Illustration d'un enfant malade.
Illustration d'un enfant malade. — Pixabay

INTERVIEW

«En attendant le docteur»: Un livre pour «démystifier certaines angoisses» face aux douleurs des enfants

Jimmy Mohamed, de SOS médecins, publie ce mercredi un essai pour aider les parents à ne pas paniquer face à une bronchiolite, grippe ou infection urinaire de leurs enfants

  • Il est assez facile de s’angoisser quand son bébé hurle à la mort, quand son enfant se plaint du ventre ou qu’il crache ses poumons, surtout quand on s’informe sur Internet.
  • Voilà pourquoi Jimmy Mohamed, de SOS médecins et chroniqueur télé, a voulu donner un coup de pouce aux parents inquiets en publiant « En attendant le docteur ».
  • Un livre clair qui délivre des conseils précis sur les symptômes, traitements et mesures de prévention des diverses maladies (otites, grippe, gastro, bronchiolite…) et autre problèmes de santé (allergies, vers, infections urinaires…).

En cette période riche en attaques de virus, de nombreux parents inquiets aimeraient savoir repérer grippes, bronchiolites et autres gastros, avant de courir dans une salle d’attente bourrée de microbes ou dans des urgences bondées. Surtout dans des zones où les médecins se font rares… Un ouvrage, publié ce mercredi, pourrait bientôt trôner dans leur bibliothèque : En attendant le docteur*. Le docteur  Jimmy Mohamed, de SOS médecins et chroniqueur à la télévision,​ y explicite de façon très pédagogique petits bobos, allergies et maladies et surtout comment réagir sereinement et savoir quand consulter. Un petit guide salutaire pour la santé physique des petits… et mentale des grands !

Portrait de Mohamed Jimmy, médecin à SOS médecin qui a publié En attendant le docteur.
Portrait de Mohamed Jimmy, médecin à SOS médecin qui a publié En attendant le docteur. - Félicien Delorme / Flammarion

Pourquoi avez-vous décidé d’écrire ce livre ?

Je me suis rendu compte au gré des consultations que les parents posaient systématiquement les mêmes questions et faisaient les mêmes erreurs. Alors qu’on pourrait croire qu’avec Internet (outil extraordinaire) les gens seraient mieux informés. C’est presque le contraire : ils sont perdus et encore plus angoissés. Surtout lorsqu’on redécouvre « fièvre + maux de tête = méningite ». Les parents n’ont pas les outils pour décoder ces informations. Et parfois consultent tôt. Ce livre n’a pas pour but de remplacer une consultation, mais de démystifier certaines angoisses et aider à reconnaître ce qui doit alarmer et rassurer. Mon premier conseil, c’est qu’il faut se faire confiance. Les pleurs d’un nouveau-né, on les reconnaît au bout d’un moment. Et il faut compléter ses impressions par des signes objectifs : température, toux, éruption cutanée…

Quels sont les signes, quelle que soit la maladie, qui doivent alerter tous les parents ?

La fièvre. Ce qui revient souvent comme interrogation c’est : à partir de combien on s’inquiète ? Au-delà de 40°, c’est évident qu’il faut agir. On parle de fièvre à partir de 38°, mais le chiffre importe moins que la manière dont l’enfant tolère la fièvre. S’il est prostré, dans le noir, geignard, apathique, qu’il a le teint gris, qu’il se plaint, on s’inquiète. Sinon, il faut s’intéresser aux autres signes : gêne respiratoire, vomissements… Il arrive que des parents me disent qu’ils n’ont pas donné du Doliprane pour ne pas masquer les symptômes, c’est totalement inutile, il faut soulager l’enfant.

Passons maintenant aux cas pratiques, en nous attardant sur les maladies les plus courantes chez les enfants. Que devraient faire des parents qui suspectent des coliques chez le nouveau-né ?

Les coliques ne sont pas synonymes de douleur, mais d’inconfort. Une expérience a montré que des bébés qui avaient des coliques, mis sous morphine, continuaient à pleurer. On sait que dans les coliques, il y a un problème de flore digestive, notamment chez les enfants nés par césarienne. Car quand ils ne sont pas passés par la voie génitale, ils n’ont pas été en contact avec les bactéries de la mère. On peut donner des probiotiques. Mais avant de se précipiter sur des médicaments, mieux vaut tenter de les porter, les bercer, leur masser le ventre dans le sens des aiguilles d’une montre [sens de la digestion], les faire pédaler avec les jambes. Il existe encore des interrogations sur les facteurs, notamment sur le stress ou sur une éventuelle intolérance au lactose transitoire. En tout cas, il n’y a pas de raison de paniquer, ces coliques se manifestent chez des bébés vers un ou deux mois, mais se calment après.

Une bronchiolite chez un bébé ?

