Mobilisation en psychiatrie: La contention des patients, symbole du manque de moyens?

MANIFESTATION Le nombre de lits de psychiatrie générale à l'hôpital a diminué de 60% entre 1976 et 2016…

Nicolas Raffin

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Une pancarte lors de la manifestation des personnels de psychiatrie, le 22 janvier 2019 à Paris.
Une pancarte lors de la manifestation des personnels de psychiatrie, le 22 janvier 2019 à Paris. — SEVGI/SIPA
  • Médecins, infirmiers et autres personnels des établissements psychiatriques étaient appelés à cesser le travail ce mardi.
  • Le manque de personnel, de formation, et une organisation défaillante peuvent amener les soignants à recourir à des pratiques extrêmes comme la contention.
  • Une seule étude quantitative a été menée sur le sujet en France.

Grève à Rennes, campement à Amiens, grève de la faim à Rouen, occupation du toit des urgences psychiatriques au Havre, manifestation dans la capitale… Les mobilisations du secteur psychiatrique se sont multipliées ces derniers mois. Et les 50 millions d’euros promis en décembre par Agnès Buzyn n’auront pas suffi à apaiser le personnel de santé, qui manifeste ce mardi à Paris pour réclamer davantage de moyens.

Plusieurs syndicats souhaitent « alerter la population de la situation dramatique de la psychiatrie publique ». « On veut suffisamment de personnels pour pouvoir écouter les patients et éviter des situations dramatiques où l’on se retrouve contraints de les enfermer, de les contentionner », explique à l’AFP Oriane Cayard, infirmière au GHU Paris psychiatrie et neurosciences.

Un recours critiqué depuis longtemps

La contention est définie par la Haute autorité de santé (HAS) comme l’utilisation « de tous moyens (…) empêchant ou limitant les capacités de mobilisation volontaire de tout ou partie du corps ». Cela peut passer par exemple par l’emploi de sangles ou encore de ceintures visant à immobiliser une personne sur son lit, pendant plusieurs heures. « L’isolement ne doit être utilisé qu’en dernier recours, pour une durée limitée, et uniquement de manière adaptée », prévient la HAS dans ses recommandations publiées en février 2017.

En pratique, cette ligne directrice n’est pas toujours suivie. « Cela fait quinze ans que le recours excessif à l’isolement et à la contention est pointé du doigt, relève Jean-Paul Lanquetin, infirmier de secteur psychiatrique et chercheur à l’hôpital Saint-Cyr au Mont d’Or (Rhône). Il y a de grandes disparités des usages suivant les hôpitaux et les services. Néanmoins, les différents textes réglementaires élaborés depuis la loi du 26 janvier 2016 ont permis de libérer la parole et d’en discuter plus facilement ».

Une première étude sur le sujet

Reste un problème de taille : la quasi-absence d’études permettant de quantifier le recours à la contention en France. Heureusement, Raphaël Carré, praticien au centre hospitalier Gérard Marchant (Haute-Garonne) a récemment présenté de premiers résultats* sur le sujet. Pendant un an, il a observé avec son équipe les pratiques dans 11 hôpitaux de la région Occitanie.

Résultat : sur 13.321 patients admis en psychiatrie sur la période étudiée (novembre 2016-novembre 2017), 336 ont été soumis à la contention, soit un taux de 2,5 %. « Par rapport à d’autres pays, on se situerait plutôt dans la fourchette basse, résume Raphaël Carré. Néanmoins, il est encore beaucoup trop tôt pour en tirer une conclusion sur la pratique à l’échelle nationale. D’autres études seront nécessaires. »

Plusieurs facteurs peuvent jouer

La contention est loin d’être une pratique anodine pour ceux qui la vivent. « Pour la majorité des patients, et ce n’est pas une surprise, la contention est vécue de manière négative, note Raphaël Carré. Le plus souvent, cela ne les apaise pas, ça ne fait que les angoisser. Sur le moment, ils se sentent totalement impuissants et restent marqués par cette expérience, même lorsqu’elle remonte à plusieurs années. »

Dans ce contexte, le manque de moyens peut expliquer en partie le recours à cette technique. « La contention arrive quand les équipes sont débordées, que l’organisation est défaillante », relève Jean-Paul Lanquetin. « Le manque de soignants peut jouer, abonde Raphaël Carré. Mais ce n’est pas le seul facteur : l’aménagement des lieux, la fréquence des contacts avec les patients sont aussi à prendre en compte. »

*Etudes menées avec les docteurs Samuel Porteau et Adeline Clenet pour la Fédération régionale de recherche en psychiatrie et santé mentale Languedoc-roussillon, Midi-Pyrénées (FERREPSY)