Santé visuelle: Comment les ophtalmologistes ont-ils réussi à réduire (un peu) les délais d'attente?

MEDECINE Malgré la stagnation du nombre d’ophtalmologistes, le syndicat de cette spécialité se targue d’avoir stoppé l'explosion des délais d'attente…

Oihana Gabriel

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Illustration d'une consultation chez un ophtalmologiste.
Illustration d'une consultation chez un ophtalmologiste. — Pixabay
  • En octobre 2018, le Cour des comptes a rendu un rapport qui pointait les dysfonctionnements de l’ophtalmologie, une spécialité coûteuse et nécessaire aux 60 % des Français qui portent lunettes ou lentilles.
  • Le syndicat national des ophtalmologues de France a présenté ce vendredi des chiffres récents qui montrent une légère baisse des délais d’attente pour obtenir un rendez-vous.
  • Comment cette profession tente de se réorganiser pour mieux répondre aux besoins croissants de la population ? Les pistes testées par les ophtalmologues pourraient intéresser généralistes comme spécialistes concernés par les mêmes défis.

Dépenses qui explosent et délais longs et très disparates sur le territoire.Un rapport de la Cour des comptes tirait les oreilles des ophtalmologistes en octobre 2018. Et pour cause : en 2017, il fallait attendre en moyenne 47 jours en Ile-de-France… et 168 jours dans le Finistère pour avoir l’immense honneur de rencontrer un ophtalmo. En 2018, la situation semble toutefois s’être améliorée.

Selon les nouveaux résultats présentés ce vendredi par le Syndicat national des ophtalmologistes (SNOF), les délais sont raccourcis de 30 jours dans 25 % des cas et en moyenne il fallait attendre 80 jours en 2018 pour obtenir une consultation contre 87 jours en 2017. « Mais un quart des rendez-vous sont donnés en moins de 20 jours, ce qui veut dire que les ophtalmo dégagent du temps pour les urgences », plaide Thierry Bour, président du SNOF. On avait lancé en 2016 une campagne #zérodélai pour 2022, on est en bonne voie. » A condition de poursuivre sur les différents chantiers qui ont déjà permis une petite amélioration.

La question de la démographie des ophtalmo

Quelques chiffres d’abord pour contempler la complexité de l’équation. En quarante ans, le nombre de consultations a été multiplié par trois, le nombre de praticiens a stagné, et pourtant, les délais pour obtenir un rendez-vous chez un ophtalmologiste ont baissé. Une performance qui tient à plusieurs facteurs.

Les dernières projections concernant la démographie de cette spécialité médicale, loin d’une baisse drastique, anticipent un retour possible à la hausse des effectifs pour 2024. « On devait être 4.500 selon les prévisions de Drees, on est en réalité 5.800 en 2019 », se félicite le président du SNOF. Une bonne nouvelle assez rare pour être interrogée… Plusieurs phénomènes se coordonnent pour expliquer cette amélioration. Tout d’abord le cumul emploi-retraite, encouragé, qui a permis de passer en quinze ans de 130 ophtalmo de plus de 65 ans en exercice à 1.050. Mais aussi un nombre important de médecins étrangers : 40 % des nouveaux ophalmo ont passé leur diplôme à l’étranger.

Cette reprise devrait être accélérée par, d’une part, une baisse des départs en retraite à partir de 2024 et « la perspective de la fin du numerus clausus et de la réforme de l’internat qui devrait améliorer la répartition entre spécialités », assure Thierry Bour. Mais pour arriver à l’objectif ambitieux d’une baisse importante des délais, le syndicat demande aux autorités de santé d’augmenter le nombre de postes dans cette spécialité, qui attire beaucoup les étudiants, pour passer de 155 à 200 postes chaque année au concours de l’internat.

Organisation optimisée

Mais si les ophtalmo peuvent se réjouir d’une légère amélioration, c’est aussi parce que de nouveaux métiers sont venus les soulager de certaines tâches dans les cabinets. En effet, ils peuvent s’appuyer sur les orthoptistes, dont le nombre augmente chaque année (340 postes) et qui peuvent gérer le dépistage des pathologies de l’œil, la rééducation mais aussi le suivi des maladies complexes comme la DMLA. Mais surtout, les spécialistes ont gagné un temps précieux depuis la création en 2006 des assistants médicaux, qui s’occupent de l’accueil, d’ouvrir le dossier, de l’interrogatoire, des premiers examens techniques (fond de l’œil, tension oculaire…). Et qui auraient permis en moyenne à ces praticiens de voir 30 % de patients en plus. « On s’est rendu compte qu’il fallait multiplier les professions pour améliorer l’efficacité du travail », souligne le président. Ce qui n’a pas échappé au ministère de la Santé. En effet, ce modèle a inspiré la création pour Ma santé 2022 de 4.000 assistants médicaux qui pourront appuyer le travail des généralistes et spécialistes regroupés.

Nouveaux outils technologiques

L’autre solution, pour lutter contre les déserts médicaux et l’inégal accès aux soins, viendra de la technologie. Avec le développement de la télémédecine, dont les téléconsultations sont remboursées depuis septembre 2018, certains patients pourraient renouveler leur ordonnance de lunettes à distance. Mais son développement reste très progressif : pour le moment, seulement 8 % des ophtalmo qui font partie du syndicat sont équipés pour proposer des téléconsultations.

Plus efficace, les ophtalmo misent sur l’optimisation de l’organisation des rendez-vous, notamment grâce aux plateformes comme Doctolib et Alaxione. Le syndicat vient de passer un contrat avec elles pour que dès février 2019, les praticiens qui s’y inscriront bénéficient de tarifs avantageux. Mais certains d’entre eux n’ont pas attendu ce partenariat. « Aujourd’hui, environ 40 % de nos adhérents ont un logiciel de rendez-vous en ligne, nous espérons passer à 75 % d’ici 2020, reprend le président du SNOF. Car, avec 5 à 15 patients par jour qui ne viennent pas au rendez-vous, ces plateformes permettent de libérer des plages de rendez-vous. » Et le président de souligner que les médecins pourraient sauvegarder des plages pour des soins non-programmés et ainsi répondre aux urgences. Autant de pistes qui pourraient servir aux autres médecins, spécialistes comme généralistes, confrontés aux mêmes problèmes de pénuries de moyens et de hausse des besoins.