Bronchiolite, c’est un mot que fait très peur aux parents, d’ailleurs je prends souvent des pincettes en disant « c’est une petite bronchite de bébé »… C’est une infection virale, contagieuse, donc attention aux autres enfants. Il n’y a pas grand-chose à faire : donner du Doliprane pour le soulager, bien laver le nez, il existe des tutoriels sur You tube, surélever la tête de l’enfant à 30 degrés quand il dort, si besoin faire de la kiné respiratoire, c’est impressionnant, mais pas douloureux. Il existe cependant un risque de surinfection et d’otite. Deux critères doivent vous alerter chez un enfant qui ne peut pas verbaliser : une fièvre pendant plus de 48h et une perte d’appétit, signe qu’il est gêné pour respirer. Pour vérifier : si le bébé prend moins de la moitié de son biberon trois fois consécutives, ça veut dire qu’il se concentre sur la respiration.

Une gastro ?

La gastro-entérite, ça paraît tellement évident qu’on peut se dire que tout le monde connaît. Mais le diagnostic n’est pas si simple : plusieurs virus peuvent donner une gastro et en fonction des enfants, on peut avoir des signes différents. Normalement, c’est douleurs abdominales, vomissements, diarrhées et un peu de fièvre. Mais certains enfants vont n’avoir qu’un de ces signes et de façon faible. Le bon réflexe, surtout pour les moins de deux ans, c’est de donner une solution de réhydratation buvable, qui évite la déshydratation et la perte de poids. S’il n’y avait qu’une seule chose à avoir dans sa pharmacie, c’est ça ! Contrairement à ce que certains pensent, le coca n’est pas recommandé : c’est trop sucré, pauvre en sel, et cela donne envie de faire pipi ! En revanche, une boisson un peu sucrée peut aider à sortir du cercle vicieux : quand on n’a plus rien dans l’estomac, on vomit de la bile car à jeun on fabrique des corps cétoniques qui font vomir. Rappelons qu’un enfant a une réserve en eau plus faible qu’un adulte donc il a un risque de déshydratation, même s’il est dodu !

Certains parents vont craindre une appendicite alors que l’enfant n’a qu’une rhino-pharyngite.

Et, c’est de saison, comment réagir en cas de grippe ?

La grippe peut également être un diagnostic difficile car on peut la confondre avec un rhume, une angine, une bronchiolite. Si on veut être vraiment sûr, il faut faire un prélèvement dans le nez et l’envoyer au laboratoire d’analyse. Sinon les symptômes sont le nez qui coule, la gorge rouge, la fièvre pendant une semaine. Avant 4 ans, l’enfant peut avoir mal au ventre, parce qu’il n’a pas que des ganglions dans le cou, mais aussi dans le ventre. Un problème ORL peut donc lui donner de la diarrhée, ce qui est facteur de confusion, certains parents peuvent craindre une appendicite alors que l’enfant n’a qu’une angine. Le meilleur des traitements, c’est la prévention, notamment le vaccin surtout pour les enfants fragiles. C’est viral, donc on ne peut pas faire grand-chose : donner du Doliprane, les faire boire beaucoup, laver le nez. Par contre, on évite les sirops contre la toux car tousser est un mécanisme réflexe pour évacuer les glaires : si on vous empêche de tousser, on risque la surinfection. En plus, ce n’est pas efficace. Une étude avait montré que le miel aide davantage les enfants que le sirop !

Que faire face à un enfant qui se plaint d’avoir mal aux oreilles ?

L’otite est très fréquente chez l’enfant jusqu’à 6 ans. Je suis parfois étonné d’entendre des parents me dire qu’ils n’ont pas donné de Doliprane car l’enfant n’avait pas de fièvre. Encore une fois, la priorité c’est de soulager l’enfant. Si l’enfant n’est pas soulagé et que la température monte, il faut consulter un médecin qui dira s’il y a besoin d’antibiotique ou pas.

Et s’il dit « ça pique quand je fais pipi » ?

Déjà, il faut croire l’enfant. Cela peut être une infection urinaire ou une vulvite. On peut traiter une partie des infections urinaires en buvant beaucoup. Si la plainte est récurrente, on peut acheter des bandelettes urinaires à la pharmacie. Si c’est positif, on va au labo pour vérifier si c’est une cystite, qui nécessite des antibiotiques. Le plus important, c’est de savoir pourquoi. Le premier facteur, c’est la constipation. Ensuite, il faut bien apprendre aux petites filles à s’essuyer d’avant en arrière. Et de ne pas se retenir de faire pipi !

Que faut-il anticiper si vous partez en vacances à l’étranger ?

Quand je pars en vacances avec mes enfants, c’est avec une méga trousse de pharmacie, mais je suis un peu parano… Il faut adapter en fonction d’où vous allez. Si c’est un pays lointain, avec des soins rares et chers et besoin de vaccins, la préparation est plus importante. Mais prenez où que vous alliez au moins du paracétamol, un antiseptique pour éviter qu’un bobo s’infecte, surtout dans un pays chaud et humide. La turista est quand même fréquente, donc un antidiarrhéique peut se révéler utile. Une pommade aussi contre les coups de soleil et brûlures.

* En attendant le docteur, Jimmy Mohamed, Flammarion, 18 euros.