Secourisme: Une proposition de loi vise à améliorer la formation et créer un statut de «citoyen sauveteur»

MORT SUBITE Ce mardi à l'Assemblée, une proposition de loi de visant à lutter contre la mort subite, qui fait entre 40.000 et 50.000 morts par an, est discutée

Oihana Gabriel

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Mannequin de secourisme. Illustration.
Mannequin de secourisme. Illustration. — HARAZ N. GHANBARI/AP/SIPA
  • La France accuse un certain retard par rapport à ses voisins européens sur le secourisme. 
  • Pourtant, les premières minutes lors d'un arrêt cardiaque ou un AVC sont cruciales pour améliorer le pronostic vital et limiter les séquelles. 
  • Le député LREM Jean-Charles Colas-Roy défend devant l'Assemblée une proposition de loi qui vise à mieux former les citoyens, créer une Journée nationale de la lutte contre la mort subite et un statut de «citoyen sauveteur». 

Ce mercredi à 11 heures, 300 personnes, députés, administratifs et même Richard Ferrand, président de l’Assemblée nationale, apprendront à faire un massage cardiaque lors d’une grande opération de sensibilisation aux premiers secours à l’Hôtel de Lassay. Car si les défibrillateurs trônent dans tous les lieux publics, encore faut-il savoir s’en servir et ne pas craindre d’empirer l’état d’une personne inconsciente. Voilà pourquoi le député LREM de l’Isère Jean-Charles Colas-Roy défend ce mardi à l’Assemblée une proposition de loi visant à lutter contre la mort subite et sensibiliser la population aux gestes qui sauvent.

 

40.000 à 50.000 morts subites par an

Si des associations et les sapeurs-pompiers proposent des formations peu onéreuses sur tout le territoire, la France est encore à la traîne sur le secourisme. « En France, les arrêts cardiaques inopinés représentent 40.000 à 50.000 décès par an avec un taux de survie à 7 % alors que dans les pays nordiques, où les citoyens sont mieux formés, ces chiffres atteignent plus de 20 %, souligne le député, contacté par 20 Minutes peu avant son passage devant les députés à 17h30. Si en France on arrivait à ce chiffre, on pourrait sauver 3.000 vies, soit l’équivalent des morts accident de la route. C’est un enjeu de santé publique majeur. » Et le rapporteur de cette proposition de loi, adoptée à l’unanimité par la commission, espèrait qu’elle serait votée dès ce mardi, pour ensuite être validée par la navette parlementaire et adoptée de façon définitive dans les prochains mois.

Création d’un statut de « citoyen sauveteur »

Dans ce texte de loi, les députés souhaitent créer un statut de « citoyen sauveteur ». Une demande répétée de la part de nombreuses associations de secourisme. Pourquoi ? « Une question qui revient souvent pendant les formations, c’est "qu’est-ce qui se passe si je fais mal ?", reprend Jean-Charles Colas-Roy. Ce statut est important pour indiquer à nos concitoyens qu’il n’y a aucun risque à pratiquer les premiers secours. Il vaut mieux mal faire que ne rien faire. Et ce "citoyen sauveteur" ne peut pas être poursuivi si les choses se passent mal. » Faudra-t-il demander ce statut ? Non, on l’a obligatoirement si on intervient sur une personne en détresse vitale, même quand on n’est pas formé. Et le texte de suggérer également la création d’une Journée nationale de la lutte contre la mort subite. « Parce que c’est un enjeu de communication, reprend le député de l’Isère. La mort subite, c’est beaucoup de morts mais on considère que c’est une fatalité. »

Former plus aux gestes qui sauvent

La proposition de loi vise également à sensibiliser plus de Français aux gestes qui sauvent : savoir alerter, réaliser un massage cardiaque et utiliser un défibrilateur. « Les secours mettent 11 à 13 minutes à intervenir, rappelle le rapporteur. Chaque minute qui passe, c’est 10 % de chance de survie en moins. Les premières minutes sont cruciales, c’est donc le proche, le collègue, le passant qui peut faire ces gestes. »

Marseille le 20 juin 2012 - A l'occasion des dix ans de la caserne de pompiers de la canebière , une initiation aux gestes de secourisme pour les enfants a lieu au square Léon Blum
Marseille le 20 juin 2012 - A l'occasion des dix ans de la caserne de pompiers de la canebière , une initiation aux gestes de secourisme pour les enfants a lieu au square Léon Blum - P.MAGNIEN / 20 MINUTES

Avec notamment un cours d’1h30 à l’entrée au collège, en 6e ou 5e, qui devrait à terme toucher tous les collégiens. Autre public visé : les salariés des entreprises avant le départ à la retraite. Enfin, les arbitres sportifs. « Aujourd’hui, seulement 30 % des Français sont formés, assure le député LREM. On a un objectif d’arriver à 80 % dans les prochaines années, cette proposition de loi s’inscrit dans ce but. Ce serait magnifique d’y arriver avant les Jeux Olympiques de 2024 ! »

Punir les dégradations de défibrillateurs

Il n’est pas rare que les défibrilateurs soient détournés de leur utilité première et deviennent projectiles plutôt que protections…. Les députés proposent d’accroître les sanctions pénales contre ceux qui dégradent les défibrillateurs. Aujourd’hui, quelqu’un qui vole un défibrilateur risque trois ans d’emprisonnement et 45.000 euros d’amende, quelqu'un qui le dégrade encourt 5 ans de prison et 75.000 euros d'amende.