VIDEO. Grand débat à Strasbourg: En matière de santé, «la prévention doit débuter dès la plus tendre enfance»

SANTE Un grand débat national sur le domaine de la santé s'est déroulé jeudi soir à la fac de médecine...

Alexia Ighirri

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Grand débat à Strasbourg
Grand débat à Strasbourg — A. Ighirri / 20 Minutes
  • Jeudi soir à Strasbourg s’est tenu un grand débat sur l’organisation de l’Etat et des services publics dans le domaine de la santé.
  • Les prises de parole ont été particulièrement stimulantes sur le sujet de la prévention. Avec un constat, partagé par tous : la prévention en France est insuffisante.
  • Des actions auprès des enfants, plus d’explications vers les citoyens, de nouvelles des lois, une autre prise en charge… L’audience avait des idées pour avancer sur ce sujet.

Quel meilleur écrin qu’un amphithéâtre de la faculté de médecine pour parler santé ? Peut-être un hôpital, puisqu’il en a aussi été question jeudi soir à Strasbourg à l’occasion d’un grand débat sur l’organisation de l’Etat et des services publics dans le domaine de la santé, donc. Porté par les députés LREM Stéphanie Rist et Thierry Michels, ce rendez-vous a attiré une cinquantaine de personnes. Ce fut donc un retour sur les bancs de la fac pour la majeure partie de l’audience à la moyenne d’âge plutôt élevée, comprenant notamment plusieurs professionnels de santé à la retraite. A leurs côtés également des étudiants en médecine ou de jeunes praticiens.

Certains ont déjà participé à d’autres grands débats. C’est le cas du Strasbourgeois Philippe, revenu jeudi soir « parce que c’est un sujet important. On ne nous demande souvent notre avis. Alors on ne se fait pas de grandes illusions, mais on ne va pas cracher dans la soupe. Je crois qu’on est là dans une idée constructive ».

La prévention « au ras des pâquerettes »

L’accès aux soins pour tous, la question de la formation ou de la démocratie sanitaire ont été discutés, mais les prises de parole ont été particulièrement stimulantes sur la prévention, sujet d’ouverture de ce grand débat.

Le constat a d’abord été établi et il était partagé par tous dans la salle : la prévention en France est insuffisante, alors même qu’elle pourrait faire économiser de l’argent demain à condition d’investir aujourd’hui. « Elle est au ras des pâquerettes, débute un retraité. Il faudrait faire plus de formations physiologique et de base médicale dès l’école. »

Sensibiliser dès le plus jeune âge

Beaucoup estiment en effet qu’il faut agir dès le plus jeune âge. En prenant exemple sur la sensibilisation aux gestes écoresponsables, une étudiante juge que « la prévention doit débuter dès la plus tendre enfance. Il y a une transmission qui est faite vers les parents, avec une modification des habitudes. L’éducation est très importante. » L’une de ses voisines regrette dès lors le « nombre insuffisant de médecins scolaires. Eux permettraient de sensibiliser les enfants et les parents sur la prévention. »

Un étudiant en médecine raconte que lui n’a pas été convaincu par les infirmiers scolaires croisés au lycée. Il estime que les choses ne sont pas assez clairement expliquées : « Il y a un problème de drogue au lycée, voire au collège : moi je vous le dis, j’ai fumé à 15 ans et pas des cigarettes. J’aurais aimé qu’on me dise davantage ce que je risquais médicalement ». Il usera d’un autre exemple pour illustrer son propos : « On dit qu’il ne faut pas manger trop gras, trop sucré, trop salé… Mais beaucoup de gens en sous-estiment la gravité puisqu’on n’explique pas les phénomènes. Si dans les slogans les choses étaient davantage expliquées, je pense que les gens se sentiraient plus concernés ».

Et si les malades venaient en face-à-face expliquer les causes et les conséquences d’une mauvaise nutrition ou autres ? C’est l’idée d’Arthur, étudiant en médecine également : « Je pense que le discours aurait plus d’impact. On devrait leur donner une parole publique. Et ça pourrait être aussi un bon moyen de résilience pour les malades ».

« Ça ne m’empêchera pas de mettre du Nutella sur mon bretzel »

Un étudiant interroge alors : « Comment on veut toucher des gens qui n’ont pas accès à la prévention ? Ceux qui connaissent les messages mais qui continuent à prendre ces produits parce qu’ils ne peuvent prendre que cela ». Se pose dans la foulée la question de la hausse des prix de certains produits : « Les sodas, comme pour les cigarettes, on pourrait augmenter les prix parce que ça décourage les acheteurs ». Bertrand, lui, est contre l’idée d’augmenter les taxes sur les produits gras, et rétorque avec humour : « On a fait la même chose sur l’essence, et ça a donné les "gilets jaunes". Et personnellement, ça ne m’empêchera pas de mettre du Nutella sur mon bretzel ! ». Stupeur (on est en Alsace, le bretzel c’est sacré) et sourires dans la salle.

Bertrand reprend plus sérieusement : « Plus que la prévention, je veux parler de détection. Il faudrait des contrôles plus réguliers pour prendre un problème à ses débuts, ou prendre en charge un petit problème avant qu’il ne devienne plus gros et dangereux ».

Faut-il légiférer pour mieux prévenir ?

Sur cette lignée, le France pourrait s’inspirer de ses voisins : un directeur d’hôpital à la retraite prend l’exemple de son fils résidant en Suisse qui doit d’abord passer chez un hygiéniste dentaire avant d’aller chez un dentiste. Le premier informe le patient, prévient et traite les maladies ou les facteurs inflammatoires. Si le problème est plus conséquent, le patient va voir un dentiste (qui coûte plus cher).

Pour avancer, et peut-être ne pas compter que sur le seul levier individuel, faut-il légiférer ? C’est le souhait de plusieurs de ces Bas-Rhinois. Ce grand-père estime que « c’est aux politiques de légiférer pour que les bonbons ne soient plus installés dans les étals au niveau des yeux des enfants. Parce qu’eux ne savent pas lire les emballages… »

« La santé avant l’économie »

Ah les emballages ! Il a effectivement été question jeudi soir de leur réglementation : « L’alimentation est très importante dans la santé individuelle, reprend l’une des précédentes étudiantes. Je pense qu’il faut légiférer sur les emballages des produits, la loi n’est pas assez aboutie. Parce qu’il faut faire passer la santé des citoyens devant l’économie ». Un interne la rejoint sur ce « rôle important que les politiques ont à jouer » pour faire passer des normes plus restrictives face aux lobbies ou contraintes budgétaires.

Une femme ira plus loin sur le volet de la loi : « On sait quels sont les producteurs des polluants générateurs de maladies… Pourquoi les maladies ne pourraient-elles pas être prises en charge par ces producteurs ? » La réponse ne lui a pas été apportée, ce n’était pas le but de ce grand débat qui doit d’abord permettre l’expression et l’émergence de propositions des citoyens. Durant deux bonnes heures, les uns et les autres ont ainsi pu prendre la parole ou des notes, écouter avec attention les autres, opiner du chef lors de certaines interventions, les commenter parfois aussi.