Qu'est-ce que l'étiopathie, médecine douce en vogue, ni reconnue, ni réglementée?

MEDECINE Dans la pléthore de médecines douces à la mode, l’étiopathie fait figure de petite dernière et la profession est en train de s’organiser dans l’espoir de se faire reconnaître…

Oihana Gabriel

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Illustration de médecine douce: étiopathie, ostéopathie, chriropraxie...
Illustration de médecine douce: étiopathie, ostéopathie, chriropraxie... — Pixabay
  • Alors que les médecines douces se multiplient et séduisent de plus en plus de Français, l'étiopathie fait figure de petite nouvelle dans le paysage para-médical. 
  • Si aucune étude n'a confirmé son efficacité et sa sécurité, certains Français ont déjà testé cette méthode qui s'appuie sur une gestuelle des rebouteux.
  • Depuis un rapport en septembre dernier de l'Inserm, qui demandait aux étiopathes de fournir des études scientifiques, la profession tente de s'organiser pour rentrer dans les clous.

Vous connaissiez peut-être les ostéopathes, kinésiologues, chiropracteurs, naturopathes et autres sophrologues, découvrez la médecine douce qui monte :  l’étiopathie. Une pratique, ni encadrée, ni reconnue, mais qui intéresse : en effet, le ministère a demandé à l’Inserm de se pencher sur cette méthode récente.

Rendu en septembre dernier, il ne fait pas tellement la lumière sur cette pratique : ni son efficacité, ni sa sécurité n’ont pu être vérifiées. Du côté de certains patients, en tout cas, l’engouement est clair. Charlatans ou thérapeutes géniaux, 20 Minutes a voulu en savoir un peu plus sur cette médecine douce prisée, mais qui n’a pas encore fait ses preuves.

Qu’est-ce que l’étiopathie ?

Une pratique récente qui s’appuie sur des principes ancestraux. Créée et développée en France par Christian Trédaniel dans les années 1960, cette approche, qui découle des rebouteux, recherche la cause d’une maladie ou d’une douleur en abordant le corps de façon systémique. Ce que dit bien son nom, étymologiquement, « aitia », cause en grec et « pathos », souffrance. « Aujourd’hui, 534 étiopathes français sont inscrits à l’Institut français d’étiopathie, nous comptons quatre écoles qui délivrent environ 50 diplômes chaque année », souligne Sophie Vieillard, responsable administrative de l’Institut Français d’Étiopathie (IFE).

Un véritable engouement ?

Si le rapport de l’Inserm a échoué à trouver des chiffres de la patientèle qui s’est tournée vers l’étiopathie, le Baromètre Pages Jaunes Santé 2016, paru en février 2018, prouve l’intérêt croissant pour cette pratique. En effet, l’étiopathie faisait son entrée dans le classement 2018 des professionnels les plus convoités : avec + 119 % de recherche en plus en un an. « La première fois que j’ai consulté un étiopathe, c’était pour une pubalgie que je traînais depuis deux ans et pour laquelle j’avais effectué une vingtaine de séances de kiné et trois d’ostéopathie, sans résultats, raconte Nicolas. En deux séances, les douleurs ont totalement disparu et elles ne sont jusque-là jamais réapparues. »

Que peut traiter l’étiopathe ?

Beaucoup de maladies et douleurs chroniques, selon l’IFE, qu’elles touchent aux articulations, dos, genoux, poignet. Catherine a ainsi résolu ses problèmes musculaires ou d’arthrose et ses enfants leurs tensions dorsales grâce à l’étiopathie. Mais ils peuvent en théorie s’attaquer aussi aux soucis digestifs, gynéco et même à la sphère ORL… Une vaste efficacité que résume Juliette : « Une amie n’avait pas de cycle régulier et n’arrivait pas à avoir d’enfant, elle allait passer à la fécondation in vitro, mais avant elle est partie voir notre étiopathe. Il a réussi à lui remettre un cycle régulier et elle a pu tomber enceinte. Mon voisin conduisait depuis vingt ans avec une minerve à cause de problèmes aux cervicales. Il a vu ce même étiopathe, qui a trouvé le problème - il avait un nerf coincé derrière l’oreille. Nous allons le voir dès que nous avons une sciatique ou mal aux cervicales ou au dos, il nous manipule en douceur et en une ou deux séances tout est réglé. »

Le rapport de l’Inserm est beaucoup moins optimiste, concluant qu’« on ne peut pas juger de la balance bénéfice/risque de la pratique ».

