De plus en plus de femmes sans logement à la sortie des maternités

PRECARITE En Ile-de-France, 2.400 femmes se sont retrouvées dans cette situation en 2017, un nombre en augmentation…

20 Minutes avec AFP

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Une femme enceinte passe des examens pour contrôler le bon déroulement de sa grossesse (image d'illustration).
Une femme enceinte passe des examens pour contrôler le bon déroulement de sa grossesse (image d'illustration). — MYCHELE DANIAU / AFP

« On veut juste un petit coin », dit Bintou, 28 ans, sa petite fille d’à peine quelques semaines blottie contre son sein. Sans nulle part où aller à la sortie de la maternité, elle a été accueillie dans un des premiers centres d’hébergement d’urgence à Paris dédié aux jeunes mères sans-abri, dont le nombre explose.

« On a vu un afflux important, le centre s’est rempli en à peine une semaine », explique Alice Monchambert de la Croix-Rouge, qui gère ce centre situé près des Invalides. Ouvert le 17 décembre et pour trois mois dans les anciens locaux de la région Ile-de-France, le lieu accueille 22 mères et leurs bébés âgés de quelques jours à un mois.

Douze hôpitaux tirent le signal d’alarme en France

Fin novembre en Ile-de-France, quinze femmes sortant d’une maternité étaient en attente d’hébergement et 62 femmes enceintes sans-abri avec un terme proche étaient identifiées pour une demande d’hébergement, détaille le ministère du Logement. Installée dans l’ancien bureau n°20 transformé en chambre avec un lit une place et un petit lit à barreaux, Bintou a rangé soigneusement ses quelques affaires dans une armoire à classeurs. Sa fille Malika avait tout juste une semaine lorsque le 115 les a orientées vers ce centre.

Victime de violences dont elle porte encore les marques sur le corps, elle préfère tenter le tout pour le tout, plutôt que de retourner auprès du père de son enfant. Les maternités sont confrontées « de plus en plus régulièrement à des cas de mères en situation de précarité qui accouchent et n’ont aucun lieu d’hébergement à la sortie de la maternité », alertent les Hôpitaux publics de Paris (AP-HP). Selon l’Agence régionale de santé (ARS), le phénomène touche en particulier douze établissements en France, qui signalent au moins un cas par semaine. Parmi ces maternités, onze sont en Ile-de-France (IDF). Dans la région, au moins 2.400 femmes se sont retrouvées dans cette situation en 2017. Un chiffre en hausse par rapport aux années précédentes, souligne l’ARS.

Beaucoup de femmes sans-papiers

Face au besoin, l’hébergement d’urgence s’organise. A l’hôpital de l’Hôtel-Dieu à Paris, l’AP-HP a ouvert un accueil géré par  l’association Aurore et qui va être pérennisé. Il a reçu 181 femmes et 188 bébés depuis mars 2017. À Paris, l’État assure 196 places d’hébergement dédiées aux femmes enceintes ou sortant de maternité, selon le ministère du Logement. Mais les places manquent encore et souvent après la naissance, c’est le système D. « Il peut arriver que des mères prises en charge dans les maternités de l’AP-HP restent quelques jours supplémentaires, le temps de trouver une solution d’hébergement », expliquent les Hôpitaux de Paris.

La durée moyenne d’hospitalisation pour ces femmes dans les maternités publiques parisiennes est de quatorze jours, contre deux ou trois jours normalement. Comme Bintou, certaines femmes se sont retrouvées à la rue après avoir dévoilé une grossesse hors mariage ou avec un homme d’une autre confession religieuse. D’autres ont fui des violences, un mariage forcé ou ont été victimes d’un viol. Beaucoup sont sans papier : selon l’AP-HP, la majorité de ces femmes sont des migrantes originaires d’Afrique subsaharienne ou du Maghreb. « J’ai fait une demande d’asile, elle a été rejetée. Mais je vais refaire une demande : j’attends que le bébé ouvre bien les yeux pour pouvoir faire une photo pour sa carte d’identité », explique Pamela, originaire du Congo-Brazzaville et maman d’un petit garçon de dix jours.

Des accompagnements longs

Pour certaines, une fois sur le territoire français, avoir un enfant d’un père français est un pass pour obtenir un droit de séjour. « Il y a des cas de "bébés-papiers". C’est une question de survie pour ces femmes, elles n’ont pas le choix », explique Béatrice Bilde, directrice de la résidence maternelle Les Lilas à Paris. « Généralement, le père reconnaît l’enfant et peut subvenir financièrement à ses besoins, mais il ne s’en occupe pas », dit-elle.

Il existe dix centres maternels comme celui-ci à Paris. Ceux-ci n’agissent pas dans l’urgence pour mettre à l’abri des personnes à la rue mais proposent un accompagnement long, possible jusqu’aux trois ans de l’enfant, dans le cadre de l’Aide sociale à l’enfance. Un des objectifs est notamment de trouver une alternative à un placement de l’enfant.