Bouffées de chaleur, libido, sommeil... Comment gérer sa ménopause?

SANTE Des traitements et des méthodes naturelles permettent de surmonter les désagréments associés à la ménopause

Anissa Boumediene

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Outre le traitement hormonal, des méthodes naturelles permettent aussi de surmonter les désagréments associés à la ménopause.
Outre le traitement hormonal, des méthodes naturelles permettent aussi de surmonter les désagréments associés à la ménopause. — SUPERSTOCK/SUPERSTOCK/SIPA
  • Avec la ménopause, les femmes peuvent faire face à un certain nombre de désagréments liés à ce changement hormonal.
  • Parmi les symptômes les plus fréquemment observés, les bouffées de chaleur, les troubles du sommeil et la sécheresse vaginale comptent parmi les plus incommodants au quotidien.
  • Mais des traitements et méthodes naturelles permettent de les surmonter.

Sentir le feu monter aux joues, avoir une sensation de fournaise et transpirer à grosses gouttes par chaque pore de sa peau. Vous les aurez reconnues : ce sont les bouffées de chaleur, l’un des effets les plus fréquemment subis par les femmes qui traversent la ménopause, ce phénomène naturel dans la vie des femmes. Si certaines la vivent sans trop d’encombres, la ménopause s’accompagne souvent d’un ensemble de désagréments qui peuvent vite empoisonner le quotidien. Mais des solutions existent pour les surmonter.

La ménopause, kézako ?

Mais la ménopause, qu’est-ce que c’est ? Cela démarre d’abord avec des signes avant-coureurs : « des cycles menstruels qui deviennent irréguliers et, déjà, des bouffées de chaleur qui font leur apparition », détaille Caroline Michel, auteure de C’est moi ou il fait chaud * (éd. Leduc. s Pratique). « La ménopause, elle, correspond à une définition très simple : c’est lorsqu’une femme n’a plus eu ses règles pendant douze mois consécutifs, indique le Dr Odile Bagot, gynécologue et auteure de Vagin et compagnie, on vous dit tout! ** (Mango éd.) et du blog Mam Gynéco. Elle est induite par une carence en œstrogènes et intervient autour de 50 ans ».

Parmi les désagréments les plus fréquents observés au moment de la ménopause, les bouffées de chaleur et sueurs nocturnes, « qui touchent plus de 75 % des femmes ménopausées », précise la gynécologue. Troubles du sommeil, sécheresse vaginale, sautes d’humeur et prise de poids éventuelle viennent compléter le tableau des « troubles du climatère, ces symptômes associés à la ménopause » qu’a bien connus Ophélie***. « J’ai gonflé et eu des sautes d’humeur », se souvient la quinquagénaire, qui a surtout été marquée par les grosses bouffées de chaleur qu’elle a eues pendant quatre ans. « Il y a celles qui ont des réserves de mouchoirs en papier dans leur sac à main, moi j’avais des gants de toilette ! J’avais des suées monumentales et incontrôlables, jour et nuit, même sous la clim' », décrit Ophélie, qui se souvient du « regard des autres dans les transports en commun, alors que je faisais tout pour rester discrète en m’épongeant ».

Consulter son gynécologue

Si la ménopause n’est pas une maladie, « il est recommandé de consulter son gynécologue pour surmonter les symptômes associés, préconise Caroline Michel. Il ou elle établira la balance bénéfices risques et déterminera la prise en charge la plus adaptée ». Parmi les solutions proposées, « le traitement hormonal de la ménopause (THM) est très efficace pour gérer l’ensemble des symptômes qui peuvent affecter les femmes », indiquent le Dr Bagot et Caroline Michel. « Le THM offre d’excellents résultats, en particulier pour les bouffées de chaleur mais aussi contre la sécheresse vaginale, qui sont les principaux désagréments occasionnés par la ménopause », poursuit la gynécologue. « Il aide aussi à retrouver un sommeil de meilleure qualité, complète Caroline Michel, parce que le THM contient de la progestérone qui a un effet anxiolytique ».

« Et ce n’est pas parce qu’une femme n’a plus à se soucier de sa contraception qu’elle ne doit plus consulter son gynécologue », insiste Caroline Michel. « La majorité des cancers gynécologiques surviennent après la ménopause, confirme le Dr Odile Bagot. Environ 50 % des cancers du sein se déclarent après l’âge de 50 ans, et le cancer de l’endomètre survient en majorité après la ménopause, précise la gynécologue. C’est pourquoi, à partir de 50 ans en moyenne, une femme doit passer un examen gynécologique complet tous les ans, une mammographie tous les deux ans et un frottis tous les trois ans ».

Les alternatives au traitement hormonal

Si l’efficacité du THM est reconnue, « il ne s’adresse pas à toutes les femmes, notamment celles qui ont des antécédents de cancer hormono-dépendant, pour éviter d’augmenter leurs risques de récidive », avertissent les deux spécialistes. Pour accompagner ces femmes dans la ménopause, « la naturopathie, l’homéopathie et la phytothérapie peuvent apporter du confort, indique Caroline Michel. Là encore, on consulte : on ne se lance pas seule dans un traitement contre la ménopause, il faut un accompagnement sécurisé », souligne l’auteure. Avec la gynécologue, elles le reconnaissent : « l’homéopathie pourrait avoir une efficacité grandement due à l’effet placebo, mais si ça peut apporter du confort aux femmes exclues du THM, il n’y a pas de mal à essayer ».

