VIDEO. Viande, œufs, yaourts, biscuits... Quels produits périmés peut-on manger en toute sécurité?

ANTI-GASPI Pour réduire le gaspillage, faire des économies et préserver la planète, nombreux sont ceux qui mangent souvent des denrées alimentaires dont la date est dépassée

Anissa Boumediene
— 
Avec les bonnes précautions, on peut manger des produits périmés sans souci.
Avec les bonnes précautions, on peut manger des produits périmés sans souci. — CLOSON/ISOPIX/SIPA
  • Alors que l'on parle beaucoup de gaspillage alimentaire, de nombreux consommateurs qui n'aiment pas jeter mangent régulièrement des produits périmés.
  • Yaourts, pâtes et autres conserves sont ainsi les stars des produits périmés les plus consommés.
  • Viande et poisson, eux, doivent faire l'objet de la plus grande vigilance.

Au pays des produits périmés, nombreux sont ceux qui ne sont pas effrayés à l’idée d’en manger. Soucieux de leur porte-monnaie, de la planète et farouchement opposés au gaspillage alimentaire, de nombreux consommateurs se régalent de yaourts, biscuits et autres produits en conserve périmés.

Connaissant bien la différence entre la date limite de consommation (DLC) apposée sur les produits frais comme les yaourts ou la viande et la date limite d’utilisation optimale (DLUO) que l’on peut retrouver sur les boîtes de conserve, ils se fient à leur instinct (et à l’odeur !) pour juger si un produit périmé peut encore être mangé. Vous hésitez à passer du côté périmé de la Force ? Découvrez les témoignages de nos lecteurs et les conseils de Raphaël Gruman, nutritionniste à Paris, pour vous rassurer.

  • Le yaourt, la star des produits périmés les plus consommés

« Il y a plusieurs années, j’ai vu une émission qui expliquait que les dates de péremption des yaourts variaient de plusieurs semaines en fonction du lieu où ils étaient envoyés – métropole ou dans les îles, se remémore Christine. Depuis, je ne me prends plus la tête, et il m’arrive de manger des yaourts périmés depuis plusieurs semaines ». Françoise, elle, « mange sans souci des yaourts jusqu’à deux mois après leur date de péremption ». Tout comme Annaëlle : « Je mange des yaourts parfois périmés depuis trois mois et je n’ai jamais été malade. »

« Les yaourts peuvent en effet être consommés sans souci jusqu’à trois mois après leur date limite, du fait de leur acidité qui empêche la prolifération des bactéries, explique Raphaël Gruman, nutritionniste à Paris. Toutefois, si le goût du yaourt est anormalement acide, on ne le mange pas. Il ne présente pas forcément de risque pour la santé, mais ses qualités organoleptiques – son goût — auront été altérées, précise-t-il. Concernant les fromages, l’odeur peut être un indicateur. Si un fromage au lait cru est périmé et semble un peu trop fait, mieux vaut éviter. En revanche, pour les fromages au lait pasteurisé comme la tomme ou l’emmental, tant qu’ils sont conservés bien au frais et qu’ils n’ont pas de moisissures, on peut les manger longtemps après la date, poursuit le nutritionniste. Toutefois, les crèmes dessert, souvent à base d’œufs frais, sont beaucoup plus fragiles, avertit le nutritionniste. Comme elles contiennent des conservateurs, on peut tout de même les manger sans risque jusqu’à un mois après leur date de péremption, mais mieux vaut éviter au-delà ».

  • La viande et le poisson, objets de toutes les craintes

Si les consommateurs les plus courageux n’hésitent pas à savourer un yaourt périmé depuis plusieurs mois ou des conserves dont la date est dépassée depuis des années, la prudence est de mise à l’unanimité quand il s’agit de la viande et de poisson. « Pour la viande et le poisson, je fais très attention, j’ai fait une intoxication une fois ça m’a suffi », se souvient Christèle. « Je ne regarde pas les dates de péremption, sauf pour la viande et le poisson », abonde Charlotte. Idem pour Pascaline : « J’ai toujours mangé des produits périmés, sauf la viande et la charcuterie, là je fais attention, à la date de péremption et plus encore à l’état du produit. » D’autant que « si une viande est avariée, elle pue, et le poisson, je le mange frais, explique Shad. Franchement, je n’ai pas besoin de lire une date de péremption sur l’emballage, je me fie à mes sensations. »

« Le bon sens prime, confirme le nutritionniste Raphaël Gruman. Cela dépend du type de viande et de la cuisson que l’on choisit. Ainsi, un morceau de bœuf dont la date de péremption est tout juste dépassée et que l’on fait bouillir en pot-au-feu présentera un risque très limité. En revanche, s’agissant de viande hachée que l’on a tendance à manger saignante à cœur, là, le risque d’intoxication alimentaire est important, parce que la viande peut être contaminée par des bactéries comme la salmonelle. Le risque encouru va de la petite gastro à l’empoisonnement avec fièvre, diarrhée et déshydratation. Un risque bien présent que l’on retrouve avec le poisson et les fruits de mer, parce qu’on ne les surcuit pas, donc cela peut être encore plus dangereux que la viande, avertit le nutritionniste. Avec le poisson, il faut se fier à l’odeur : s’il est mou, visqueux et sent mauvais, il est bon pour la poubelle. De manière générale, mieux vaut être prudent avec la viande et le poisson et éviter de les manger après leur date limite de consommation », préconise-t-il.

