Fos-sur-Mer: La ville demande à l'Etat un registre des cancers pour mettre fin à la «chape de silence»

ENVIRONNEMENT Une motion a été votée à l'unanimité pour disposer de données réelles sur le territoire

Caroline Delabroy

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Le complexe industriel sur le golfe de Fos-sur-Mer. (Photo d'illustration)
Le complexe industriel sur le golfe de Fos-sur-Mer. (Photo d'illustration) — FOURMY MARIO/SIPA
  • Comme la plupart des villes et départements en France, Fos-sur-Mer, dont le bassin est très exposé aux polluants industriels, ne dispose pas d’un registre des cas de cancers.
  • L’ARS Paca a également adressé une demande à la ministre de la Santé, au vu de la situation locale, où la surmortalité par cancer est de l’ordre de 4,1 %.
  • Un registre représente un investissement financier de l’ordre de 1 million d’euros par an.

La motion a été votée à l’unanimité. Au dernier conseil municipal de Fos-sur-Mer, les élus ont demandé à l’Etat la mise en place d’un registre local des cancers et des malformations congénitales. « Ce qu’on demande, c’est un outil, pas un procès », démine le maire Jean Hetsch (PS), en dénonçant la « chape de silence » qui entretient inquiétudes et sentiment d’impunité chez les habitants de cette zone industrielle, l’une des plus vastes d’Europe. « Cet outil permettrait d’avoir des connaissances sur l’incidence des polluants industriels et des particules fines sur la santé humaine », poursuit-il.

Si elle est avant tout symbolique, cette motion va cependant atterrir sur le bureau du préfet des Bouches-du-Rhône, qui valide les délibérations du conseil municipal. « Il va être obligé de remonter l’information », estime Jean Hetsch, déjà signataire de l’appel de Marseille pour la mise en place d’un tel registre sur le territoire français. Car la France ne décompte les cas de cancers que pour 22 % de sa population.

« Nous n’avons pas de données réelles issues de nos territoires, explique Muriel Andrieu-Semmel, responsable du département santé environnement à l’ARS Paca. Celles que nous avons sont faites par modélisation. Par ailleurs, les registres de cancer aujourd’hui ne prennent pas en compte les facteurs environnementaux, dont on a vu progresser les niveaux de connaissance ces dix dernières années. »

« Un véritable travail d’enquêteur »

Pour Daniel Moutet, président de l’association de défense et de protection du littoral du golfe de Fos, la motion du conseil municipal est ainsi presque un peu courte. « Je serais allé plus loin, j’aurais demandé une étude épidémiologique qui comprenne aussi le diabète et l’asthme, tout ce qu’il faut suivre comme partout en Europe, sauf qu’en France les autorités ne mettent pas l’argent. » Un registre des cancers nécessite en effet de collecter, croiser et analyser de nombreuses données. « Un véritable travail d’enquêteur », souligne Muriel Andrieu-Semmel, qui évalue à sept équivalents temps plein ce travail de fourmi. « On est sur des montants qui avoisinent le million d’euros pour un fonctionnement annuel », complète-t-elle.

L’ARS Paca a écrit fin août à la ministre de la Santé, Agnès Buzyn, pour réclamer de disposer sur la zone de Berre l’Etang d’un moyen d’observation plus fin. « Nous sommes convaincus qu’il y a sur ce territoire un enjeu de santé spécifique », affirme Muriel Andrieu-Semmel, renvoyant aux dernières études parues sur les polluants et à une surmortalité par cancer sur cette zone de l’ordre de 4,1 % : « C’est significatif, ce n’est pas lié au hasard. Chez les hommes, la proportion atteint 8,7 %, et sur la zone de Fos-sur-Mer et Port Saint-Louis, on a plus de 34 % de mortalité de cancer chez les hommes. »

Un embryon de registre a été mis en place en 2012 dans les Bouches-du-Rhône, l’Observatoire Revela 13, qui recense les cas des cancers du rein, de la vessie et des leucémies aiguës. Il doit révéler ses premiers résultats très prochainement, au premier semestre 2019. « Un registre est un travail de longue haleine, souligne Muriel Andrieu-Semmel, il faut au moins cinq ans de collecte de données pour avoir des résultats solides ». Dont acte.