Deux femmes durant leur séance de chimiothérapie à l’Hôpital de jour du service d'hematologie de la Pitie Salpetriere. (Illustration)
Deux femmes durant leur séance de chimiothérapie à l’Hôpital de jour du service d'hematologie de la Pitie Salpetriere. (Illustration) — LYDIE/SIPA

CANCER

Chimiothérapie: Les proches de quatre patients victimes d'une allergie mal dépistée portent plainte

La molécule 5-fluorouracile, dit 5-FU, peut se révéler très toxiques pour certains patients

Quatre familles de patients, victimes d’une allergie à une molécule de chimiothérapie, portent plainte contre X pour « pour homicide involontaire, blessures involontaires pour mise en danger de la vie d’autrui ». La plainte, qui avait été annoncée début janvier par les avocats des familles de trois personnes décédées et d’un homme qui a souffert gravement de cette toxicité, a été déposée ce lundi au tribunal de grande instance (TGI) de Paris.

Les plaignants reprochent aux pouvoirs publics de ne pas avoir recommandé assez tôt un test permettant de déceler l’allergie des victimes. « La cure qui devait les soigner les a envoyés au cimetière », accuse Me Vincent Julé-Parade.

90.000 personnes traitées par ce médicament

La molécule en cause, le 5-fluorouracile, dit 5-FU ou capécitabine, est très souvent utilisée dans les chimiothérapies. Environ 90.000 Français atteints d’un cancer sont traités chaque année avec ce médicament, selon l’Institut national du cancer (INCa). Mais chez certains patients manquant totalement ou partiellement d’une certaine enzyme, les effets toxiques du 5-FU sont décuplés.

« C’est une affaire de santé publique, une affaire de masse », dit l’avocat. L'affaire concerne, estime-t-il, « des dizaines voire des centaines de cas » d’accidents toxiques. « Les connaissances scientifiques permettaient de longue date de mettre en place un dépistage qui aurait permis d’éviter ces drames », plaide-t-il. Il entend avec ces plaintes visant la responsabilité des autorités publiques et sanitaires « jeter un pavé dans la mare » et « éviter de nouvelles victimes ».

Dépistage systématique depuis février

Deux tests existent pour dépister cette sensibilité. Mais certains hôpitaux ne les pratiquent toujours pas. L’idée n’est donc pas de mettre en cause le 5-FU, qui a fait ses preuves, mais d’interpeller. « Pourquoi, alors que l’on savait depuis plusieurs années qu’il y avait cette contre-indication […] et qu’il y a des tests qui existent, aucune autorité sanitaire ni aucun responsable public n’a pris comme mesure de recommander ce test avant février 2018 ? », interroge l’avocat.

En effet, l’Agence du médicament (ANSM) avait souligné l’intérêt d’un dépistage systématique le 8 février 2018. Mais elle estimait qu’il n’y avait « aucun consensus […] sur les modalités » de ce test. Le 18 décembre, l’INCa et la Haute autorité de santé (HAS) ont recommandé la réalisation systématique d’une méthode de dépistage pour prévenir « certaines toxicités sévères » des chimiothérapies.