière.
  • Notamment un plongeon dans les mystères de l’hypnose et l’effet placebo à Clermont-Ferrand, jeudi 14 mars.
  • Alors que l’hypnose s’invite de plus en plus à l’hôpital et que les débats sur l’effet placebo dans l’homéopathie sont vifs, nous avons tenté de comprendre comment notre cerveau arrive à nous tromper énormément.

« Souvent, les gens disent “ta douleur, c’est dans ta tête”… et c’est vrai ! », s’amuse Céline Melin, dentiste spécialiste de la prise en charge des douleurs chroniques avec l’hypnose. « Mais ce qu’elles entendent par là à savoir, c’est du flan, est en réalité faux. La douleur provoque vraiment un changement biologique visible à l’imagerie. L’hypnose aussi, car l’activité augmente dans les zones du cerveau impliquées dans le contrôle endogène de la douleur », poursuit-elle. Voilà pourquoi cette médecine alternative, qui s’appuie sur l’effet placebo, intéresse de plus en plus de chercheurs, patients comme soignants. A l’heure où l’on débat de l’effet placebo de l’homéopathie et des applications larges de l’hypnose, ce double sujet sera exploré par deux intervenantes, Céline Melin et Lenaic Monconduit, neurobiologiste, jeudi 14 mars lors d’une conférence à Clermont-Ferrand dans le cadre de la Semaine du cerveau.

Comment se déroule une séance d’hypnose ?

Si certains sont époustouflés par les prouesses du médiatique hypnotiseur Messmer (dont une partie de 20 Minutes…),

toutes les séances d’hypnose sont différentes et dépendent du praticien.

Céline Melin, une dentiste qui utilise cette technique explique : « Une séance d’hypnose va permettre de diminuer la douleur, c’est très utile quand des patients anxieux sont opérés. En revanche, pour des douleurs chroniques, une seule séance aura peu d’utilité car si, dès qu’on sort du cabinet, la douleur revient, on aura perdu son temps. J’apprends donc à mes patients à faire chez eux de l’auto-hypnose. »

« On connaît bien maintenant l’hypnose analgésique, mais elle peut aussi aider pour les maux émotionnels, psychiques et physiques comme les remontées acides, les crampes », complète  Candice Lévy, hypnothérapeute à Paris. Qui dévoile comment elle procède : « On va détendre la personne pour ensuite lui faire explorer son inconscient. On recherche à la placer dans un état entre la veille et le sommeil, un peu comme lorsqu’on est sur le point de s’endormir, quand l’inconscient va se manifester sous forme de symboles, qui peuvent être différents selon chaque personne : une forme, une couleur, des mots, un souvenir. Que chaque patient va décrypter selon son dictionnaire symbolique. En tant que thérapeute, on ne peut pas influencer ce que va exprimer l’inconscient. On va dans un deuxième temps proposer, en fonction de ce qu’il y a à travailler, un exercice qui va permettre de recontacter des souvenirs positifs. »

Trop cartésien pour adhérer ? Selon ses adeptes, cette technique bien utile convient pourtant à tout le monde. « Même si certains ont beaucoup de résistances, on ne peut pas utiliser la même technique pour 500 personnes, c’est au praticien de s’adapter », plaide Céline Melin. « Si j’ai une patiente auditive, je vais la mettre en lien avec ce sens-là, reprend Candice Lévy. On est tous capables de laisser notre esprit vagabonder, après, c’est une question d’entraînement. »

Qu’est-ce qui se passe dans notre cerveau ?

Une technique qui s’immisce jusque dans les blocs opératoires : certains hôpitaux utilisent l’hypnose comme anesthésie. Mais comment se fait-il que notre cerveau, tout seul comme un grand, réussisse à nous soulager ? « Quand vous ressentez une douleur, votre corps est capable de balancer des morphines endogènes qui vous soulagent, l’effet peut être très puissant selon les sujets, mais cela n’a rien de magique ! », prévient Philippe Luccarini, chercheur à l’université de Clermont-Ferrand.

Strasbourg: Des casques de réalité virtuelle pour effectuer des anesthésies sous hypnose (Illustration)
Strasbourg: Des casques de réalité virtuelle pour effectuer des anesthésies sous hypnose (Illustration) - sasint/Pixabay

« Une expérience a montré également la force de l’effet placebo sur des patients souffrant d’une algie vasculaire de la face, extrêmement douloureux et pour laquelle nous n’avons pas de traitement, reprend le chercheur. On place des électrodes sur la tête de deux groupes de patients, certains stimulés, d’autres non. Un patient qui faisait partie du groupe non stimulé a tout de suite été soulagé ! »

Et inversement, certains patients découvrent l’effet nocebo. « Une expérience a montré que quand on donne du sucre à des patients, mais qu’on décrit quantité d’effets secondaires, ils sont capables de développer tous ces effets négatifs, explique Lenaic Monconduit. On a même remarqué un effet nocebo de groupe : si un alpiniste se plaint de céphalées en altitude, quand il transmet l’information aux autres, ils risquent aussi de ressentir ces maux de tête. Cela met en exergue la problématique des réseaux sociaux, par exemple dans la crise du Levothyrox, si l’information qui se propage rapidement est positive ou négative, elle va être capable de provoquer des conséquences importantes. Ce ne sont pas les patients qui imaginent, mais ils sont vraiment soulagés ou vont vraiment expérimenter des effets secondaires d’un médicament. »

Des conséquences importantes pour l’avenir de la médecine

Aucun doute, donc, notre cerveau détient des trésors… Sur lesquels la médecine d’aujourd’hui, mais encore davantage de demain, pourrait s’appuyer. « Finalement, l’effet placebo c’est un peu comme pour l’hypnose, on possède dans notre cerveau des structures capables de moduler notre douleur, synthétise Lenaic Monconduit. L’hypnose et le placebo ne vont pas remplacer tous les médicaments, mais c’est extrêmement dommage de ne pas s’en servir car on peut augmenter leurs effets d’environ 30 %. Et dans certains cas, cela permettrait même de se passer de la chimie. » « L’hypnose n’a pas d’effet secondaire ! », complète celle qui coanimera cette conférence sur hypnose et effet placebo. Pour le moment, des études ont prouvé l’efficacité de l’hypnose pour le traitement des douleurs aiguës et chroniques, pour les addictions aussi. Mais ses effets sur d’autres champs comme les phobies, les comportements alimentaires, la fertilité pourront à l’avenir être explorés.

« L’hypnose rentre de plus en plus dans les hôpitaux, fait l’objet d’études scientifiques, mais on ne l’utilise pas suffisamment à mon sens », regrette Céline Melin. Mais les choses avancent. Elle enseigne aux étudiants en santé la communication thérapeutique. C’est-à-dire ? « Certains mots et attitudes d’un soignant vont créer de la douleur ou au contraire un effet antalgique, reprend-elle. Par exemple, si vous dites "attention, je vais vous piquer, ça ne va pas faire mal", votre cerveau se met en alerte et n’entend pas les négations. A l’inverse, si vous expliquez : " vous pouvez vous détendre, je vais endormir la zone et ça sera confortable pour vous", ces suggestions de confort et de détente mettront le patient de meilleures dispositions. »