Strasbourg: Pourquoi la ville s'occupe des dents des écoliers?

SANTE La ville de Strasbourg vient d'acquérir un nouveau «dentibus», un cabinet mobile dentaire pour prendre soin des quenottes des jeunes Strasbourgeois...

Alexia Ighirri

— 

Strasbourg: Pourquoi la ville s'occupe des dents des écoliers? Avec un nouveau dentibus pour l'école Karine  à Hautepierre.
Strasbourg: Pourquoi la ville s'occupe des dents des écoliers? Avec un nouveau dentibus pour l'école Karine à Hautepierre. — J-F. Badias / Ville et Eurométropole de Strasbourg
  • La ville de Strasbourg vient d'acquérir pour 308.000 euros (dont 50.000 euros versés par la Caisse primaire d’assurance maladie) un nouveau «dentibus», dans le cadre de son service de santé scolaire.
  • Si la municipalité s'occupe des dents de ses écoliers, c'est en raison d'une ancienne tradition héritée de l'occupation allemande. En 1902, la ville de Strasbourg inaugurait la première Clinique dentaire scolaire au monde.
  • Aujourd’hui, Strasbourg peut se targuer d’avoir trois cabinets dentaires fixes à destination du jeune public scolaire. En plus de son «dentibus». Chaque année, 24.000 enfants bénéficient d'un dépistage.

Le bus est là, stationné dans la cour de l’école élémentaire Karine à Strasbourg. A l’intérieur, un fauteuil, une spatule ou encore une fraise dentaires. Vous l’aurez compris, ce bus n’est pas comme les autres : il s’agit d’un « dentibus ». Décoré d’illustrations enfantines, il se déplace dans les établissements scolaires du quartier de Hautepierre pour prendre soin des quenottes des jeunes Strasbourgeois.

Ce cabinet dentaire mobile est flambant neuf. La ville de Strasbourg vient de l’acquérir pour 308.000 euros (dont 50.000 euros versés par la Caisse primaire d’assurance maladie), dans le cadre de son service de santé scolaire. Parce que, fait assez rare en France pour être souligné, c’est bien la municipalité qui s’occupe des dents des écoliers.

« Une tradition ancienne »

Pourquoi ? A cause de l’héritage allemand, remontant à Otto von Bismarck et la période 1870-1918 : « On perpétue une tradition ancienne à Strasbourg. Et qui n’est pas si fréquente en France, introduit le maire strasbourgeois Roland Ries. Les Prussiens avaient décidé de faire de Strasbourg le symbole de ce qu’ils savaient faire. Et de montrer qu’une collectivité locale pouvait avoir la compétence de santé publique. La politique municipale a été le fleuron de la politique menée par les Allemands. »

Et la santé bucco-dentaire y occupera une place particulière. En 1888, des places étaient réservées pour les enfants en clinique dentaire. En 1902, la ville de Strasbourg inaugurait la première Clinique dentaire scolaire au monde. Qui a depuis inspiré Londres, Boston ou encore plusieurs villes de Suisse. « On a cette tradition à Strasbourg, pourquoi l’arrêter ? », interroge le maire.

Trois cabinets dentaires fixes

Aujourd’hui, Strasbourg peut se targuer d’avoir trois cabinets dentaires fixes à destination du jeune public scolaire, installés dans les quartiers de la Meinau, du Neuhof et de Cronenbourg. En plus du « dentibus » à Hautepierre donc. Tous assurent des missions de dépistage et de soins.

Tous les enfants des écoles publiques de Strasbourg bénéficient ainsi d’un dépistage annuel (soit quelque 24.000 enfants dépistés). Des soins sont proposés aux élèves qui en ont besoin, dans les écoles dans lesquelles les caries à traiter sont les plus fréquentes : entre 750 et 900 enfants sont soignés chaque année, gratuitement. « C’est une vraie plus-value dans la prévention et la prise en soins. Comme sur l’obésité avec le dispositif Precoss, illustre Alexandre Feltz, adjoint en charge de la santé. Avec ce bus, on a plus de temps pour l’enfant. On va dans leur milieu traditionnel, ça permet d’améliorer la qualité de la relation. On a d’ailleurs noté une hausse importante son activité parce que les enfants veulent y aller ! »

L’élu rappelle qu’il s’agit aussi d’une plus-value financière puisqu’en conservant la compétence de la santé scolaire, par convention avec l’Education scolaire, la ville y consacre 1,3 million d’euros chaque année, dont 130.000 euros de dotation de l'Education nationale.