Baromètre des territoires (3/7): A Guingamp, se faire soigner devient une vraie galère

ENQUÊTE Le premier baromètre des territoires réalisé pour l'association Villes de France fait apparaître un clivage entre les grandes métropoles, qui seraient les «chouchous» des politiques publiques, et les petites villes. Ces dernière souffrent notamment en matière d’accès aux soins. Exemple à Guingamp dans les Côtes-d’Armor

Jérôme Gicquel

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Illustration d'une consultation chez un médecin généraliste.
Illustration d'une consultation chez un médecin généraliste. — Baleydier/SIPA

« Nous ne prenons pas de nouveaux patients. Et si vous êtes dans nos fichiers, c’est minimum six mois d’attente pour un rendez-vous ». Si vous voulez consulter un ophtalmo à Guingamp (Côtes-d’Armor), il vaut mieux ne pas être trop pressé. Pour un rendez-vous chez le pédiatre, vous pouvez même carrément oublier car la ville bretonne n’en a plus depuis plusieurs années. Comme de nombreuses villes moyennes, Guingamp voit ses conditions d’accès aux soins s’aggraver. Selon le baromètre des territoires réalisé pour l’association Villes de France, 40% des habitants de ces villes estiment que l’offre de santé s’est dégradée ces dernières années.

La santé est l'un des secteurs qui s'est le plus fortement dégradé dans les villes moyennes selon le baromètre.
La santé est l'un des secteurs qui s'est le plus fortement dégradé dans les villes moyennes selon le baromètre. - Baromètre Ipsos pour Villes de France

Alors certes, il reste bien un ORL et quelques dentistes dans la sous-préfecture des Côtes-d’Armor. Mais la situation n’invite guère à l’optimisme. « Nous étions une douzaine de dentistes. Mais nous en avons perdu quatre l’an dernier qui sont partis à la retraite et n’ont pas été remplacés », indique Hervé Léger.

Installé à Guingamp depuis 25 ans, il doit du coup faire face à une surcharge de travail. « J’ai absorbé pas loin de 800 nouveaux dossiers sur un an. Je reçois même des patients qui viennent du Finistère », assure le dentiste, qui a été contraint de revoir son planning. « Avant, je prenais des rendez-vous à deux jours. Maintenant, c’est plus une semaine », précise-t-il.

La maternité sauvée jusqu’en juin 2020

En manque de spécialistes, la ville de Guingamp doit également faire face à une pénurie de médecins généralistes. On en compte pour l’heure 55 encore en activité sur la nouvelle agglomération de Guingamp et de Paimpol et ses 75.000 habitants. « Mais 25 d’entre eux vont partir à la retraite dans les cinq prochaines années », alerte Didier Robert, l’élu chargé des questions de santé. Dans la seule ville de Guingamp (7.000 habitants), classée comme zone prioritaire par l’Agence régionale de santé, le constat est encore plus alarmant avec une densité d’à peine 5 médecins pour 10.000 habitants, contre un peu plus de 9 en Bretagne.

Dans ce «désert médical», la maternité de la ville tente tant bien que mal de survivre. Mais à quel prix et pour combien de temps encore ? Menacé de fermeture, l’établissement s’est vu accorder un sursis jusqu’en juin 2020, grâce notamment à une forte mobilisation du personnel et des élus l’an dernier.

« On a vraiment eu du mal à comprendre cette décision car nous réalisons environ 500 accouchements par an. Ce n’est pas non plus une toute petite maternité et elle répond à un vrai besoin sur le territoire », indique le docteur Guichaoua, chef du service, qui se dit « prête à repartir au combat » quand la menace de fermeture refera surface.

Des initiatives pour attirer des médecins

Conscients des fragilités de leur ville et de la nécessité d’attirer des médecins, les élus ont engagé un grand plan de bataille en fin d’année. Une subvention de 20.000 euros sera ainsi accordée aux communes de l’agglomération pour chaque nouvelle installation de médecin. Pour s’adapter aux nouveaux modes d’exercice, la collectivité s’est aussi engagée, avec le soutien des hôpitaux, à salarier des médecins. « Ils vont partager leur temps entre le travail hospitalier et la médecine de ville », souligne Didier Robert.

Le projet démarre plutôt bien puisque deux médecins ont déjà été recrutés et que les discussions sont bien avancées avec un troisième. A Guingamp, on espère que tous ces efforts seront récompensés. « Guingamp est une ville relativement pauvre, on le sait que c’est compliqué d’attirer des jeunes médecins. Mais ce n’est pas le tiers-monde non plus, la ville a plein d’atouts », assure le docteur Guichaoua, qui espère convaincre les récalcitrants.