Santé: La vitamine C en intraveineuse tue le cancer? Ce n'est pas prouvé

FAKE OFF La vitamine C est présentée comme une cure au cancer sur des sites alternatifs. Plusieurs études ont été menées depuis les années 1970 et, à ce jour, il est impossible de connnaître les effets de la vitamine C sur le cancer

Mathilde Cousin

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Vitamine C.
Vitamine C. — RICHARD B. LEVINE/NEWSCOM/SIPA
  • La vitamine C est présentée comme une cure au cancer sur des sites alternatifs. Ces sites recommandent particulièrement une injection par intraveineuse, méthode qui permet d’injecter des doses qu’un humain ne peut pas prendre par voie orale.
  • Depuis les années 1970, des chercheurs ont étudié les effets de la vitamine C et ses interactions avec certains cancers.
  • A ce jour, il est impossible d’affirmer que des injections de vitamine C traitent le cancer.

La vitamine C, nouvel espoir pour les malades atteints d’un cancer ? Le site Stop Mensonges explique que « la vitamine C par voie intraveineuse tue le cancer et la FDA veut l’interdire ». La FDA est l’autorité américaine qui délivre les autorisations de mise sur le marché de médicaments.

« Un certain nombre d’études de synthèse et d’études de cas réalisées par des médecins et des chercheurs spécialisés en cancérologie intégrative ont fait état d’une amélioration du temps de survie au cancer et de la qualité de vie, voire d’une régression tumorale dans certains cas, après des traitements hebdomadaires à la vitamine C par intraveineuse effectués régulièrement pendant douze mois ou plus », développe Stop Mensonges, tout en reconnaissant que « la thérapie à la vitamine C peut ne pas fonctionner pour tout le monde et pour tous les types de cancer. »

La note de blog a été partagée plus de 10.000 fois sur Facebook. Stop Mensonges n’est pas le seul blog à mettre en avant des bienfaits supposés de cette vitamine : de nombreux sites de santé alternatifs francophones et américains s’en font également le relais.

FAKE OFF

  • Des docteurs ont-ils vraiment constaté que des traitements oraux et par intraveineuse de vitamine C ont « augmenté le temps de survie par rapport aux patients qui n’avaient pas reçu de traitement » ?

Stop Mensonges soutient que « dans les années 1970, les docteurs Ewan Cameron, Nikolaas Campbell (Nikolaas Campbell s’appelait en réalité Allan Campbell) et Linus Pauling ont été les premiers à signaler l’utilisation de fortes doses de vitamine C pour traiter les patients en phase terminale du cancer. Ils ont constaté que les traitements IV et oraux augmentaient le temps de survie par rapport aux patients qui n’avaient pas reçu de traitement. »

Le site évoque des études menées par ces trois docteurs dans les années 1970. Les résultats de ces études sont aujourd’hui invalidés en raison d’importants problèmes de méthodologie.

En 1974, Ewan Cameron et Allan Campbell ont mené une première étude sur 50 patients atteints d’un cancer au stade avancé. Les patients ont reçu de la vitamine C par voie intraveineuse ou par voie orale ou par les deux voies, rappelle l’institut national du cancer, un organisme américain.

Deux autres études menées avec Linus Pauling, Prix Nobel de Chimie – à l’origine de plusieurs idées reçues sur la vitamine C –, ont suivi et ont montré que le temps moyen de survie de patients ayant reçu de l’acide ascorbique (la désignation scientifique de la vitamine C) était de trois cents jours supérieur à ceux du groupe contrôle.

Ces études ne comprenaient pas de groupe prenant un placebo, ce qui fragilise grandement leurs conclusions. La sélection des groupes contrôles, qui ne correspond pas aux standards de qualité des essais cliniques, a également grandement fragilisé la fiabilité de ces études.

Deux études menées aux Etats-Unis ont ensuite essayé de reproduire ces résultats, avec plusieurs groupes de patients, dont un groupe placebo. « A la fin de ces deux études, aucune différence signifiante en termes de symptômes, d’échelle de performance ou de survie n’a été notée entre le groupe traité avec l’acide ascorbique et le groupe traité avec le placebo », relève l’institut national du cancer. Pendant ces deux études, les patients ont reçu de la vitamine C par voie orale et non par voie intraveineuse.

  • Un chercheur a-t-il vraiment découvert « comment la vitamine C tue le cancer » ?

Stop Mensonges soutient que « c’est l’équipe du Dr Levine qui a découvert exactement comment la vitamine C tue le cancer », une allusion aux recherches de Mark Levine, un chercheur de l’Institut national (américain) des maladies diabétiques, digestives et rénales.

En 2005, l’équipe de ce scientifique a publié les résultats d’une étude réalisée sur des cellules. Cette étude montre que des doses importantes d’acide ascorbique, atteignables uniquement par voie intraveineuse, « diminuent la prolifération des cellules cancéreuses », explique l’institut national du cancer.

Toutefois, cette étude n’a pas été réalisée sur des humains, on ne peut donc pas savoir si ces résultats seraient observables sur des patients, souligne le blog Science Based Medecine.

En 2008, Mark Levine a publié une autre étude, réalisée sur des souris. La vitamine C a été injectée dans des souris souffrant de tumeurs au cerveau, aux ovaires et au pancréas. « L’équipe a trouvé une réduction du poids des tumeurs de 41 à 53 % », rappelait à l’époque Cancer Research UK. L’association a nuancé ces résultats, en rappelant qu’il fallait que soient menés des essais cliniques sur des patients avant de savoir si l’injection de hautes doses de vitamine est un moyen de traiter le cancer.

  • La vitamine C peut-elle vraiment être utilisée « sans crainte d’interactions » ?

Stop Mensonges avance que « d’autres thérapies peuvent être utilisées peu de temps après la prise de vitamine C [par intraveineuse], sans crainte d’interactions. »

L’institut national du cancer fait savoir que « jusqu’à maintenant, ces interactions n’ont été observées que dans certaines études menées sur des animaux ou un laboratoire. »

En 2013, une étude effectuée in vivo sur des cellules de cancer du sein a montré que la vitamine C pouvait interférer avec le tamoxifène, un médicament utilisé pour lutter contre ce cancer, rappelle Cancer Research UK.

La prise de vitamine C n’est pas sans risques : elle doit être évitée par les patients qui ont déjà connu une maladie des reins. Elle est également déconseillée pour ceux qui souffrent de déficit en G6PD ou par ceux qui souffrent d’hémochromatose, explique l’institut national du cancer. Actuellement, les recherches ne permettent pas de conclure que l’injection de vitamine C serait un moyen de guérir le cancer.

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