Comment se déroule une séance ?

« J’ai fait ma séance et il ne m’a pas regardé que le bras, mais l’ensemble du corps, explique Isabelle, soulagée après une fracture multiple de la tête de l’humérus. Je suis repartie déjà avec un sentiment de bien-être général. Aujourd’hui dès que je sens que je suis bloquée ou pris un choc, je n’hésite pas à aller le voir et je ressors sans mes douleurs. Le seul regret que j’ai, c’est qu’ils ne sont pas reconnus, ni remboursés ! » En effet, à part quelques mutuelles qui commencent à rembourser l’étiopathie, le patient y va de sa poche pour régler sa séance, entre 35 à 80 euros.

« On commence la séance par une analyse en amont pour déterminer l’origine du problème, explique l’étiopathe. On détermine ensuite si on peut trouver une solution par une technique manuelle ou si on estime que cela n’est pas de notre ressort, on l’oriente vers un chirurgien ou un médecin spécialiste. »

Quelles limites à cette pratique ?

Un point important, car toutes ces médecines douces en vogue ne doivent pas freiner des consultations médicales indispensables. Juliette met ainsi en garde : « Ma collègue n’a consulté qu’un étiopathe pour un mal de dos persistant, elle avait en réalité un cancer, à sa découverte elle n’a survécu que deux mois. » « Quand je forme les étudiants j’insiste sur le premier réflexe à avoir : est-ce que c’est pour moi ou pas ? martèle Patricia Guillerm Le Prigent, étiopathe depuis 24 ans à Morlaix. C’est essentiel de respecter cette démarche en complémentarité avec la médecine conventionnelle d’autant qu’avec la désertification médicale, les gens viennent de plus en plus nous voir en première intention. »

Est-ce que le patient risque des effets indésirables ? L’Inserm alerte sur des cas rares d’accidents vasculaires. « Les effets indésirables les plus courants, c’est un pic inflammatoire ou des courbatures qui ne doivent pas durer plus de 48 heures », contredit Patricia. « Un jour, après une séance, j’avais le nez qui se bouchait, comme un début de rhume, raconte Heidwige, une internaute. J’ai appelé mon étiopathe, et il m’a confirmé que c’était normal car il avait manipulé une zone qui avait une influence sur le nez. » Le risque en revanche, c’est que comme cette profession n’est pas encadrée, l’usage du titre d’étiopathe n’est pas contrôlé.

Va-t-on vers une reconnaissance ?

On en est loin, à lire le rapport de l’Inserm. Qui conclut sur des recherches supplémentaires indispensables : « devant une pratique étiopathique, susceptible d’intéresser un grand nombre de patients, une réflexion générale autour de la mise en place d’une évaluation méthodologique est pertinente : l’étiopathie doit absolument se remettre en question et s’approprier une pensée de recherche et d’évaluation. Il en est de l’intérêt des patients qui y font appel. Il en va de sa légitimité. » Le rapport, rendu en septembre 2018, a motivé l’IFE à faire le ménage. Qui prendra du temps, plusieurs années à en croire Patricia.

L’IFE planche pour mettre sur pied un comité de vigilance, qui s’attellera au volet sécurité. « On va répertorier quels sont les effets indésirables et leur fréquence », résume l’étiopathe. Et dans un deuxième temps, des essais cliniques viendront confirmer ou infirmer l’efficacité de la méthode pour le moment soumise à controverse. « Ce rapport de l’Inserm doit nous stimuler pour faire rentrer la pratique dans les clous administratifs », reconnaît Patricia Guillerm Le Prigent. Avec pour objectif que les étiopathes soient reconnus par le ministère de la Santé comme des professionnels de santé, et donc qu’ils ne soient plus assujettis à la TVA, comme l’ont obtenu les ostéopathes et chiropracteurs.

 

20 secondes de contexte

Pour réaliser cet article, nous avons proposé aux internautes de 20 Minutes de partager leur expérience. Dans ce cas précis, nous n’avons eu que des retours positifs sur cette pratique. Nous les remercions pour la qualité de leurs témoignages.