Allergies, eczéma... Une étude dévoile que faire manger des fromages aux bébés serait protecteur

ALIMENTATION Une étude menée dans cinq pays européens dévoile que la consommation précoce de fromages variés protège contre le risque de développer des allergies alimentaires et cutanées...

Oihana Gabriel

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Illustration d'un plateau de fromages.
Illustration d'un plateau de fromages. — Pixabay
  • L'étude PATURE, menée depuis 2002 sur un millier d'enfants européens s'intéresse aux liens entre mode de vie dans une ferme et défenses immunitaires. 
  • Selon ces recherches, introduire une diversification tôt, des produits laitiers et notamment des fromages variés, ferait baisser de façon significative le risque de développer des allergies, mais aussi des maladies respiratoires. 
  • Jean-Charles Dalphin, pneumologue, et Sophie Nicklaus, directrice de recherche à l'Inra, qui ont coordonné l'étude en France, nous dévoilent pourquoi elle devrait faire date.

Vous culpabiliserez peut-être moins de resservir votre enfant en gorgonzola après avoir lu cet article. Une étude qui vient d’être publiée montre qu’une consommation régulière de fromages chez les bébés entre 12 et 18 mois est liée à une diminution des d’allergies alimentaires et cutanées. Quel est le lien entre  comté et eczéma ? Quand et quels fromages introduire dans l’alimentation des plus jeunes ? Les deux coordinateurs de cette étude nous ont donné leurs éclairages.

50 % de risque d’allergie cutanée et alimentaire en moins

Cette étude européenne PATURE est menée depuis 2002 sur 931 enfants qui vivent tous en zone rurale, mais seulement une moitié dans une ferme, dans cinq pays européens (Allemagne, Suisse, Autriche, France et Finlande). « Au départ, on souhaitait vérifier l’hypothèse selon laquelle naître et grandir dans une ferme protégeait des allergies », introduit Jean-Charles Dalphin, chef de service en pneumologie du CHU de Besançon et coordinateur de la partie française de l’étude. Petit à petit, les enquêtes et publications sont venues affiner ce postulat.

« Les premiers résultats ont confirmé que les enfants nés dans une ferme présentent un risque réduit de développer plus tard de l’asthme et des allergies alimentaires. L’objectif a ensuite été d’identifier certaines substances et modes de vie plus protecteurs. » L’équipe de chercheurs a alors découvert trois facteurs associés une baisse de ces risques sanitaires : exposer les enfants à la poussière de la ferme, consommer des produits laitiers à base de lait cru et une diversification alimentaire précoce.

Et la toute dernière étude réalisée sur cette cohorte dévoile une nouvelle piste qui intéressera les parents : le fait d’introduire dans les 18 premiers mois des fromages réduit de moitié le risque de développer à six ans un eczéma ou une allergie alimentaire. « Plus cette consommation était fréquente et plus les fromages étaient divers, plus l’effet protecteur était important », complète Sophie Nicklaus, directrice de recherche de l’Institut national de la recherche agronomique (l’Inra ) qui a participé à cette étude.

Pourquoi le fromage serait-il protecteur ?

Il n’y a pas de bon fromage (traditionnel, bien sûr) sans bactéries. Or, on découvre progressivement depuis quelques années le pouvoir insoupçonné et fondamental sur notre santé de notre microbiote intestinal, cette flore qui contient des milliards de bactéries… « On pense que les produits laitiers, notamment les fromages qui ont du goût, contiennent beaucoup de microbes et participent à la construction d’un microbiote idéal », avance Jean-Charles Dalphin. C’est-à-dire ? « Un microbiote abondant et équilibré est garant d’un bon système immunitaire, reprend le médecin. Quand on devient allergique, c’est que notre système de défense est déviant : il va réagir à des substances inoffensives comme les poils de chat ou les pollens. Or, on sait que le microbiote se construit dans les premiers mois de vie. » D’autant que les recherches récentes dévoilent qu’avoir un bon microbiote protège non seulement des allergies alimentaires et cutanées, mais aussi du diabète, de l’obésité, de certains cancers…

« A contrario, cette étude PATURE suggère que la hausse des allergies serait liée à notre mode de vie de plus en plus propre. Or, on sait que ce milieu de la ferme traditionnelle, qui était protecteur, existera de moins en moins à l’avenir. Attention donc à ne pas mettre nos nouveau-nés sous cloche ! »

Des études complémentaires

Reste à savoir si introduire dès six mois ces fromages aux goûts prononcés devrait être un nouveau credo. Justement, cette recherche devrait se poursuivre par des études complémentaires pour en savoir plus sur ce cercle vertueux. « Avant de proposer des messages de santé publique, il serait intéressant d’affiner les résultats sur trois questions : quels types de fromages introduire, à quelle fréquence et à partir de quel âge ? », reprend Sophie Nicklaus.

Quels enseignements peut-on en tirer dès à présent ? En France, les enfants qui faisaient partie de la cohorte étudiée depuis dix-sept ans vivaient en Franche-Comté et mangeaient une à six fois par semaine des fromages typiques : comté, cancoillotte, morbier. « Pour certains parents, le fromage ne fait pas partie des aliments à introduire en priorité, soulève la chercheuse. On serait donc tentés de leur recommander d’introduire des fromages qui ont du goût plutôt que des fromages qui seraient destinés aux enfants, plus standardisés. Souvent le frein, c’est la peur que les enfants trouvent ça trop fort alors qu’en fait ils aiment ces saveurs ! »

Sans tomber bien sûr dans l’excès inverse car l’orgie fromagère systématique ne doit pas remplacer purées et compotes… « Avant deux ans, les enfants ont besoin de matières grasses pour le développement de leur cerveau !, rappelle Sophie Nicklaus, également chercheuse au centre des sciences du goût et de l’alimentation. Mais pour les bébés, on n’est pas obligé de leur donner un demi-camembert pour bénéficier de l’effet positif probable sur leur flore. En effet, on recommande pour les enfants entre deux et trois produits laitiers par jour. »