Cancer du sein: Le remboursement de tests prédictifs du risque de rechute est «prématuré» selon la HAS

MALADIE Si la HAS « reconnaît l’intérêt potentiel de ces tests comme outil d’aide à la décision thérapeutique », elle « juge indispensable de poursuivre la recherche clinique » avec une étude comparative

20 Minutes avec agences

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Lors d'une mammograhie de dépistage du cancer du sein.
Lors d'une mammograhie de dépistage du cancer du sein. — SERGE POUZET/SIPA

La Haute autorité de Santé (HAS) a émis un « avis défavorable ». Le remboursement par la Sécurité sociale des tests prédictifs du risque de récidive d’un cancer du sein détecté au stade précoce, destinés à distinguer les femmes qui ont besoin ou non d’une chimiothérapie après l’opération de la tumeur, est « prématuré », selon la HAS.

Cependant, dans un rapport rendu public ce lundi, l’autorité recommande de prolonger « sous condition » le financement de soutien à l’innovation, qui permet actuellement leur prise en charge. Elle « reconnaît l’intérêt potentiel de ces tests comme outil d’aide à la décision thérapeutique », mais « juge indispensable de poursuivre la recherche clinique ».

Nécessité d’une étude comparative

La Haute autorité de Santé réclame ainsi une étude comparative des quatre tests disponibles. Cette étude clinique doit concerner « la population cible de patientes les plus à même d’en bénéficier, soit 2.000 à 4.000 femmes par an selon le chiffrage qu’on a pu faire », a indiqué Cédric Carbonneil, chef de service des actes professionnels à la HAS. Celle-ci « pourra revoir son avis sur le remboursement lorsqu’elle disposera de ces données ».

Surnommés « signatures génomiques », les tests en question (Mammaprint, Oncolype Dx, Prosigna et Endopredict) évaluent le risque de récidive d’après un groupe de gènes impliqués dans le développement de la tumeur. Environ 4.500 tests ont été réalisés en 2017 dans le cadre des actes innovants.

Recours inutile dans la « majorité des situations »

Le cancer du sein, avec 55.000 nouveaux cas par an, est le cancer le plus fréquent chez les femmes, rappelle la HAS. Dans la « très grande majorité des situations », les équipes soignantes disposent d’éléments suffisants pour décider de mettre en place ou pas une chimiothérapie adjuvante après l’opération, sans avoir recours à ce genre de test, juge la HAS.

La Haute autorité définit précisément la population des femmes (tumeur de 1 à 5 cm, sensible à l’hormonothérapie, sans ganglion envahi ou avec un micro-envahissement…) pour lesquelles ces tests génétiques seraient utiles. Ce qui équivaut à « 5 % à 10 % des quelque 40.000 cancers infiltrants localisés », relève Cédrix Carbonneil.

Des avis divergents

D’après différentes études, pour une femme sur cinq, voire une sur quatre, la décision de faire une chimiothérapie adjuvante diffère selon le test utilisé, note la HAS parmi ses critiques. « Près de 10.000 femmes en France ont bénéficié de ces tests ces trois dernières années », selon le professeur Pascal Pujol président de la Société française de médecine prédictive et personnalisée (SFMPP) qui exprime son désaccord avec la position de la HAS.

Cette société savante estime que les études internationales récentes apportent un niveau de preuves suffisant justifiant le remboursement. Néanmoins, « la SFMPP se félicite que la HAS laisse l’accès des femmes à ces tests en préconisant de prolonger leur financement dans le cadre de l’innovation », ajoute-t-il.