Burn-out: «Mon témoignage déculpabilise les spectateurs, leur donne du courage et des clés»

PORTRAIT A la fois artiste et conseillère pour les entreprises, Christèle Perrot monte sur les planches ce jeudi soir à Paris pour dévoiler sans détour son burn-out...

Oihana Gabriel

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Christèle Perrot propose une conférence-spectacle, nommée Comment réussir son born-out, pour évoquer son burn out et sa renaissance.
Christèle Perrot propose une conférence-spectacle, nommée Comment réussir son born-out, pour évoquer son burn out et sa renaissance. — MilenaP
  • Le burn-out, maladie récente, se répand mais reste assez méconnue.
  • Christèle Perrot a choisi le témoignage et les planches pour faire découvrir son parcours, sa lutte contre le burn-out, mais surtout sa renaissance.
  • Avec l’ambition de donner quelques clefs et de l’espoir à celles et ceux qui sont en souffrance au travail.

A 49 ans, Christèle Perrot n’a plus peur de dévoiler ses failles. Sur la scène du théâtre Apollo à Paris, elle monte ce jeudi soir pour la quatrième fois pour parler d’un sujet d’actualité qui l’a touchée dans sa chair : le burn-out. Dans sa conférence-spectacle intitulée Comment réussir son born-out*, Christèle détaille ses tsunamis, ses plongeons, ses béquilles, mais aussi la renaissance qui a suivi cet effondrement, le fameux  «born-out» dont elle même déposé la marque. Car si les langues se délient ces derniers temps pour évoquer quantité de maladies liées au travail (burn-out, bore-out, brown-out), on parle encore assez peu de la reconstruction. Encore moins au théâtre et avec humour…

Christèle Perrot propose une conférence-spectacle pour que chacun puisse se remettre après un burn-out.
Christèle Perrot propose une conférence-spectacle pour que chacun puisse se remettre après un burn-out. - MilenaP

Faire ses propres choix

Robe rouge, talons hauts, chignon blond, l’artiste prend sur scène les atours de Christèle, 31 ans, financière dans une grande banque et mère de trois bébés, qui prend soudainement conscience en vacances, une bouée autour de la taille, qu’elle s’ennuie à mourir. Puis de la Wonder Woman qui craque, quand les migraines, vertiges, fatigues laissent place à « l’incendie », comme elle le décrit. « Plus on joue, plus on triche, plus c’est compliqué », résume celle qui a longtemps couru après la photo de famille parfaite au risque d’oublier ses désirs. Et quand le burn-out la met KO, elle évoque l’aide des antidépresseurs, psychiatre, retraite dans un monastère, coach professionnelle…. Et des compotes de pomme. Mais elle campe aussi la femme qui se relève, se bat, se réoriente, divorce, prend une année sabbatique. Pour prouver qu’on peut faire ses propres choix.

« Le burn-out, terme galvaudé, c’est pour moi une maladie qui touche des personnes qui sont dans le surengagement et l’identification au travail et qui n’ont pas appris à prendre soin d’elles-mêmes », tranche Christèle Perrot. Mais elle insiste, pendant son spectacle comme pendant l’interview : l’entreprise n’est pas seule coupable. « Il peut y avoir une coresponsabilité de l’entreprise, mais dans une relation, on est deux. Si on fait l’impasse sur sa responsabilité individuelle, la personne est en danger. Et c’est fréquent de refaire un burn-out. » Comme elle en a fait l’expérience…

« C’est en train de bouger »

Petit détail important: ce burn-out, Christèle l’a fait en 2001, à une époque où cette maladie était aussi méconnue que honteuse. Aujourd’hui, on en parle davantage et le monde du travail a mesuré l’urgence de prendre cette question du burn-out au sérieux. « Tout le monde ne va pas jusqu’au burn-out, mais il existe un large spectre de la souffrance au travail, reprend Christèle, qui en plus de son expérience douloureuse a suivi des formations sur le sujet. On est dans une société tournée vers la performance, le résultat, les objectifs. Et l’autre problème, c’est qu’on n’a pas appris à communiquer. Mais c’est en train de bouger. A l’école et dans les entreprises, on porte plus d’attention à la connaissance de soi, la communication, la bienveillance. »

