Rennes: «Traductrice de bébés», elle recueille la parole des nourrissons pour soulager les parents épuisés

ENFANCE Sabrina exerce comme «traductrice de bébés» près de Rennes. Une activité qui laisse les pédiatres plutôt perplexes...

Jérôme Gicquel

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Sabrina (à droite) se sert d'un pendule pour écouter la parole des bébés.
Sabrina (à droite) se sert d'un pendule pour écouter la parole des bébés. — J. Gicquel / 20 Minutes
  • A Vern-sur-Seiche près de Rennes, Sabrina Guigou exerce comme traductrice de bébés. Consultée par des parents à bout, elle essaye de comprendre les raisons des pleurs ou des difficultés à s'alimenter des enfants.
  • Elle recueille la parole des bébés en s’appuyant sur les techniques d’une discipline créée par une femme québecoise.
  • Chez les professionnels de santé reconnus, cette nouvelle méthode laisse plutôt perplexe.

Si votre bébé pleure toute la journée ou refuse de s’alimenter, n’y voyez aucune volonté chez lui de vous casser les pieds. C’est le signe que votre enfant a des choses à exprimer et un besoin d’être entendu. Car oui, votre bébé parle, même si aucun mot ne sort encore de sa bouche. Pour lui « donner la parole », Brigitte Denis, une Québecoise, a développé il y a quelques années une méthode mêlant une approche corporelle et énergétique.

Formée par la professionnelle canadienne, Sabrina Guigou exerce depuis la rentrée de septembre à Vern-sur-Seiche, au sud de Rennes, comme « traductrice de bébés ». Une forme de médecine alternative encore assez peu répandue en France. « Je mets des mots sur leurs maux », explique-t-elle.

Le plus souvent, ce sont des parents au bout du rouleau qui viennent la consulter pour tenter de comprendre le comportement de leur enfant. « Ils sont allés voir des médecins, des pédiatres et le problème demeure. Je suis un peu leur roue de secours », assure Sabrina.

Le test musculaire ou la pendule comme outils

Les séances démarrent toujours par une longue discussion avec les parents pour recueillir des éléments sur la conception, la grossesse et la naissance de l’enfant. « Dans la moitié des cas, les problèmes de l’enfant sont liés aux parents », indique-t-elle.

Vient ensuite la phase du dialogue avec le bébé. Sabrina utilise deux outils pour traduire ce que veut exprimer l’enfant : soit le test musculaire en faisant pression sur le bras du parent, soit au moyen d’un pendule. « Je vais alors poser des questions à l’enfant, écouter sa petite voix intérieure et chercher la cause du problème ».

Des problèmes de sommeil ou d’alimentation

Très sceptique au départ, Aline, maman de la petite Elena, s’est décidée à consulter Sabrina il y a deux mois. Souffrant du syndrome de Kiss à la naissance, sa petite fille de 14 mois a mis beaucoup de temps à manger et à dormir. « J’ai vu tout un tas de professionnels mais cela ne faisait qu’empirer, c’était l’enfer », raconte-t-elle.

La séance avec Sabrina va finalement mettre le doigt sur des choses cachées dans la famille, à l’origine des maux de la petite fille. « En deux semaines, elle a retrouvé du plaisir à manger et elle s’endort maintenant beaucoup plus vite », témoigne la jeune maman, soulagée.

Sabrina Guigou ne se voit pas pour autant comme une sauveuse. « Dans certains cas, les résultats sont spectaculaires. D’autres fois non. Mais il se passe toujours quelque chose lors des visites », assure la traductrice de bébés.

Des professionnels de santé assez circonspects

Chez les professionnels de santé reconnus, cette nouvelle méthode laisse plutôt perplexe. « Beaucoup de personnes se présentent comme de grands spécialistes du bébé alors qu’elles n’ont aucune formation », assure une pédiatre, qui préfère rester anonyme. « Il faut être très prudent avec ces médecines alternatives qui attirent un certain nombre de charlatans qui jouent sur la crédulité des patients », souligne le Dr Jean Lalau-Keraly, pédiatre nutritionniste à l’hôpital du Kremlin-Bicêtre.

Il refuse cependant de condamner systématiquement ces nouvelles pratiques. « Il y a des choses qui nous dépassent en médecine classique, nous ne savons pas tout. Donc pourquoi pas se tourner vers la médecine alternative. Mais il ne faut surtout pas inverser le parcours de soins, et toujours commencer par la médecine qui a fait ses preuves », assure-t-il.