  • Les œufs : s’ils coulent, tout baigne

Pour savoir s’ils peuvent encore les manger, nombre de nos lecteurs ne se fient pas à la date indiquée sur leurs œufs. « Ils se consomment plus longtemps qu’on ne le pense, déclare Jojo. Il suffit de les mettre dans de l’eau froide et voir s’ils plongent dans le fond pour savoir si on peut encore les manger. » Et quand leur date est dépassée depuis un moment, « s’ils sont rangés dans un frigo bien froid, je les cuis en œufs durs et il n’y a aucun problème », ajoute Olivier.

Des réflexes validés par le nutritionniste. « Le test de l’œuf qui coule est très fiable, confirme-t-il. Une fois passée la date de péremption, on peut vérifier si un œuf est encore mangeable sans risque en le plongeant dans un bol d’eau. S’il coule, c’est sans danger, en revanche, s’il flotte, c’est que des microbes ont pénétré la coquille et qu’il est impropre à la consommation. Et si on se rend compte qu’on a une boîte d’œufs périmés depuis dix à quinze jours, on peut encore les manger, à condition toutefois de les faire cuire bien dur », insiste Raphaël Gruman.

  • Conserve bombée, pas bonne à manger

« Mes parents étaient gérants d’une épicerie, alors pendant dix ans on a mangé tous les produits périmés, se souvient Vira, et sans jamais être malades ! Pour les conserves, si la boîte n’est pas déformée, on a testé jusqu’à dix ans après la date. Depuis cette époque, je ne regarde jamais aucune date (à part pour la viande) ». Pareil pour Charlotte : « Le gaspillage alimentaire est un sujet qui me met hors de moi ! Et comme je travaille dans l’agroalimentaire, je connais très bien les règles de validation d’une DLC (date limite de consommation) et la différence avec la DLUO (date limite d’utilisation optimale). Donc pour les produits avec DLUO comme les conserves, je les consomme jusqu’à trois ans après la date sans la moindre crainte. » Les boîtes de conserve n’ont ainsi « pas de limite de durée, confirme Olivier, sauf si elles sont gonflées : là, elles ne sont plus bonnes à manger ».

Comme leur nom l’indique, les boîtes de conserve, c’est fait pour conserver. Dotées d’une date limite d’utilisation optimale, elles peuvent être consommées longtemps après sans aucun danger à condition d’être conservées à l’abri de la chaleur et de la lumière. « Ce sont des produits pasteurisés, donc il n’y a pas de risque, que ce soit des conserves de fruits au sirop ou de légumes, de poisson ou encore de plats cuisinés à la viande, rassure le nutritionniste Raphaël Gruman. Attention toutefois : si le couvercle d’une boîte de conserve est bombé, cela signifie que des bactéries s’y sont développées et qu’un gaz nocif s’est formé. Dans ce cas : poubelle ».

  • Pâtes, sucre et riz, : les produits d’épicerie, nos amis pour la vie

Tout un tas de denrées alimentaires ne périment jamais vraiment, à condition d’être conservées dans de bonnes conditions : à l’abri de la lumière, de la chaleur et de l’humidité. C’est le cas de la farine, du sucre, du miel, du vinaigre ou encore du sel. D’autres produits secs, comme le riz, les pâtes et les biscottes se voient apposer une DLUO mais peuvent être consommés bien après. Ainsi, Miki « garde les céréales et légumineuses très longtemps après la DLUO, en les conservant dans des bocaux hermétiques ». Que ce soit « des madeleines en sachet individuel dont la date est dépassée de huit mois ou des biscottes en sachet périmées depuis un an, je n’ai aucun problème à manger ce qui est bien rangé au sec dans mon placard », ajoute Olivier. Tout comme Annie, qui « mange n’importe quel produit sec après sa date de péremption. Au pire, les gâteaux et céréales sont un peu moins croustillants et les épices moins goûteuses, c’est tout ».

« Les produits secs comme les pâtes, le riz, le sucre et la farine ne périment pas, ils peuvent se garder des dizaines d’années sans le moindre danger, promet le nutritionniste Raphaël Gruman. Avec le temps bien sûr, les qualités organoleptiques peuvent s’altérer et le produit sec périmé de longue date peut perdre en saveur ». Seule précaution : la présence de mites alimentaires. « Le risque sanitaire est limité, mais qui a envie de manger des denrées souillées par des mites ? », s’interroge le nutritionniste. Pour une conservation optimale des pâtes, riz et autres farines, le mieux et de les conserver dans des bocaux hermétiques.