Lyon: Le SAMU pratique l’hypnose pour apaiser les victimes et réduire l’usage des médicaments

DOULEUR Depuis deux ans, les personnels du SAMU 69 sont formés à l’hypnose pour améliorer la prise en charge des patients et calmer l’angoisse et la douleur des victimes…

Elisa Frisullo

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Au Samu de Lyon, les personnels sont formés à pratiquer l'hypnose, lors de la prise en charge des patients, dès l'appel au 15 et sur le terrain. Illustration.
Au Samu de Lyon, les personnels sont formés à pratiquer l'hypnose, lors de la prise en charge des patients, dès l'appel au 15 et sur le terrain. Illustration. — Elisa Frisullo / 20 Minutes
  • Les personnels du SAMU 69 sont formés à l’hypnose pour améliorer la prise en charge des patients et calmer la douleur des victimes.
  • L’hypnose est utilisée sur les enfants et les adultes. Les résultats sont étonnants et encourageants.

« J’ai mis une petite lumière sur son doigt et je lui ai demandé de fixer son pouce, puis de souffler dessus. Nous sommes partis dans son monde et j’ai réussi à lui poser un cathéter veineux sans traitement supplémentaire ». Il y a encore quelques années, si Raphael Distante était rentré d’intervention en racontant cette anecdote avec une jeune patiente, bon nombre de ses collègues l’auraient sûrement regardé avec de gros yeux. Mais aujourd’hui, les histoires comme celle-ci sont fréquentes au SAMU 69 où depuis deux ans, les personnels sont progressivement formés à pratiquer l’hypnose lors de leurs prises en charge.

« J’étais très réticent à l’hypnose. Je me disais que cela allait nous faire perdre du temps lors de nos prises en charge pré-hospitalières », reconnaît le professeur Pierre-Yves Gueugniaud, chef de service du SAMU. L’une de ses collègues du SAMU de Metz, précurseur en la matière, est parvenue à le convaincre. « Ils sont venus faire une conférence à Lyon. Les images de leurs interventions étaient tellement surprenantes que je me suis dit qu'il fallait essayer », ajoute le professeur, désormais totalement séduit.

10 à 15% des personnels formés

Ces derniers mois, sur les 200 personnels du SAMU, une quinzaine d’assistants de régulation médicale gérant les appels au 15, d’ambulanciers, d’infirmiers et de médecins ont été formés à l’hypnose conversationnelle ou l’hypno-analgésie. « Dans le premier cas, il s’agit d’avoir une communication positive avec le patient, dès l’appel au 15 ou dès notre arrivée sur le lieu où nous intervenons. Dans une activité d’urgence stressante, il peut arriver qu’il y ait des réactions violentes. L’hypnose permet d’éviter les tensions, de calmer l’angoisse des patients », ajoute le professeur Gueugniaud.

Lorsque la situation de la victime le permet, pour les traumatismes notamment, la transe hypnotique est pratiquée en même temps que le reste des soins. « Pour les enfants, nous avons trois mallettes de jeux adaptés aux différents âges. Grâce à ces outils, nous les emmenons dans leur monde. Le patient se sent considéré et il ne focalise plus sur la situation qu’il vit ou sur la douleur », explique Raphael Distante, un infirmier en poste au SAMU depuis 7 ans.

Moins de médicaments utilisés

Après une formation à l’hypnose conversationnelle et analgésie pédiatrique, le soignant a entamé un diplôme universitaire Hypnose médicale et clinique. « On est loin de l’image de cow-boy qu’on pouvait avoir autrefois lorsqu’on voyait le SAMU débarquer. Nous sommes dans une communication positive et bienveillante avec les victimes. Cela a vraiment changé nos prises en charge », ajoute l’infirmier.

Les retours d’expérience sont probants. « Nous sommes capables de calmer une crise de stress ou de pleurs avec une méditation par la respiration. Grâce à l’hypnose, nous pouvons remettre un membre déplacé sans avoir à poser un cathéter ou à donner un médicament intraveineux contre la douleur», illustre Raphaël Distante.

Les interventions sont plus sereines, plus rapides et le nombre de médicaments utilisés a diminué. En période de restrictions budgétaires, l’hypnose présente aussi l’avantage de ne pas être une pratique coûteuse. « A part la formation des personnels, cela ne coûte rien. Dans la mesure où cela soulage les patients, il faut que nous développions la formation de nos personnels », ajoute le chef de service du SAMU.

Tous les patients toutefois ne sont pas sensibles à l’hypnose. Sur la population globale, 10 % seront très réceptifs, 10 % totalement résistants et réfractaires. Les 80 % de gens restant sont considérés comme «hypnotisables».