«Pour ne pas céder à la déprime hivernale, il faut voir ses amis»

MORAL Florence Servan-Schreiber, auteure de « Dîner de kifs » livre ses conseils pour affronter ce lundi le « Blue Monday », qui serait le jour le plus déprimant de l’année…

Propos recueillis par Anissa Boumediene

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Pour ne pas céder à la déprime hivernale, il faut voir ses amis, prescrit Florence Servan-Schreiber (et sans la neige, ça marche aussi)
Pour ne pas céder à la déprime hivernale, il faut voir ses amis, prescrit Florence Servan-Schreiber (et sans la neige, ça marche aussi) — OJO Images / Rex Featur/REX/SIPA
  • Ce lundi, c’est le jour du Blue Monday, qui a lieu chaque troisième lundi du mois de janvier, proclamé « jour le plus déprimant de l’année ».
  • Mais si, au lieu de broyer du noir, on essayait de se faire du bien ?
  • Florence Servan-Schreiber, docteure ès bonheur, nous donne quelques conseils pour « se faire des kifs ».

Déprimé(e) ? Envie de rien à part rester en boule sur son canapé devant la télé ? Et si le Blue Monday s’était emparé de vous ? Le quoi ? Le Blue Monday, qui revient chaque année au troisième lundi de janvier, serait le jour le plus déprimant de l’année. Coup marketing inventé il y a quelques années pour pousser les gens à acheter des voyages au soleil que la plupart d’entre nous n’ont pas les moyens de s’offrir – ce qui nous fait déprimer encore plus sous cette météo pourrie--, le Blue Monday traduit toutefois cette fameuse dépression ou déprime saisonnière qui peut nous cueillir quand les réjouissances des fêtes de fin d’année sont finies depuis un moment et que le temps des doigts de pieds en éventail sur la plage est encore bien loin. Pas la peine pour autant de s’enfoncer un peu plus dans son blues et dans sa boîte de chocolats, « il suffit de se faire des kifs ! », conseille Florence Servan-Schreiber, auteure de Dîner de Kifs (éd. Marabout) et qui jouera le 17 février prochain à la Nuit du kif au Grand Rex à Paris. Suivez le guide.

On n’a pas de sous, on a pris trois kilos pendant les fêtes, il ne fait pas beau et les vacances, ce n’est pas pour tout de suite… Comment retrouve-t-on le moral avec tout ça ?

On commence par changer de logiciel et, plutôt que de voir tout en noir et se dire que rien ne va, on se focalise sur ce qui est positif. Vous en avez marre qu’il fasse nuit tard le matin et tôt le soir ? Dites-vous que les jours s’allongent et que le soleil a déjà commencé à se lever plus tôt.

Et malgré le contexte d’injonction au bonheur, qui peut finalement avoir un effet contre-productif, peut-être faut-il accepter que parfois, ça va moins bien, qu’on a des petites baisses de régime et de moral. On vit les choses différemment selon le regard que l’on porte sur elles. Il y a des cycles à observer : chaque année, le printemps arrive après l’hiver. Eh bien pour arriver à cette saison du renouveau, il faut en passer par cette saison froide. Il faut le voir comme une occasion de se reposer et de s’ennuyer : c’est bon pour la santé et l’imagination d’avoir des moments d’ennui. Quelque part, accepter tout cela est la garantie que les choses vont forcément mieux aller.

Vous prônez les vertus du kif. En pratique, comment se fait-on kiffer ?

C’est très simple et il n’y a pas besoin de casser sa tirelire. Outre la pensée positive, il faut se souvenir d’un allié que l’on sous-estime trop souvent : notre corps. Pour se sentir bien, il faut bouger ! Mais pas la peine de planifier un marathon (qu’on ne fera pas), il suffit de s’aménager trois séances de 30 minutes d’activité par semaine. Il ne s’agit pas ici de maigrir ou de se tailler un corps d’athlète : c’est la prescription pour se faire du bien au moral. Rentrer du travail en marchant ou se faire une belle balade avec ses enfants ou son chien, ça marche aussi. Plus on est dehors et mieux on se sent !

Autre kif fondamental : voir des gens, se socialiser ! Autant l’été, nous sommes pressés de squatter les terrasses et les parcs, autant l’hiver, on devient de vrais ermites. Ecouter ses penchants casaniers n’est pas un problème en soi, mais ce qui fait vraiment du bien, c’est de passer du temps avec ses proches. Pour ne pas céder à la déprime hivernale, il faut voir ses amis ! Si vous passez une heure tout seul à zapper devant la télé, vous aurez l’impression d’avoir perdu une heure. Mais si vous passez une heure entre copains, vous gagnez une heure de bon temps !

Sinon, rien n’empêche pendant cette période jugée un peu déprimante de se consacrer à un projet intérieur. Vous aimez écrire ? Tricoter ? Cuisiner de bons plats ? Faites-le ! Et si votre kif, c’est de regarder des séries sur Netflix, vous pouvez combiner cela avec une activité intérieure : regardez la série de Marie Kondo, la reine du rangement, et ça vous donnera illico l’envie ranger chez vous ! Vous ferez de la place, vous vous délesterez d’affaires inutiles et encombrantes et vous vous sentirez bien mieux !

Se faire du bien, c’est aussi bien manger. Quelle est la recette du bonheur ?

On trouve le bonheur en cuisinant, et ce sera d’autant plus source de plaisir qu’on fera cet acte créatif en le partageant avec d’autres gens. Culturellement, nous les Français sommes très attachés au moment du repas. Cuisiner avec ses proches et partager le festin ensemble n’en sera que meilleur.

Côté contenu de l’assiette, c’est bien de privilégier les aliments riches en vitamine B6. On en trouve dans les poissons gras ou encore les légumes verts feuillus comme les choux. Cela aide le cerveau à synthétiser la sérotonine, ou « hormone du bonheur ». C’est autrement plus efficace que de se ruer sur le sucre. Quand on a un coup de mou, on va grignoter bonbons et gâteaux pour se faire plaisir et se donner un peu d’énergie, mais le sucre a un effet boomerang : il apporte un soulagement immédiat mais qui ne dure que quelques minutes, et après, cela renforce la sensation de déprime. Dans ces cas-là, mieux vaut s’offrir un demi-avocat ou une poignée de noix, votre corps et votre moral vous en remercieront.