Du côté de la phytothérapie, « plusieurs plantes ont un effet qui imite les œstrogènes, elles sont dites "œstrogènes like" et permettent d’atténuer les bouffées de chaleur », explique Caroline Michel. « C’est le cas du soja ou encore la sauge clarée, ajoute le Dr Odile Bagot. Mais la Haute autorité de santé (HAS) a rappelé dans un rapport que si les phytoestrogènes peuvent avoir des propriétés œstrogéniques et, à ce titre, être efficaces contre les bouffées de chaleur, ils en possèdent probablement aussi les effets indésirables, ce qui signifie que, par précaution, les femmes exclues du THM ne doivent pas en prendre ». Sinon, pour retrouver le sommeil, « l’association passiflore, mélisse et valériane fonctionne bien, suggère le Dr Odile Bagot. En revanche, il ne faut pas céder aux sirènes des somnifères, qui à terme, détraquent le sommeil et ont un fort risque addictif ».

Acupuncture et sophrologie pour gérer les désagréments

« Parmi les méthodes douces, la sophrologie présente aussi de véritables bienfaits, assure Caroline Michel. On apprend à respirer profondément, à se vider la tête et se détendre. Cela peut aider pour mieux gérer ses sautes d’humeur, parvenir à s’endormir en cas de réveil nocturne ou encore mieux accueillir une bouffée de chaleur ». Autre méthode naturelle source de bien-être : «  l’activité physique, qui a un effet antidépresseur », glisse le Dr Bagot, « comme  le yoga ou les pilates », ajoute Caroline Michel.

Si peu de méthodes naturelles permettent d’avoir un impact significatif sur les bouffées de chaleur et sueurs nocturnes, « plusieurs études ont en revanche démontré les bienfaits de l'acupuncture sur ce symptôme », rappelle Caroline Michel. Et si la ménopause ne fait pas spécifiquement l’objet de recommandations diététiques, « mieux vaut éviter l’alcool et les plats épicés pour ne pas accentuer les bouffées de chaleur », avise le Dr Bagot. Un conseil suivi par Aline ***, qui « évite toute prise d’alcool le soir et dîne très léger, sinon, c’est bouffées de chaleur assurées et mauvaise nuit de sommeil ».

Non, la ménopause ne signe pas la fin de l’épanouissement sexuel

Parmi les idées reçues, celle selon laquelle les femmes ménopausées ont une libido au point mort est tenace. C’est vrai, la ménopause entraîne une sécheresse vaginale – source d’inconfort durant les rapports sexuels — « chez une femme ménopausée sur deux », précise Caroline Michel. Mais cela ne signifie pas que désir et vie sexuelle épanouie se font la malle au moment de la ménopause. « La ménopause ne signe pas la fin des réjouissances sexuelles, rassure le Dr Odile Bagot. Les œstrogènes chutent, mais pas la testostérone, qui est l’hormone de la libido, donc l’équilibre hormonal à la ménopause est plutôt favorable à la libido, souligne la gynécologue. De plus, on n’a plus ses règles ni de contraception : c’est la liberté ». Ainsi, « côté libido, rien n’a changé, ma vie sexuelle n’est pas moins épanouie qu’avant ma ménopause, confirme Aline, soulagée d’être libérée de [s] es cycles capricieux ».

Toutefois, si on souffre de sécheresse vaginale, « un traitement œstrogénique local améliorera l’hydratation vaginale et évitera aussi les infections urinaires à répétition qui peuvent apparaître à la ménopause. Quand les hormones sont exclues, un gel à base d’acide hyaluronique entretiendra la souplesse et la lubrification de la muqueuse vaginale », prescrit la gynécologue. Et au moment de passer sous la couette, « on use et abuse de lubrifiant, poursuit le Dr Bagot. Il servira de "starter" en apportant plus de confort dès les préliminaires. Il ne faut pas s’en priver parce que la sécheresse intime rend le sexe moins agréable, donc il y a moins d’excitation, moins de lubrification, et on a moins envie de faire l’amour. C’est un cercle vicieux d’autant plus dommage que faire l’amour régulièrement est agréable et entretient mécaniquement la muqueuse vaginale ».

« J’ai regretté de ne pas avoir été ménopausée plus jeune »

Mais chaque femme vit sa propre expérience de la ménopause. « Certaines patientes me racontent avoir vécu l’enfer au moment de leur ménopause, quand d’autres confient avoir eu à peine quelques petits coups de chaud, c’est très variable d’une femme à l’autre », observe le Dr Bagot. « Et pour les femmes qui s’en approchent, le discours ambiant autour de ce phénomène naturel n’est pas pour les rassurer », regrette Caroline Michel.

Pourtant, la ménopause n’est pas systématiquement synonyme de calvaire. Pour d’autres, c’est même une libération. « Moi qui ai toujours été boulotte et qui ai passé ma vie à faire des régimes, j’ai perdu 10 kg en un mois au moment de ma ménopause, témoigne Marie-Hélène. A 49 ans, j’ai enfin eu la silhouette dont je rêvais, et je suis libérée de mes règles 365 jours par an ! » Si la quinqua n’a pas pris de THM pour cause d’antécédents de cancer, sa ménopause s’est déroulée sans problème. « On parle toujours de ce qui ne va pas mais pour ma part, la ménopause a été positive, j’ai regretté de ne pas avoir été ménopausée plus jeune ! Pour moi, c’est la liberté ».

* C’est moi ou il fait chaud, La ménopause sans tabou, éditions Leduc. s Pratique, en librairie depuis le 29 janvier, 16 euros.

** Vagin et Cie, on vous dit tout ! Règles, contraception, sexualité, périnée, affections…, Mango éditions, en librairie depuis le 15 février, 11,95 euros.

*** Le prénom a été changé.