Forte de ces convictions, Christèle a monté il y a quinze ans une société, Axcime (« comment garder son axe sans perdre la cime », selon ses mots) qui conseille les entreprises pour améliorer le bien-être des salariés. « Après des conflits, harcèlement, réorganisation ou burn-out, je propose des ateliers individuels et collectifs pour apprendre à se parler », résume-t-elle. Et ses deux métiers se nourrissent, le flyer de son spectacle devenant carte de visite pour de nouveaux clients et des personnes épaulées dans les entreprises s’invitant dans son show.

Et si le burn-out était une opportunité ?

« Certains spectateurs sont dans une période compliquée, mon témoignage les déculpabilise, leur donne de l’élan, du courage, des clefs, assure-t-elle. Quand on me voit, ça va j’ai l’air d’aller bien ! » Sourire pétillant et regard intelligent, la presque quinqua insiste, fait rare, sur l’opportunité que représente un burn-out. « On n’a pas tous les mêmes ressorts mais on peut tous sortir grandis d’une traversée compliquée. Ce burn-out m’a permis de découvrir mes limites, peut-être que parfois c’est nécessaire d’en passer par là pour découvrir qu’on n’est pas des Wonder Women. Cela m’a permis de réécrire une vie personnelle et professionnelle en accord avec moi-même. » Et de découvrir ses talents d’artiste, donc.

« Ce n’est pas anodin pour quelqu’un qui ne vient pas du théâtre de tenir 1h20 pour un seule en scène », salue Sara Veyron, sa metteuse en scène à la tête du théâtre du chaos , qui marie prévention et théâtre. « Cela fait vingt ans qu’on monte des spectacles sur ces questions des risques psycho-sociaux et du suicide notamment, et on mesure l’impact puissant du théâtre. Notre cerveau fontionne, nos émotions aussi, on s’identifie, on est en 3D avec l’acteur et cela nous interroge. »

« Le témoignage permet la rencontre»

Mais pourquoi cette conseillère en relations humaine a-t-elle voulu se frotter aux planches ? Le projet s’est monté en plusieurs étapes. Il y a eu d’abord un livre, Equi-vies, du burn-out à la performance. « J’ai ensuite été approchée par TEDx Alsace sur le thème "Est-ce la limite ?" que j’ai traité avec le burn-out. Il y avait 500 personnes, et les retours du public étaient tellement enthousiastes que deux mois après, je me suis dit : "je vais monter un spectacle"». « Ce n’est pas une conférence scientifique ou un exposé de politique publique, mais un spectacle vivant », précise sa metteuse en scène, qui a accompagné cette transformation du texte à la scène. « Le témoignage permet la rencontre, il n’y a rien de dogmatique, c’est une histoire de vie, sourit Christèle. Dans un environnement où on est connecté tout le temps, on a besoin de se rencontrer. Les gens peuvent lire mon blog, mon livre, mais venir voir le spectacle (et je propose toujours d’échanger dans un café après), c’est un moment d’humanité et on en a besoin. »

Elle espère parler à tous, à ceux qui jonglent entre les biberons et les pédiatres (elle a eu trois enfants en deux ans et demi, elle sait de quoi elle parle !), ceux qui se noient sous les rendez-vous, ceux qui campent au bureau. « Beaucoup d’hommes me disent : "on n’est pas passé loin" ; les femmes, c’est plutôt : "vous avez écrit mon histoire, à l’antidépresseur près !" Je me rends compte que je deviens Madame tout le monde, que j’ai transcendé une histoire personnelle pour en faire un message universel. Il faut dire qu’avec un couple sur deux qui divorce, l’épuisement ça concerne pas mal de monde, prendre un chien aussi… »

* « Réussir son BORN-OUT », de et par Christèle Perrot, Apollo Théâtre (18 rue du Faubourg du Temple, 11e), jeudi 31 janvier et le 16 mars 2019 à 20h.