Don d’organes: Pourquoi le nombre de greffes a-t-il baissé de 5% en 2018?

MEDECINE Alors que la France s’est fixé des objectifs ambitieux d’ici 2021 pour promouvoir le don d’organe post-mortem ou pour des donneurs vivants, l’Agence de biomédecine alerte sur un infléchissement des dons en 2018…

Oihana Gabriel

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Deux infirmières dans les couloirs d'un hôpital (image d'illustration).
Deux infirmières dans les couloirs d'un hôpital (image d'illustration). — PHILIPPE HUGUEN / AFP
  • La France est un petit leader dans le don d’organes, mais pour la première fois depuis huit ans, le nombre de transplantations tous organes confondus a baissé de 5% en un an.
  • Une légère diminution qui s’explique par une baisse du nombre de décès suite à des pathologies du système nerveux.

L’objectif de 7.800 greffes d’organes en 2021, dont 1.000 à partir d’un donneur vivant, reste loin. Alors que l’Agence de biomédecine avait alerté en novembre sur une baisse importante du nombres de dons, elle dévoile ce vendredi les chiffres (encore préliminaires) sur toute l’année 2018. Et si la France a redressé la barre, cette chute est tout de même la première depuis huit ans. Alors que les besoins sont toujours criants.

  • 5 % de baisse

En 2018, la France a réalisé 5.781 greffes tous organes confondus, contre 6.105 en 2017. Soit une baisse de 5 % par rapport à 2017. Mais il y a du mieux : si le début de l’année 2018 a fait craindre à l’Agence de biomédecine que cette baisse soit réellement dramatique, une reprise en novembre et décembre a permis de limiter la chute de 5 % du nombre de greffes et non 10% comme imaginé au départ… « Ce qui veut dire que grâce à l’implication des équipes médicales, on peut repartir vers une hausse du nombre de transplantations », assure Yves Pérel, directeur général adjoint de l’Agence.. Qui en veut pour preuve l’exemple des Dom-Tom, où l’Agence de biomédecine s’est beaucoup mobilisée et le nombre de greffes est passé de 25 en moyenne par an à 73 en 2018.

  • Moins de décès, donc moins de greffons

Première explication : une légère baisse du nombre de donneurs en état de mort encéphalique (-3 %). « Cinquante donneurs en moins, c’est jusqu’à 300 greffons en moins car une personne décédée peut donner plusieurs organes », rappelle Olivier Bastien, directeur du prélèvement à l’Agence de la biomédecine. Or, la majorité des greffes, tous organes confondus, est réalisée à partir de donneurs en état de mort cérébrale. « Les campagnes sur les AVC et les progrès de la médecine ont permis de faire baisser les morts par pathologie du système nerveux, un succès heureux mais qui s’accompagne d’une baisse de disponibilité de greffons », souligne Yves Pérel. Qui assure que ces décès ont baissé de 15 % en six mois en 2018.

  • Remobiliser les vivants

La chute des greffes s’explique aussi par une baisse de transplantations à partir de donneurs vivants : - 12 % en un an. Du moins pour celles du foie et du rein, les deux organes que l’on peut donner de son vivant à une personne de sa famille ou un ami. D’où l’urgence de sensibiliser le grand public, via des campagnes nationales ou les médias, sur ce geste généreux et méconnu. « Il nous faut rester dans un message positif, car on peut constater une tendance au repli sur soi, mais nous sommes tous des donneurs potentiels mais aussi des bénéficiaires potentiels, martèle Yves Pérel. Mais aussi en améliorant l’accompagnement, médical et psychologique, des familles concernées. « Je pense que la réflexion sur les infirmières de pratique avancée pourrait aider car ces patients greffés nécessitent un suivi sur le long terme », reprend le Pr Pérel.

  • Moins de réticence à donner ses organes

Mais cet infléchissement global ne doit pas cacher d’autres bonnes nouvelles. Le nombre de dons de type « Maastricht III », c’est-à-dire qui viennent de patients à la suite d’un arrêt de traitement, donc en fin de vie ou malades, ont augmenté de 20 %. Mais ce type de dons, autorisé uniquement depuis 2014, n’est pas forcément possible partout. « La moitié des CHU n’ont pas de protocole pour les dons de ce type », avertit Olivier Bastien, directeur du prélèvement à l’Agence de la biomédecine.

Autre chiffre intéressant : il peut sembler paradoxal que le nombre de dons d’organes soit en baisse, fait rare, alors qu’une nouvelle loi était censée l’encourager. En effet, depuis janvier 2017, le don d’organe post mortem est facilité. En effet, les citoyens sont tous considérés comme des donneurs potentiels, mais peuvent s’opposer au don en s’enregistrant ou en laissant par écrit à leurs proches un document affirmant leur opposition. Troisième changement depuis la loi : le refus peut ne concerner que certains organes ou tissus. Vous pouvez donc refuser de donner votre cornée, mais pas votre cœur… « On est passé de 33 % en 2016 de la population française qui refuse de donner ses organes à 30 % en 2018 », se félicite Olivier Bastien.